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"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a 100 ans…

  • Chronique du XXe siècle – Édition Larousse.

Juin 1921

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA BATAILLE DE JARNAC (13 mars 1569)

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LA BATAILLE DE JARNAC (13 mars 1569)

 

En octobre 1568, l’armée huguenote, presque entièrement concentrée dans l’ouest sous les commandements de Coligny et de Condé, soutenue par les places fortes de la région, était en état de faire face à. l’armée catholique sous les ordres du duc d’Anjou. Après quelques escarmouches, l’hiver étant venu, elle attendit, la saison des batailles.

Au printemps de 1569, les deux années se retrouvèrent en présence le long de la Charente. Condé et Coligny avaient l’intention d’aller joindre dans le Quercy une armée qu’avaient réunie sept capitaines protestants, dits les sept vicomtes. Mais le duc d’Anjou, posté sur la rive gauche de la Charente, surveillait leurs mouvements. Aussi, bien qu’ils occupassent les villes, d’Angoulême à la mer, ils n’osaient s’aventurer au-delà du fleuve et se contentaient de garder les passages.

Dans la nuit du 13 mars, Tavannes, qui était le véritable chef de l’armée royale, se saisit du pont de Châteauneuf et apparut au matin sur la rive, droite. Condé, avec le corps de bataille, était à Jarnac ; l’infanterie à deux lieues plus loin vers le nord ; Coligny, avec l’avant-garde, occupait Bassac, près de Châteauneuf. (Lavisse, Histoire de France.)

Au lieu de se rabattre rapidement vers Condé, Coligny perdit quelques heures à rallier ses coureurs et fut contraint d’accepter le combat dans des conditions désavantageuses. Averti du danger où il s’était mis, Condé accourut avec trois cents cavaliers. « Ce prince vint, nous dit Brantôme, fort résolu et très brave et vaillant combattant, mais pourtant fâché d’y venir, soit qu’il connût son heure, ou son désavantage ; et pour ce, en y allant, il dit que, puisqu’on avait fait un pas de clerc, il le fallait franchir ; un peu avant d’aller à la charge, il avait eu contre la jambe un coup de, pied de cheval du comte de La Rochefoucauld, qui, comme désespéré du mal, combattit très furieusement. » Dans un récent engagement, Condé avait reçu une blessure au bras. Avant de charger, il harangua sa troupe en ces termes : « C’est le bras en écharpe et la jambe meurtrie que je vais vous conduire à l’ennemi. Voyez, mes compagnons, combien je compte sur vous ! j’ai encore assez Se force puisque j’ai assez de courage et que le vôtre me secondera. » Il chargea d’un élan si furieux qu’il rompit les premiers escadrons ennemis. Mais sa troupe fut prise en flanc par deux mille reîtres et par huit cents lances d’ordonnance. « Et cela ne dura guère, nous dit encore Brantôme, car il fut jeté à terre. Et le premier qui descendit pour le faire prisonnier, ce fut un honnête gentilhomme de M. de la Vauguyon qui s’appelait Le Rozier ; mais M. d’Argence vint à passer, M. le prince le reconnut et se rendit à lui. »

Que l’on m’excuse de m’attarder ici à un détail peu connu et qui pourtant ne manque pas d’intérêt pour nous Charentais. Le gentilhomme limousin cité par Brantôme est un nommé François de Rousiers, qui plus tard se fixa à Lésignac-sur-Goire, dans le Confolentais, et fut la souche d’une de nos plus vieilles familles charentaises.

L’auteur a altéré le nom de François de Rousiers. Il le nomme Le Rozier. Cette orthographe peut venir de ce que le son « ou » s’écrivait « o » (limousin s’écrivait limosin). Mais l’identité du personnage ne saurait être mise en doute. Nous savons que François de Rousiers faisait partie de la compagnie de M. de la Vauguyon, et dans les archives de la famille sont conservées des lettres patentes signées de la main de Charles IX qui témoignent des services rendus par lui à la cause royale dans les dernières guerres, et notamment à la bataille de Jarnac. Lavisse nous dit que Condé se rendit à deux gentilhommes qui lui promirent la vie sauve. Ces deux gentilhommes sont donc d’Argence et de Rousiers.

Si le premier reçut l’épée du prince, le second, notre compatriote, eut l’honneur de combattre et d’abattre, dans un combat désespéré, « de personne à personne », Condé, qui se trouvait séparé des siens, entraîné par sa fougue impétueuse. Il mit pied à terre et contraignit ce redoutable et glorieux adversaire à se rendre prisonnier.

Il ne faudrait pas imputer à ceux qui firent Condé prisonnier le meurtre déloyal commis par Montesquiou, bien que certains historiens cherchent à innocenter celui-ci en incriminant un soldat inconnu. Laissons, encore la parole à Brantôme : « Sur cette entrefaite, arriva le baron de Montesquiou, brave et vaillant gentilhomme, qui était capitaine des gardes suisses de Monsieur, frère du Roi. Ayant demandé qui c’était, on lui dit que c’était M. le Prince. « Tuez ! tuez ! mort-dieu ! », dit-il ; et, s’approchant de lui, il déchargea sa pistolle dans la tête et Condé mourut aussitôt. » « Ce fut là, dit de Thou, la fin de Louis de Bourbon, prince de Condé, de la maison royale, personnage illustre non seulement par la grandeur de sa naissance, mais par son courage et sa vertu. Il eut peu d’égaux en force, en constance, en esprit, en adresse, en expérience, en courtoisie, en éloquence, en libéralité, car il eut toutes ces vertus ensemble ; et, de la confession même de ses ennemis, il n’y avait personne qui le surpassât en toutes ces belles qualités. » Un de ceux-ci, Montluc, dans ses « Commentaires », lui rend hommage en ces termes : « Le pauvre prince aimait sa patrie et avait pitié du peuple ; je l’ai connu toujours fort débonnaire : la jalousie de la grandeur d’autrui l’a perdu… Cependant- il est mort au combat, soutenant une mauvaise querelle devant Dieu et les hommes ; c’était dommage, car, s’il eût été employé ailleurs, il pouvait servir la France. »

 

Les Charentais peuvent montrer une certaine fierté que ce soit un des leurs oui ait combattu un tel adversaire, contribuant pour une grande part au succès de la journée. L’importance de cette « prise « est confirmée par le principal chef de l’armée royale, Tavannes : « Il fut pris et tué au milieu de deux cents gentilshommes des siens, morts sur la place à l’entour de lui, ce qui causa la déroute de toute l’armée. »

Coligny parvint à s’échapper. Il rejoignit son infanterie restée intacte, et rallia son armée à Cognac, à Saint-Jean-d’Angély et à Saintes où il se rendit. Toutes les places fortes de ce pays tenaient pour la réforme ; il pouvait faire front à l’ennemi qui n’osa pas s’avancer et ne sut pas s’emparer de Cognac.

Pendant que l’armée huguenote se retirait en faisant sonner à ses trompettes ses airs de bravade : « Va Papaux, Papaux, Papaux! », les vainqueurs égorgeaient sur le champ de bataille les capitaines protestants faits prisonniers et ramenaient le corps de Condé à Jarnac :« Après la bataille achevée, son corps fut chargé sur une vieille ânesse qui se trouva là à propos, plus par dérision que par autre sujet, et fut porté ainsi bras et jambes pendantes à Jarnac, en une salle basse, près de la chambre où ledit prince, le jour avant, avait logé. Quel changement !… « Ledit prince demeura assez en spectacle à tous ceux du camp qui le voulurent aller voir ; puis M. de Longueville, son beau-frère, en demanda le corps pour le faire ensevelir, ce qui lui fut octroyé librement. Il fut fait de lui cette épitaphe :

L’an mil cinq cent soixante-neuf,

Entre Jarnac et Châteauneuf

Fut porté sur une ânesse –

Cil qui voulait ôter la messe. » (BRANTÔME).

En souvenir de cette journée, un petit monument a été élevé à la limite des communes de Bassac et de

Triac, sur les lieux mêmes de l’assassinat. On montre encore à Jarnac une longue table de marbre où fut exposé le corps de Condé. On y remarque une tache laissée, dit-on, par le sang qui coulait de la blessure du prince.

Bulletin de la Société charentaise des études locales (1921) – Gallica.fr

1 commentaire pour LA BATAILLE DE JARNAC (13 mars 1569)

  • Terrible épitaphe à priori peu honorable et respectueuse pour un valeureux prince de Sang.

    Et pour ces querelles religieuses meurtrières, une correspondance saisissante par l’image … c’est aussi sur une ânesse que Jésus Christ rentra à Jérusalem le jour des Rameaux… à la différence que Lui s’y tenait droit alors que le pauvre prince de Condé, en travers sur le dos de l’animal, avait les membres ballants …

    L’âne tout un symbole en Poitou…

    Selon une légende bien ancrée dans le cœur des Mirebalais, ici, à Mirebeau, cette même année 1569, ce sont les braiments de ces charmants animaux qui ont prévenu à temps, alors que l’on était en peine nuit, la population d’une attaque soudaine et que la cité a pu éviter le bain de sang.

    https://www.lanouvellerepublique.fr/actu/les-baudets-de-rimbault-une-attraction

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