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"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a 100 ans…

Mai 1920

  • 8. Belgique : les femmes sont admises à l’université de Louvain.
  • 10. Irlande : 180 détenus entament une grève de la faim de 18 jours.
  • 12. Amsterdam : fondation de l’Internationale des jeunesses ouvrières sociales-démocrates.
  • 16. Suisse : un référendum décide de l’adhésion du pays à la Société des nations.
  • 17. Les troupes franco-belges évacuent la ville de Francfort.
  • 18. Le président de la commission des réparations, Raymond Poincaré, démissionne
  • 23. Fondation du parti communiste indonésien.
  • 24. France : Paul Deschanel tombe accidentellement du train présidentiel !
  • 24. Anvers : ouverture solennelle du stade où se dérouleront les 7e Jeux olympiques.
  • 25. Edvard Beneš devient ministre des Affaires étrangères de la République tchécoslovaque.
  • 26. France : l’aviateur Fronval bat le record d’acrobatie aérienne avec 926 loopings consécutifs !
  • 27. Thomas Masarik est élu président de la République tchécoslovaque.
  • 28. Guerre russe-polonaise : le gouvernement polonais demande laide des troupes françaises.
  • 30. France : canonisation de Jeanne d’Arc.
  • 31. Rome : le pape Benoît XV appelle à la réconciliation des peuples dans son « Pax Dci
  • 31. Les dirigeants socialistes français Frossard et Cachin se rendent à Moscou.

NAISSANCES

  • 15. Michel Audiard. Scénariste français ( † 27.11.985).
  • 18. Karol Wojtylla. pape sous le nom de Jean-Paul II. († 2.04.2005)
  • 28. Gaston Lenôtre pâtissier-traiteur français.

Source :  Chronique du XXe siècle – Édition Larousse

La chaise de l’Impératrice…

J'aime et je partage...

Enfant, j’entendais ma mère parler de la chaise de l’Impératrice… Cette auguste et vénérée relique, on en parlait toujours avec respect dans la famille de ma mère. Et ce souvenir entretenu par les récits des anciens se confondait avec ces légendes et contes d’autrefois. Cette chaise aujourd’hui disparue, emportée par la tourmente d’un partage successoral, plus personne dans ma famille n’en parle. Plus personne ne sait… Les uns et les autres aspirés par les nécessités de la vie ont perdu leurs attaches d’origine pour en renouer d’autres, ailleurs. En y repensant, je suis bien le seul à m’en souvenir. Et de crainte que tout ceci ne s’efface à jamais, je prends la liberté de la conter autant pour ceux qui me sont proches, que pour ceux qui partagent les mêmes passions que moi.

Libéré du service militaire en 1841 après sept années à Tours, Auguste François CHESNEAU n’est guère intéressé pour s’en retourner dans son pays de Vibraye dans la Sarthe. Toutes ses connaissances se sont espacées, les filles à marier de son âge l’ont oublié. Journalier, il est tour à tour commis marinier sur une toue de transport entre Tours et Blois, ensuite chauffeur sur un de ces paquebots à vapeur à basse pression de la Compagnie Les Inexplosibles qui assurent le service fluvial de Nantes à Orléans. Mais déjà aux escales, à ces ports de rivière, on ne parle que de cela… le PO recrute !  De fait,  le chemin de fer du Paris Orléans arrive jusqu’à la Loire ces premiers jours de septembre 1843. Dans les estaminets des quais de cette ville on tient pour acquit le prolongement prochain de la ligne jusqu’à Tours…

Ailleurs, dans une petite localité de la Brie, Etienne Désiré DAGOUREAU, charron de son métier et commis à l’entretien des voitures de la poste aux chevaux de Paris à Troyes, se dit que des temps nouveaux s’annoncent avec les projets de développement des chemins de fer. Il n’est pourtant plus jeune, mais lui et sa famille se retrouvent en ce mois d’avril 1845 dans une modeste maisonnette de la varenne de Jéricho, un village dépendant d’une localité plus éloignée encore, St Pierre des Corps. Séduit comme d’autres, le voilà employé au PO et très précisément préposé au service des barrières. Une chaussée nouvellement ouverte avec la construction de la ligne d’Orléans à Tours traverse ces étendues de cultures maraîchères, une barrière là… celle de La Pierre dont il doit assurer le service. Il est là à son poste lorsque surgit de très loin le premier convoi, ce jeudi 26 mars 1846, le passage du premier train jusqu’à Tours et son arrivée inaugurale au débarcadère provisoire à la limite Est de la ville.

Vous l’avez compris, j’ai des ancêtres cheminots.  Ils le sont devenus plus par les circonstances que la raison, étant tous deux migrants de l’intérieur. Dans la force de l’âge, François CHESNEAU travaille à l’entretien de la voie sur le nouveau pont sur la Loire entre   les stations de Vouvray et de Montlouis, ces deux localités viticoles qui n’ont pas encore toute leur renommée. Ses relations de travail lui font rencontrer les gardes aux barrières et entre gens de ce même milieu on fraternise vite, on devient camarades et amis. François n’est pas sans avoir remarqué à la barrière de La Pierre, la fille du garde, Marie Olympe et bien qu’elle soit de près de neuf années plus jeune que lui, il l’épouse ce lundi 10 février 1851 à la mairie de St Pierre des Corps. Le jeune couple vit tout à côté de cette barrière de La Pierre et c’est là que plusieurs mois après naît leur unique fille, Marie Armandine.

La vie aux barrières se déroule suivant la régularité du passage des convois. On ne discute pas le règlement de la Compagnie. Nous sommes maintenant un peu avant Noël de 1865. Le couple Chesneau – Dagoureau est en service à la barrière d’Azay sur Cher sur la nouvelle ligne du PO de Tours à Bourges dont le tronçon sera bientôt inauguré non par l’Empereur lui-même, retenu ailleurs, mais par l’Impératrice… Les parents Dagoureau maintenant retraités du service actif vivent auprès de leurs enfants dans cette nouvelle maison du chemin de fer, les aidant, cultivant le potager attenant sans oublier les quelques rangs de vigne. Si malgré tout ce temps passé au chemin de fer, on n’est pas devenu tourangeau, on a pris quelques habitudes des gens de ce pays et cultiver sa vigne c’est important ici.

Ce samedi 17 février 1866, il fait un de ces petits froids secs. Et cette légère brise glaciale qui vous pénètre augmente encore l’impression désagréable de cette froidure. C’est là, sur cette nouvelle voie du raccordement de Tours à Bourges que doit passer tout à l’heure le convoi officiel. C’est le jour de l’inauguration de cette nouvelle ligne du PO. Parmi les personnalités attendues, l’Impératrice Eugénie, elle-même accompagnée de ses dames d’honneur, de sa suite, des aides de camp de service. L’Empereur on s’en souvient, retenu ailleurs n’est pas présent, mais la présence de la Souveraine suffit à rehausser la signification de l’évènement. A la barrière d’Azay sur Cher, il y a une petite halte, un très modeste quai à peine surélevé et l’abri guérite n’est pas encore construit. La maison du garde y est toute coquette, une famille (vous la connaissez maintenant) s’y entasse…. Le train impérial file à son allure de circonstance. Mais à l’entrée d’Azay survient un incident. Que se passe-t-il donc ?

Azay-sur-Cher

Le convoi est immobilisé à cette halte, à quelques 10 kilomètres de Tours… L’origine de cet arrêt en revient aux bouilloires à eau chaude placées dans les compartiments pour le confort des voyageurs. Il importe pour leur sécurité qu’elles soient vérifiées. Cela ne doit durer que quelques instants ; mais l’attente persiste. Le quai de la halte pourtant fort étroit se couvre d’importants qui paraissent dominer l’insolite de la situation. N’y tenant plus, l’Impératrice descend elle aussi. On l’entoure, on la protège, mais délibérément elle se dirige vers la maison du garde de la barrière. Ce petit vent frais est vraiment fort désagréable. Dans cette unique pièce de rez-de-chaussée dotée d’une cheminée où des bûches se consument, il y règne une chaleur douce. Marie Olympe, sa mère Madeleine Fouquet ne savent si elles rêvent… L’Impératrice est là, devant elles, sous leur bien modeste toit. Font-elles comme il se doit, la révérence ? Elles n’ont sans doute pas appris comment on doit s’y prendre, intimidées comme devant l’apparition d’une Sainte du Paradis suivant l’expression de la relation écrite plus tard par cette grand-mère (que je n’ai pas connue) pour l’heure adolescente de quelques quatorze ans. Etonnées de voir toutes ces belles dames, l’instant est suspendu, transporté dans un monde irréel.

L'Impératrice Eugénie de Montijo

L'Impératrice Eugénie de Montijo

Marie Armandine se saisit d’une chaise et veut la présenter. Elle n’en a pas le temps, une de « ces grandes et belles dames » la lui prend pour la présenter à la Souveraine. Pour cette grand-mère (mon arrière grand-mère), l’Impératrice est plus qu’une reine. Elle remercie par des paroles aimables et simples. Lorsque cette grand-mère écrira ses souvenirs, plus tard, bien plus tard, toute cette scène lui apparaît encore. « L’Impératrice… pensez-donc ! Moi, toute jeune encore… ! ». Les mots sont impuissants pour elle, qu’elle ne parvient pas à relater tout ce qu’elle ressent à cet instant. Laissons-lui ce souvenir, mais aussi profitons de ce qu’elle nous laisse pour exprimer ce qu’elle ne parvenait pas à cerner.

***Cette chaise est devenue dans ma famille… la chaise de l’Impératrice. Personne, jamais… ne s’est assis dessus. Pensez-donc, la chaise de l’Impératrice !***  Elle s’est transmise entre les générations, passant de mains en mains avec tout le respect que l’on doit à une relique sainte. Elle a suivie le destin des mutations professionnelles de la Touraine à la Bretagne pour revenir en Touraine. Enfant, je l’ai vue dans la pénombre d’une chambre et l’on ne se déplaçait devant qu’à pas feutrés. Pour moi, il y avait là bien des mystères. Les propos de ma mère à ce sujet n’apportaient aucune des explications que j’attendais. Dans son enfance, toute une légende s’était construite autour de cette auguste et vénérée chaise et l’on ne savait plus distinguer entre le vrai et le faux. Ce n’est que plus tard lorsque fortuitement j’ai pu mettre la main sur le récit de mon arrière grand-mère écrit au soir de sa vie que j’ai enfin compris tout ce qui s’attachait dans la famille de ma mère au souvenir de cette époque du Second Empire pour ceux qui vivaient ce temps avec ses gloires et ses malheurs, la campagne de Crimée, l’expédition de Cochinchine, l’armée de la Loire… le tout réuni, confondu, ramené à cette chaise… la chaise de l’Impératrice.

Qu’est-elle devenue ? L’oncle Gabriel Moreau s’éteint fort âgé dans sa maison à Montlouis. (Celle que possède aujourd’hui mon fils). Comme il n’a pas à son décès de descendants directs, ce sont des petits neveux qui se partagent ses hardes et mobiliers, broient ses souvenirs, dispersent sa mémoire, tout en pillant sa cave. Nous regardions impuissants ce dépeçage, suite à l’effet de la donation entre époux jusqu’au dernier vivant.

La chaise comprise dans un lot de vieux meubles est partie à la brocante en échange d’un placard en formica !

Jean Marie Bouzy

5 commentaires pour La chaise de l’Impératrice…

  • avatar Bechade Nicole

    Vous avez bien fait de prendre la liberté de nous conter ce témoignage! c’est une magnifique histoire qui me touche puisque j’ai aussi des ancêtres cheminots ..
    Bravo à l’arrière grand-mère qui a su transmettre ses souvenirs !
    Merci à vous de nous avoir relaté ce conte !

  • avatar M.J D. ST Omer

    C’est une bien belle histoire!
    La royale  » assise » s’en est allée vers des postérieurs moins couronnés mais qu’importe, vous êtes là pour perpétuer le souvenir de son incroyable destinée! *
    Il est vrai que l’attrait des meubles en formica dans les années 60 fut la cause d’un véritable pillage des vieux meubles campagnards, récupérés à vil prix.

  • Bouleversant témoignage qui montre dans cette rencontre, exceptionnelle liée à des circonstances, elles, bien plus ordinaires mais à l’issue si inattendue, la dimension du « sacré » accordé aux personnes de haut rang et là, du plus haut niveau, s’agissant de l’Impératrice Eugénie de Montijo épouse de Napoléon III.
    On imagine la stupeur puis certainement le ravissement de votre arrière grand-mère quand elle voit apparaitre cette « Merveilleuse Dame » dans son humble maisonnette de garde-barrière .
    Dommage que cette « relique » n’ait été conservée au sein de votre famille …
    Mais sait-on toujours le prix ( parfois par le souvenir qui s’y rattache bien plus important que celui de la valeur commerciale estimée ) de ces choses ou meubles tout simples d’autrefois ?.
    Oui, dans les greniers d’antan, trainaient là, sous des années de poussière, des objets qui, s’ils pouvaient parler, nous conteraient des récits bouleversant ou étonnants .

  • avatar Blot Francis

    Magnifique, ce reportage. Tant pis pour la chaise de l’Impératrice ; le plus beau,c’était bien l’histoire que vous venez de nous raconter. Amicalement.

  • avatar guillon

    C’est un véritable conte qui est relaté. Mais il laisse apparaître également la tristesse ressentie par la disparition de cette chaise avec son passé historique

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