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"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a 100 ans…

Juin 1920

  • 1er. Espagne : création du parti communiste (PCE).
  • 4. France : premiers débats sur l’Alsace-Lorraine à la Chambre des députés.
  • 4. Traité de Trianon : signature du traité de paix entre les Alliés et la Hongrie.
  • 4. Tunisie : fondation du Destour. parti nationaliste.
  • 4. France : un Farman Goliath bat le record du monde de durée de vol en volant 24 h.13′. l6″.
  • 5. Reprise des relations diplomatiques entre la Belgique et le Luxembourg.
  • 10. Italie : chute du cabinet Nitti.
  • 12. Les Russes reprennent Kiev aux troupes polonaises.
  • 12. Paris : première des « Mille et Une Nuits » mise en scène de Firmin Gémier.
  • 13. Genève : congres international des féministes.
  • 15. Les nouvelles frontières entre le Danemark et l’Allemagne sont fixées. Le Danemark se voit reconnaître le droit de souveraineté sur le Schlesvig du Nord.
  • 15. Italie : constitution du cabinet Giolitti.
  • 21. Boulogne : session du Conseil supérieur des Alliés sur les réparations de guerre.
  • 22. La Grèce lance avec succès une offensive contre les Turcs en Asie Mineure.

NAISSANCES

  • 7. Georges Marchais, homme politique français.
  • 11. AIbin Chalandon. homme politique français.
  • 27. Jean-Jacques Nathan, éditeur français.

DÉCÈS

  • 14. Gabrielle Réju, dite Réjane, actrice française (*6.6.1856).
  • 14. Max Weber. Sociologue et philosophe allemand (*21.4.1864).

Source :  Chronique du XXe siècle – Édition Larousse

Le Catharisme en Occitanie -3-

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La Doctrine :

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Le combat des deux principes , thème central du catharisme . Oeuvre d'un peintre Catalan anonyme. .

Le courant spirituel des bulgares avait apporté les connaissances dans les centres occultes de l’Europe et ses initiés avaient, sans doute, le sentiment aiguë de la lutte entre le Bien et le Mal : la lutte entre la lumière et les ténèbres. Ce courant avait donné naissance à deux écoles : celle de Dracovicie dite dualiste absolue et celle de Concorrezo dite dualiste mitigée. Je vais revenir rapidement un peu plus loin sur ces deux « écoles ». Quoi qu’il en soit de ces sources, le catharisme présente une large autonomie de doctrine. La doctrine sur le mal différait guère de l’enseignement manichéen : le monde a un seul créateur « qui a fait toutes choses de rien ». Ce monde spirituel est imaginé comme étant formé de cieux rangés autour de la Terre prise pour centre. Ce sont les sept cieux de la vision d’Isaïe qu’on retrouve dans la Jérusalem céleste de l’Apocalypse de Jean. C’est là que réside l’homme spirituel androgyne. Dans la succession des émanations divines se retrouvent neuf hiérarchies que les cathares désignent sous les noms : d’anges, archanges, archaïes, puissances, vertus, dominations, trônes, chérubins et séraphins.

Le catharisme ne s’appuyait pas sur une théologie puisqu’il considérait que Dieu, inconnaissable et non accessible, est absent de ce monde. Les cathares s’appuyaient aussi sur de nombreux écrits (Paul, Marcion de Pont ou de Sinope) et s’inspiraient de courants de pensée plus anciens (paulinisme, gnosticisme), tout en gardant, sur bien des points, de notables distances avec ces philosophies ou religions, auxquelles le catharisme ne peut être assimilé d’un bloc. En effet, les cathares n’ont jamais parlé de Mani, de Sophia ou des Éons. C’est une interprétation très différente des évangiles de celle qu’en fait l’Église catholique. Les cathares recherchaient le sens originel du message du Christ. Leur foi se basait sur les principes suivants :

Dieu, appelé le principe Bon, existe de toute éternité et n’aura pas de fin. Il est parfait et son œuvre est parfaite, inaltérable et éternelle. Il est omniscient et tout puissant dans le Bien. Dieu est le créateur de ce qui est, et ce qu’il n’a pas créé n’est rien (nihil traduit par «néant»). Les esprits, appelés anges par simplification, sont de nature divine. Dans le Néant est le principe Mauvais, ou principe du Mal. Dieu, qui n’a pas de mal en Lui, ne peut connaître ce principe Mauvais, mais celui-ci, ambitionnant d’imiter Dieu, est parvenu à détourner une partie des esprits de la création divine. Le principe Mauvais a attiré les esprits par force (catharisme absolu ou dyarchien), ou par tentation (catharisme mitigé ou monarchien), car il n’a d’existence que pour autant qu’il puisse se mêler à la création divine (le Bien).

Cette vision de la constitution de l’univers visible forme le mythe de la chute du tiers des anges ou, selon les interprétations, de la troisième partie de leur composition : être, âme, et corps subtil. Introduits dans des corps charnels fabriqués par Lucifer, ces êtres sont différents de l’âme qui est de création maléfique, et qui assure la survie du corps charnel. Le corps est périssable : il appartient donc au diable. L’âme est cette « ardeur » qui anime le corps ; elle fait battre le cœur, elle est l’élan du sang, des émotions.

L’esprit ou être est ce qui demeure en nous de l’ange que nous fûmes et que nous serons à nouveau un jour. Donc, cette création, issue d’un créateur imparfait et non éternel, est imparfaite et corruptible. Elle a eu un commencement et elle aura une fin. Cette fin surviendra quand le Mal s’étendra sur la création et que les esprits auront réussi à s’extraire de leur prison charnelle pour retourner à Dieu. Alors, le Mal ayant perdu les avantages du mélange, redeviendra Néant. Le Mal est donc vainqueur dans le temps mais, son accomplissement constitue sa perte. Il est donc vaincu dans l’éternité. Les deux principes ne sont donc pas de même nature et de même puissance. Il ne s’agit donc pas d’un dualisme manichéen, ni d’un dithéisme, mais d’un dualisme comparable à celui de l’église de Rome, sauf qu’au lieu d’être eschatologique, centré sur la fin des temps et la division du monde entre paradis et enfer, il est originel, centré sur la bonne création, qui seule subsistera à la fin des temps.

Un exemple d’interprétation : la vision d’Isaïe.

Saint Jean l'Evangéliste. Lors du Consolament on lsait l'Enagile johanique.

Saint Jean l'Evangéliste. Lors du Consolament on lisait l'Enagile johanique.

Le refus de l’orthodoxie et le schisme.

Les cathares, se considérant alors comme les seuls vrais disciples des apôtres, adoptent le modèle de vie, les rites et les sacrements, des premières communautés chrétiennes. Ils considèrent que toutes les pratiques et sacrements instaurés par l’Église catholique romaine n’ont aucune valeur :

Le plus important : le sacrement du baptême d’eau que les prêtres catholiques confèrent aux nouveau-nés (incapables selon eux de comprendre l’engagement qu’est le baptême pour celui qui le reçoit). Le sacrement du consolament (consolation, en occitan du latin consolamentum) ou « baptême d’esprit et du feu » par imposition des mains, comme pratiqué par le Christ joue un rôle fondamental dans la vie cathare. Il était le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l’homme : l’Esprit. Au moment de la transmission de ce dernier leurs mains et leurs bouches devaient être pures, exemptes de tout péché. Ils ne devaient pas avoir volé ou tué ni menti ou jugé. Ces deux derniers préceptes étant importants pour les « bons hommes » car ils les rassemblaient sous le nom de « Voie de Justice et de Vérité ». Le « consolament » (ou consolamentum) était l’unique sacrement cathare. Son rite variait selon qu’il s’agissait de l’ordination d’un parfait, ou de la bénédiction d’un croyant à l’article de la mort (qui seule pouvait ouvrir les portes du monde de lumière). Ce consolament se faisait avec le livre ouvert à la page de l’évangile de Jean. Ce sacrement a été divisé en cinq parties par l’église catholique romaine : le baptême, la confirmation, une ordination (celui qui l’a reçu peut le conférer à son tour), une pénitence et une extrême onction. L’endura, qui conduisit des « bons hommes » à la mort, était un jeûne suivant le consolament et qui a pu conduire certains « bons chrétiens » à la mort pendant l’inquisition en raison de situation particulières (mourants ou blessés consolés in extremis). Enfin, pour en finir avec cette partie n’oublions pas le convenensa. Si on était un bon croyant sincère et que le jour de votre mort il n’y avait pas de « bon homme » le « consolament » était réputé administré si un « pacte », un engagement moral avait été pris avant.

La médiation des saints et le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les défunts). Le sacrement de l’Eucharistie : refusant de croire en la transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation du pain et du vin devenant le corps et le sang du Christ lors de leur consécration par le prêtre lors de la messe. En mémoire de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, les cathares bénissaient le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidèles. C’est le rituel du « pain de l’Oraison ».

un Mmariage médiéval (nuit de noce du Roi Arthur et de la Reine Guenièvre) Lesparfaits ne croyait pas au sacrement du mariage . Mais, en se convertissant il n'étaient pas tenus de rompre unmariage consacré .

un Mariage médiéval (nuit de noce du Roi Arthur et de la Reine Guenièvre) Les Parfaits ne croyaient pas au sacrement du mariage mais en se convertissant ils n'étaient pas tenus de rompre un mariage consacré.

Le sacrement du mariage, celui-ci légitimant à leurs yeux l’union charnelle de l’homme et de la femme, union à l’origine du péché au premier couple selon leur interprétation de la Genèse.

Le schisme a commencé en 1167 par le concile de Saint Félix de Caraman près de Toulouse, aujourd’hui Saint Félix de Lauragais sous la direction de l’évêque Nicétas de Constantinople. Ce concile ou plutôt synode car dirigé par un grec permet de définir précisément le culte, de l’organiser et de mettre en place une véritable Église cathare. Ainsi, le catharisme, tel qu’on l’appellera plus tard, prendra encore plus d’ampleur dans le midi de la France, est une réponse aux attaques de saint Bernard et du pape Alexandre III dans son canon promulgué lors du concile de Tours en 1163. Lors de ce concile le pape autorise les princes toulousains et gascons, dans le cadre de la lutte contre les hérétiques, à recourir à la procédure inquisitoire.

Il s’est poursuivi avec la réforme grégorienne (Grégoire VII) qui est une reprise en main de l’église. Elle consiste à se libérer de la tutelle laïque puisque le pape devient souverain sur ses terres. Mais aussi il libère les évêques et les prêtres de l’influence des barons et seigneurs. Il créé de nouveaux ordres. Il se comporte en souverain avec une tentation théocratique (la souveraineté étant réputée appartenir à Dieu). Il s’appuie sur les cisterciens d’abord puis sur les dominicains et les franciscains par la suite ceux-là même qui constitueront l’inquisition de si funeste mémoire. Tout le mal vient de là. Depuis Constantin l’église catholique était inféodée au pouvoir puisque née du pouvoir. En se libérant elle devient  intégriste en imposant des dogmes alors qu’elle aurait pût faire comme la religion juive avec le talmud ou tous les commentaires divergents d’un texte sont transposés exemple pour le Pentateuque. Il est condamné de nouveau au quatrième concile de Latran en 1215 après la première croisade donc. Pendant les trois semaines que dure le concile, du 11 au 30 novembre 1215, de nombreuses décisions sont prises qui renforcent l’emprise du Saint-Siège sur la chrétienté occidentale. Même si y figure la publication des bans à l’occasion des mariages, il impose aussi aux juifs et aux musulmans le port d’un insigne distinctif. Il condamne les doctrines vaudoise et cathare qui sanctifient la pauvreté et le renoncement aux valeurs matérielles. Enfin, dans le dogme de la transsubstantiation qui est la pierre d’achoppement entre l’église romaine et les cathares il tranche définitivement la question.  Qu’est-ce que le fidèle qui ne savait ni lire ni écrire pouvait bien connaître ou avait conscience de manger en absorbant l’hostie ? Mais ce n’est pas le sujet.

Le Miracle du Feu (Fra Angelico ) Inquisition dominicaine : Les Parfaits jettent au feu un livre catholique qui ne brûle pas

Le Miracle du Feu (Fra Angelico ) Inquisition dominicaine : Les Parfaits jettent au feu un livre catholique qui ne brûle pas

Il y a eu deux « chefs d’accusation » contre les cathares :

– Le premier le refus de prêter serment. La société féodale est essentiellement basée sur le serment. Le vassal jure fidélité à son suzerain et ainsi de suite. Les cathares, se basant sur l’évangile de Matthieu rejettent le serment et prétendent qu’un oui ou un non suffit. Les serments pouvant et d’ailleurs ont été trahis tout au long de l’histoire ancienne ou récente dans la grande histoire ou dans la petite histoire et encore tout récemment régulièrement pour certains. Le souci de rapports loyaux basés sur le respect de la vérité était préférable à une ou des formules creuses qui n’engagent que ceux qui les écoutent ou les croient. Le rejet du serment n’ébranlait aucune base ; pas plus qu’elle n’a été ébranlée lorsque la révolution française a supprimé la prestation de serment devant les tribunaux par l’article 185 du Code des délits et des peines le 03 brumaire de l’An IV. Napoléon l’a rétablit plus tard.

– Le second : la soit disant haine de la nature. En effet les cathares auraient voulu l’extinction de l’humanité par le suicide et le refus de la procréation. En fait seuls ceux qui avaient atteint le stade de « parfaits » refusaient les rapports charnels. Mais rien n’était définitif. On pouvait recevoir le consolament à un moment de sa vie puis revenir à l’état précédent pour le recevoir à nouveau. Un exemple simple. Une jeune femme pouvait recevoir le consolament puis quelques années après décider de se marier et avoir des enfants pour, en fin de vie étant veuve par exemple ou ayant eu assez d’enfants, le recevoir à nouveau et finir comme « bonne femme » c’est à dire « parfaite ».

Croyant s'agenouillant devant un Parfait pour recvoir sa bénédiction (coffret en ivoire du XIIIe siècle)

Croyant s'agenouillant devant un Parfait pour recevoir sa bénédiction (coffret en ivoire du XIIIe siècle)

En conclusion :

Le cathare sait qu’il n’est pas que matière ; qu’il a un esprit immortel. Il disait qu’il n’était pas de ce monde. Il sait également qu’il faut lutter contre l’égocentrisme et l’égoïsme de ce corps matériel, qu’il ne doit pas se laisser mener par sa nature animale. Liberté, égalité, fraternité, mais aussi justice, équité et solidarité. Tout cela est contenu dans la petite phrase qui exprime tout le christianisme cathare. C’est le message qu’ils ont laissé : « aimez vous les uns les autres ». Dans le Livre des Deux Principes de l’évêque cathare Jean de Lugio il est dit : « les sarrasins, les chrétiens, les juifs et les fidèles des autres religions qui tous croient en un seul principe bon et miséricordieux sont toujours entrain d’échanger des injures et de se traiter avec la pire cruauté alors qu’ils devraient se considérer comme frères issue de la même création ».

Les croisades et bien plus l’inquisition, ne sont-elles pas l’exemple même de l’échec de la parole comme argument de persuasion ?

Pour plus d’informations, voir :  Glossaire du Catharisme

La doctrine :

Le courant spirituel des bulgares avait apporté les connaissances dans les centres occultes de l’Europe et ses initiés avaient, sans doute, le sentiment aiguë de la lutte entre le Bien et le Mal : la lutte entre la lumière et les ténèbres. Ce courant avait donné naissance à deux écoles : celle de Dracovicie dite dualiste absolue et celle de Concorrezo dite dualiste mitigée. Je vais revenir rapidement un peu plus loin sur ces deux « écoles ». Quoi qu’il en soit de ces sources, le catharisme présente une large autonomie de doctrine. La doctrine sur le mal différait guère de l’enseignement manichéen : le monde a un seul créateur « qui a fait toutes choses de rien ». Ce monde spirituel est imaginé comme étant formé de cieux rangés autour de la Terre prise pour centre. Ce sont les sept cieux de la vision d’Isaïe qu’on retrouve dans la Jérusalem céleste de l’Apocalypse de Jean. C’est là que réside l’homme spirituel androgyne. Dans la succession des émanations divines se retrouvent neuf hiérarchies que les cathares désignent sous les noms : d’anges, archanges, archaïes, puissances, vertus, dominations, trônes, chérubins et séraphins.

Le catharisme ne s’appuyait pas sur une théologie puisqu’il considérait que Dieu, inconnaissable et non accessible, est absent de ce monde. Les cathares s’appuyaient aussi sur de nombreux écrits (Paul, Marcion de Pont ou de Sinope) et s’inspiraient de courants de pensée plus anciens (paulinisme, gnosticisme), tout en gardant, sur bien des points, de notables distances avec ces philosophies ou religions, auxquelles le catharisme ne peut être assimilé d’un bloc. En effet, les cathares n’ont jamais parlé de Mani, de Sophia ou des Éons. C’est une interprétation très différente des évangiles de celle qu’en fait l’Église catholique. Les cathares recherchaient le sens originel du message du Christ. Leur foi se basait sur les principes suivants :

Dieu, appelé le principe Bon, existe de toute éternité et n’aura pas de fin. Il est parfait et son œuvre est parfaite, inaltérable et éternelle. Il est omniscient et tout puissant dans le Bien. Dieu est le créateur de ce qui est, et ce qu’il n’a pas créé n’est rien (nihil traduit par «néant»). Les esprits, appelés anges par simplification, sont de nature divine. Dans le Néant est le principe Mauvais, ou principe du Mal. Dieu, qui n’a pas de mal en Lui, ne peut connaître ce principe Mauvais, mais celui-ci, ambitionnant d’imiter Dieu, est parvenu à détourner une partie des esprits de la création divine. Le principe Mauvais a attiré les esprits par force (catharisme absolu ou dyarchien), ou par tentation (catharisme mitigé ou monarchien), car il n’a d’existence que pour autant qu’il puisse se mêler à la création divine (le Bien).

Cette vision de la constitution de l’univers visible forme le mythe de la chute du tiers des anges ou, selon les interprétations, de la troisième partie de leur composition : être, âme, et corps subtil. Introduits dans des corps charnels fabriqués par Lucifer, ces êtres sont différents de l’âme qui est de création maléfique, et qui assure la survie du corps charnel. Le corps est périssable : il appartient donc au diable. L’âme est cette « ardeur » qui anime le corps ; elle fait battre le cœur, elle est l’élan du sang, des émotions.

– 10 –

L’esprit ou être est ce qui demeure en nous de l’ange que nous fûmes et que nous serons à nouveau un jour. Donc, cette création, issue d’un créateur imparfait et non éternel, est imparfaite et corruptible. Elle a eu un commencement et elle aura une fin. Cette fin surviendra quand le Mal s’étendra sur la création et que les esprits auront réussi à s’extraire de leur prison charnelle pour retourner à Dieu. Alors, le Mal ayant perdu les avantages du mélange, redeviendra Néant. Le Mal est donc vainqueur dans le temps mais, son accomplissement constitue sa perte. Il est donc vaincu dans l’éternité. Les deux principes ne sont donc pas de même nature et de même puissance. Il ne s’agit donc pas d’un dualisme manichéen, ni d’un dithéisme, mais d’un dualisme comparable à celui de l’église de Rome, sauf qu’au lieu d’être eschatologique, centré sur la fin des temps et la division du monde entre paradis et enfer, il est originel, centré sur la bonne création, qui seule subsistera à la fin des temps.

Un exemple d’interprétation : la vision d’Isaïe.

Le refus de l’orthodoxie et le schisme.

Les cathares, se considérant alors comme les seuls vrais disciples des apôtres, adoptent le modèle de vie, les rites et les sacrements, des premières communautés chrétiennes. Ils considèrent que toutes les pratiques et sacrements instaurés par l’Église catholique romaine n’ont aucune valeur :

Le plus important : le sacrement du baptême d’eau que les prêtres catholiques confèrent aux nouveau-nés (incapables selon eux de comprendre l’engagement qu’est le baptême pour celui qui le reçoit). Le sacrement du consolament (consolation, en occitan du latin consolamentum) ou « baptême d’esprit et du feu » par imposition des mains, comme pratiqué par le Christ joue un rôle fondamental dans la vie cathare. Il était le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l’homme : l’Esprit. Au moment de la transmission de ce dernier leurs mains et leurs bouches devaient être pures, exemptes de tout péché. Ils ne devaient pas avoir volé ou tué ni menti ou jugé. Ces deux derniers préceptes étant importants pour les « bons hommes » car ils les rassemblaient sous le nom de « Voie de Justice et de Vérité ». Le « consolament » (ou consolamentum) était l’unique sacrement cathare. Son rite variait selon qu’il s’agissait de l’ordination d’un parfait, ou de la bénédiction d’un croyant à l’article de la mort (qui seule pouvait ouvrir les portes du monde de lumière). Ce consolament se faisait avec le livre ouvert à la page de l’évangile de Jean. Ce sacrement a été divisé en cinq parties par l’église catholique romaine : le baptême, la confirmation, une ordination (celui qui l’a reçu peut le conférer à son tour), une pénitence et une extrême onction. L’endura, qui conduisit des « bons hommes » à la mort, était un jeûne suivant le consolament et qui a pu conduire certains « bons chrétiens » à la mort pendant l’inquisition en raison de situation particulières (mourants ou blessés consolés in extremis). Enfin, pour en finir avec cette partie n’oublions pas le convenensa. Si on était un bon croyant sincère et que le jour de votre mort il n’y avait pas de « bon homme » le « consolament » était réputé administré si un « pacte », un engagement moral avait été pris avant.

– 11 –

La médiation des saints et le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les défunts). Le sacrement de l’Eucharistie : refusant de croire en la transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation du pain et du vin devenant le corps et le sang du Christ lors de leur consécration par le prêtre lors de la messe. En mémoire de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, les cathares bénissaient le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidèles. C’est le rituel du « pain de l’Oraison ».

Le sacrement du mariage, celui-ci légitimant à leurs yeux l’union charnelle de l’homme et de la femme, union à l’origine du péché au premier couple selon leur interprétation de la Genèse.

Le schisme a commencé en 1167 par le concile de Saint Félix de Caraman près de Toulouse, aujourd’hui Saint Félix de Lauragais sous la direction de l’évêque Nicétas de Constantinople. Ce concile ou plutôt synode car dirigé par un grec permet de définir précisément le culte, de l’organiser et de mettre en place une véritable Église cathare. Ainsi, le catharisme, tel qu’on l’appellera plus tard, prendra encore plus d’ampleur dans le midi de la France.qui est une réponse aux attaques de saint Bernard puis du pape Alexandre III dans son canon promulgué lors du concile de Tours en 1163. Lors de ce concile le pape autorise les princes toulousains et gascons, dans le cadre de la lutte contre les hérétiques, à recourir à la procédure inquisitoire.

Il s’est poursuivi avec la réforme grégorienne (Grégoire VII) qui est une reprise en main de l’église. Elle consiste à se libérer de la tutelle laïque puisque le pape devient souverain sur ses terres. Mais aussi il libère les évêques et les prêtres de l’influence des barons et seigneurs. Il créé de nouveaux ordres. Il se comporte en souverain avec une tentation théocratique (la souveraineté étant réputée appartenir à Dieu). Il s’appuie sur les cisterciens d’abord puis sur les dominicains et les franciscains par la suite ceux-là même qui constitueront l’inquisition de si funeste mémoire. Tout le mal vient de là. Depuis Constantin l’église catholique était inféodée au pouvoir puisque née du pouvoir. En se libérant elle devient intégriste en imposant des dogmes alors qu’elle aurait pût faire comme la religion juive avec le talmud ou tous les commentaires divergents d’un texte sont transposés exemple pour le Pentateuque. Il est condamné de nouveau au quatrième concile de Latran en 1215 après la première croisade donc. Pendant les trois semaines que dure le concile, du 11 au 30 novembre 1215, de nombreuses décisions sont prises qui renforcent l’emprise du Saint-Siège sur la chrétienté occidentale. Même si y figure la publication des bans à l’occasion des mariages, il impose aussi aux juifs et aux musulmans le port d’un insigne distinctif. Il condamne les doctrines vaudoise et cathare qui sanctifient la pauvreté et le renoncement aux valeurs matérielles. Enfin, dans le dogme de la transsubstantiation qui est la pierre d’achoppement entre l’église romaine et les cathares il tranche définitivement la question. Qu’est-ce que le fidèle qui ne savait ni lire ni écrire pouvait bien connaître ou avait conscience de manger en absorbant l’hostie ? Mais ce n’est pas le sujet.

– 12 –

Il y a eu deux « chefs d’accusation » contre les cathares :

Le premier le refus de prêter serment. La société féodale est essentiellement basée sur le serment. Le vassal jure fidélité à son suzerain et ainsi de suite. Les cathares, se basant sur l’évangile de Matthieu rejettent le serment et prétendent qu’un oui ou un non suffit. Les serments pouvant et d’ailleurs ont été trahis tout au long de l’histoire ancienne ou récente dans la grande histoire ou dans la petite histoire et encore tout récemment régulièrement pour certains. Le souci de rapports loyaux basés sur le respect de la vérité était préférable à une ou des formules creuses qui n’engagent que ceux qui les écoutent ou les croient. Le rejet du serment n’ébranlait aucune base ; pas plus qu’elle n’a été ébranlée lorsque la révolution française a supprimé la prestation de serment devant les tribunaux par l’article 185 du Code des délits et des peines le 03 brumaire de l’An IV. Napoléon l’a rétablit plus tard.

Le second : la soit disant haine de la nature. En effet les cathares auraient voulu l’extinction de l’humanité par le suicide et le refus de la procréation. En fait seuls ceux qui avaient atteint le stade de « parfaits » refusaient les rapports charnels. Mais rien n’était définitif. On pouvait recevoir le consolament à un moment de sa vie puis revenir à l’état précédent pour le recevoir à nouveau. Un exemple simple. Une jeune femme pouvait recevoir le consolament puis quelques années après décider de se marier et avoir des enfants pour, en fin de vie étant veuve par exemple ou ayant eu assez d’enfants, le recevoir à nouveau et finir comme « bonne femme » c’est à dire « parfaite ».

En conclusion :

Le cathare sait qu’il n’est pas que matière ; qu’il a un esprit immortel. Il disait qu’il n’était pas de ce monde. Il sait également qu’il faut lutter contre l’égocentrisme et l’égoïsme de ce corps matériel, qu’il ne doit pas se laisser mener par sa nature animale. Liberté, égalité, fraternité, mais aussi justice, équité et solidarité. Tout cela est contenu dans la petite phrase qui exprime tout le christianisme cathare. C’est le message qu’ils ont laissé : « aimez vous les uns les autres ». Dans le Livre des Deux Principes de l’évêque cathare Jean de Lugio il est dit : « les sarrasins, les chrétiens, les juifs et les fidèles des autres religions qui tous croient en un seul principe bon et miséricordieux sont toujours entrain d’échanger des injures et de se traiter avec la pire cruauté alors qu’ils devraient se considérer comme frères issue de la même création ».

Les croisades et bien plus l’inquisition ne sont-elles pas l’exemple même de l’échec de la parole comme argument de persuasion ?

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