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"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a 100 ans…

  • Chronique du XXe siècle – Édition Larousse.

Mai 1921

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA JEUNESSE DE POLTROT de MÉRÉ, assassin du duc de Guise

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LA JEUNESSE DE POLTROT de MÉRÉ

Poltrot de Méré est né en 1537 au château de Nabinaud ; c’est là que s’écoulèrent ses premières années ; son père n’était sans doute qu’un fort petit seigneur et fut heureux de le voir entrer en qualité de page dans la maison de son voisin, haut et puissant seigneur d’Aubeterre, François Bouchard II (père de la dame de Soubise, dit l’auteur des Mémoires de Soubise, ce qui ne laisse aucun doute sur le personnage ainsi désigné).

L’abandon de la maison paternelle ne lui dut pas être cruel car, du château d’Aubeterre, il pouvait encore la voir à chaque instant au centre même du paysage qui se déroulait sous ses yeux.

En 1548, il n’avait alors que 11 ans, mais dès ce moment il put apprendre à connaître ce que sont les soulèvements populaires et les violences qu’ils entraînent, car la révolte de la gabelle battait alors son plein dans notre contrée. Cette révolte, dura peu et François Bouchard II, qui avait été chargé par Henry II d’aider à la répression de l’insurrection, paraît avoir reçu vers ce temps, si l’on en croit Mézeray, une mission en Espagne. Voici en effet ce que dit cet auteur : «A raison de ce qu’il savait (Poltrot de Méré) la langue et les façons espagnoles, ayant été nourri en Espagne page de Bouchard d’Aubeterre, ambassadeur de ces pays-là, ils l’appelaient l’Espagnolet».

Dans ce texte, à côté de l’affirmation qu’un Bouchard d’Aubeterre fut ambassadeur en Espagne, il n’y a rien qui s’oppose à ce que ce Bouchard soit François Bouchard II, et il est même très certain que c’est de lui dont il s’agit puisqu’il est dit que Poltrot était son page, ce que nous savons par d’autres témoignages. Malheureusement, Mézeray ne dit pas d’où il a tiré son information, et je n’ai pas pu découvrir ailleurs un document décisif qui rappelle cette ambassade de François Bouchard II.

Cependant on lit dans Pierre de Lestoile : « Jean de Poltrot était un gentilhomme angoumois petit et pauvre, mais d’un esprit vif et accort; lequel, dès son jeune âge, aiant esté en Espagne, avait tellement appris le langage, qu’avec la taille et la couleur dont il estait, on l’eust pris pour un Espagnol naturel, dont il acquit le surnom d’Espagnolet. » Cette note de Pierre de Lestoile concourt à démontrer l’exactitude de l’information de Mézeray, et, tout en faisant les réserves nécessaires en l’absence d’un document authentique, on est en droit de penser que, soit en qualité d’ambassadeur à poste fixe, soit en qualité d’ambassadeur chargé d’une mission temporaire en Espagne, François Bouchard II séjourna dans ce pays en compagnie de Poltrot, alors son page, à une date que je ne puis préciser, mais qui doit être placée peu avant ou peu après la révolte de la gabelle et, dans tous les cas, avant le moment où nous allons voir qu’il suivit François Bouchard III à Genève.

La présence de Poltrot de Méré dans cette ville est un fait nouveau, soupçonné seulement par quelques historiens, mais il est cependant tout à fait certain. Il ne résulte ni du texte des mémoires de Soubise, qui ne parle pas de Genève et dit simplement que Poltrot « suivait le baron d’Aubeterre », ni de celui de Brantôme insuffisamment clair, et le dit « nourri et eslevé par le vicomte d’Aubeterre, lorsqu’il était fugitif à Genève », mais du rapprochement de ces deux textes. Entre les deux auteurs, on relève cependant une petite différence : l’un parle du baron d’Aubeterre et l’autre du vicomte; elle est sans aucune importance et elle s’explique aisément du reste, puisque Brantôme, écrivant assez longtemps après l’auteur des mémoires, s’est servi, en nommant François Bouchard III, du titre sous-lequel il était alors couramment désigné.

Je ne puis pas dire exactement à quel moment le baron d’Aubeterre quitta son père, ni préciser son arrivée à Genève avec le jeune Poltrot; ce que nous savons, c’est que François Bouchard III se trouvait depuis un certain temps déjà dans cette ville quand, au mois de mai 1553, Calvin lui remit là une lettre afin qu’il l’envoyât à son père. Ce que nous savons, en outre, c’est qu’il s’y trouvait en 1554, puisque son fils aîné, David Bouchard, y naquit cette année-là, qu’il y était encore en 1558, puisque Brantôme l’y rencontra à ce moment, et encore au commencement de 1560, à la veille de la conjuration d’Amboise, puisqu’il y signa des actes le 18 février de cette année.

Or, Poltrot, en 1553, n’était qu’un enfant, car il avait alors à peine 14 ans ; on peut donc affirmer que c’est bien à Genève que s’écoula l’adolescence du futur assassin du duc de Guise; c’est dans ce milieu spécial que son esprit fut nourri de la nouvelle doctrine : il y connut Calvin, Théodore de Bèze, Spifarme, Barry de la Renaudie et tous les principaux réfugiés au milieu desquels vivait Erançois Bouchard III.

Il resta ainsi plusieurs années auprès de son protecteur, habitant avec lui au faubourg de Four, au-dessus de l’enseigne « A la Cloche d’Argent », fabriquant des boutons avec lui « comme était la loi là introduite, qu’un chacun d’eux eust mestier et en vesquit, tel gentilhomme et seigneur qu’il fust, et le dit Aubeterre, bien qu’il fust de maison, estait de celui de faiseur de boutons ».

Mais arriva l’année 1557, Poltrot venait d’atteindre sa vingtième année ; c’était, d’après le portrait que nous a laissé Lapopelinière, un jeune homme « à l’esprit vif et hardi mais esventé néantmoins, indiscret et téméraire, jusqu’à ne rien trouver d’impossible »; c’est alors, s’il ne l’avait fait depuis quelque temps déjà, qu’il quitta François Bouchard III.

(D’après les recherches du docteur Gaillardon.)

Bulletin de la Société charentaise des études locales (1922) – Gallica.fr

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