juin 2020
L M M J V S D
« Mai    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930  
"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a 100 ans…

Mai 1920

  • 8. Belgique : les femmes sont admises à l’université de Louvain.
  • 10. Irlande : 180 détenus entament une grève de la faim de 18 jours.
  • 12. Amsterdam : fondation de l’Internationale des jeunesses ouvrières sociales-démocrates.
  • 16. Suisse : un référendum décide de l’adhésion du pays à la Société des nations.
  • 17. Les troupes franco-belges évacuent la ville de Francfort.
  • 18. Le président de la commission des réparations, Raymond Poincaré, démissionne
  • 23. Fondation du parti communiste indonésien.
  • 24. France : Paul Deschanel tombe accidentellement du train présidentiel !
  • 24. Anvers : ouverture solennelle du stade où se dérouleront les 7e Jeux olympiques.
  • 25. Edvard Beneš devient ministre des Affaires étrangères de la République tchécoslovaque.
  • 26. France : l’aviateur Fronval bat le record d’acrobatie aérienne avec 926 loopings consécutifs !
  • 27. Thomas Masarik est élu président de la République tchécoslovaque.
  • 28. Guerre russe-polonaise : le gouvernement polonais demande laide des troupes françaises.
  • 30. France : canonisation de Jeanne d’Arc.
  • 31. Rome : le pape Benoît XV appelle à la réconciliation des peuples dans son « Pax Dci
  • 31. Les dirigeants socialistes français Frossard et Cachin se rendent à Moscou.

NAISSANCES

  • 15. Michel Audiard. Scénariste français ( † 27.11.985).
  • 18. Karol Wojtylla. pape sous le nom de Jean-Paul II. († 2.04.2005)
  • 28. Gaston Lenôtre pâtissier-traiteur français.

Source :  Chronique du XXe siècle – Édition Larousse

La Grande Guerre en Charente : 4.3 - L’Armistice – La Victoire - Les Hommages

J'aime et je partage...
  • La victoire

C’est le traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, qui instaure la paix et met fin à la Première Guerre mondiale.

Journal La Charente du 30 juin 1919, AD16 cote 1per 44/65

Et à Angoulême … Les fêtes de la victoire et de la paix, journal La Charente 30 juin 1919

Samedi dans l’après-midi, le téléphone nous annonçait qu’à 3 heures ½ la paix avait été signée avec l’Allemagne.

Aussitôt notre dépêche fut affichée à la grille de l’imprimerie et un peu plus tard, notre édition de la petite Charente répandait en ville l’heureuse nouvelle.

Vers 4 heures, les cloches des églises sonnèrent à toute volée, pendant que nos merveilleux 75 tiraient du haut des remparts, des salves qui apportaient au loin, dans nos campagnes la fin du cauchemar qui durait depuis bientôt cinq ans.

L’Allemagne, orgueilleuse, parjure et barbare, vaincue, venait d’apposer sa signature au bas du traité de paix, à coup sûr humiliant, mais le plus juste et le plus réfléchi qu’ait enregistré l’histoire. Nos morts glorieux des grandes guerres étaient vengés.

Dès l’annonce de la nouvelle, et bien qu’elle fût attendue, la foule se porta vers l’hôtel de ville.

Une automobile, dans laquelle avaient pris place M. Petiot, commissaire de police ; l’inspecteur Chapon, et l’agent Bécheresse, ce dernier décoré de la Médaille militaire et de la croix de guerre tenant à la main le drapeau des vaillants mobiles de la Charente de 1870-1871, était prête à se mettre en marche ; un fort groupe de trompettes d’artillerie, avec leurs fanions, était groupé pour faire escorte avec la gendarmerie.

  1. Mulac, sénateur, maire d’Angoulême ; le général Chéré, commandant d’armes et Petit, adjoint au maire, assistaient du balcon de l’hôtel de ville à cette manifestation.

Après de joyeux refrains joués par les trompettes, lecture est donnée de la proclamation suivante :

  • Le traité de paix imposé à l’Allemagne a été signé par ses plénipotentiaires, à Versailles, aujourd’hui samedi 28 juin, à trois heures.
  • La Nation Française, qui n’a jamais désespéré aux heures les plus tragiques, en ressentira un légitime orgueil et une foi inébranlable en ses hautes destinées.
  • Les agresseurs seront châtiés. Les pires violences, les cruautés, tous les forfaits d’un peuple à jamais odieux ont été vains devant la conscience universelle. La force est abattue, le droit est restauré.
  • Notre armée est entourée de gloire, nos héros tombés sont vengés. La France a repris ses frontières : il lui reste à l’abri du traité de paix, signé et dont il faut assurer la sévère exécution, relever ses usines. Elle y parviendra avec l’effort de tous dans l’union intime.
  • Pour célébrer cette grande journée, nos concitoyens sont priés de pavoiser à toutes les fenêtres.
  • Ce soir, à 9 heures ¼ une retraite aux flambeaux aura lieu et l’hôtel de ville sera illuminé.
  • Vive la France ! Vive l’Armée ! Vive la République !

Les acclamations enthousiastes de la foule saluent cette lecture.

Le cortège se met en route et à chaque carrefour, l’inspecteur de police Chapon donne lecture de la proclamation ; les trompettes font, à chaque halte, retentir leurs airs de triomphe.

Il est six heures lorsque le cortège est de nouveau retour à l’hôtel de ville, après avoir parcouru chaque quartier.

Pendant ce temps, la foule a encore grossi dans les rues de la ville, dont les maisons sont abondamment pavoisées ; les préparatifs d’illuminations se poursuivent rapidement ; des jeunes gens ont formés des monômes ; ils conspuent Guillaume et ses complices et rendent un hommage à nos vaillants poilus, à ceux qui ont reconquis la liberté de la France, leur confiant à eux, les jeunes, le soin de la rendre, par leur travail et leur patriotisme, encore plus grande.

La soirée de cette belle journée restera inoubliable ; la foule est immense dans les rues ; la préfecture, l’hôtel de ville, le palais de justice, le théâtre, l’hôtel des postes et des télégraphes, la chambre de commerce, la caisse d’épargne, les casernes, l’école d’artillerie, les gares, sont magnifiquement illuminés.

Les illuminations particulières sont nombreuses, et sur tout le long parcours suivi par la retraite au flambeau organisée avec le concours des trompettes d’artillerie, sont allumés des feux de Bengale et retentissent les vivats de la population.

Dimanche, l’animation a été grande aussi ; la ville pavoisée gardait son air des grands jours de fête.

Le soir, à 9 heures ½, une retraite aux flambeaux, organisée par la jeunesse, a parcouru les principales rues de la ville et le public, très nombreux, s’est associé à cette nouvelle manifestation patriotique.
Journal La Charente du dimanche 13 juillet 1919, AD16 cote 1per 44/65

L’arrivée du 107e d’infanterie, journal La Charente du 16 juillet 1919, AD16 cote 1per 44/65  

L’arrivée du 107e d’infanterie a débarqué mardi dans l’après-midi, à 2 heures 53, à la gare P. O d’Angoulême ; il est reçu à la gare par le général Chéré et le commandant Magord, chef du 2e bataillon.

Comme la veille, le bataillon s’est formé dans la cour de la gare de l’État, où l’attendait la musique du régiment.

À 3 heures 20 nos poilus, escortés d’un détachement d’artillerie, se mettent en marche suivant l’itinéraire que nous avons publié.

Sur tout le parcours, et notamment dans l’avenue Gambetta, où la foule est compacte, nos braves sont l’objet de chaleureuses acclamations : des fleurs leur sont offertes à profusion.

À 3 heures 30, le bataillon met pied-à-terre place de l’Hôtel-de-Ville, où son chef, le commandant Chabouty, est reçu par M. Mulac, sénateur, maire d’Angoulême, et son premier adjoint M. Petit.

  1. le Préfet, appelé à Paris, est représenté par son chef de cabinet. Le général Chéré et le commandant Magord assistent à la réception.

Après l’exécution de la Marseillaise, la musique joue plusieurs morceaux et il est près de 4 heures lorsqu’il se met en marche, aux acclamations de la foule pour rentrer à la caserne Taillefer, en passant par le rempart de l’Est et la rue de Périgueux.

Sur tout le parcours, la foule, comme la veille, est enthousiaste.

Le 1er bataillon est attendu demain mercredi, ainsi que le chef de corps, M. le commandant Beaucorps, actuellement à Paris avec les drapeaux du 107e, du 307e et du 94e territorial.

  • La préparation du défilé
Pour l’occasion un Arc de Triomphe a été érigé.
Archives municipales d’Angoulême

Journal La Charente du 19 juillet 1919, AD16 cote 1per 44/65

Le défilé, journal La Charente du lundi 21 juillet 1919, AD16 cote 1per 44/65À 3 heures, le canon tonne sur le rempart de Beaulieu,

Journal La Charente du samedi 19 juillet 1919, AD16 cote 1per 44/65


les cloches des églises sonnent à toutes volée,

la musique tchécoslovaque, placée à l’entrée de l’hôtel de ville, ouvre la fête en exécutant la Marseillaise, puis l’hymne national tchèque : Où est ma patrie ? Ces deux morceaux sont chaleureusement applaudis par la foule qui a envahi la place. Des gerbes de fleurs sont offertes aux chefs musiciens.

À la même heure commence le défilé, précédé d’un détachement de gendarmes à cheval.

Les troupes quittent la caserne Taillefer, ayant à leur tête le général Valentin, amputé du bras gauche, à cheval, le commandant de Beaucorps et les officiers de l’état-major.

Le détachement de Tchécoslovaquie précède nos poilus. La musique du 107e d’infanterie joue des airs si entrainants et si goûtés de la population angoumoisine.

Sur tout le parcours, la foule est compacte, ce n’est qu’à grand peine qu’un service d’ordre organisé avec le concours de la troupe parvient à la contenir. De toutes parts, ce ne sont que des applaudissements, des vivats, des acclamations sans fin ; des fenêtres, des balcons, des fleurs pleuvent sur nos braves poilus dont les visages rayonnent de joie, malgré leur fatigue.

Il est trois heures vingt lorsque la tête des troupes, arrivant par la rue des Halles-Centrales débouche sous l’arc de triomphe. La foule est immense, les fenêtres sont noires de monde, les acclamations redoublent, les fleurs tombent de toutes parts. C’est du délire.

Les sociétés militaires, avec leurs drapeaux déployés, sont massés devant l’hôtel de ville, ainsi que les sociétés de gymnastique et des Alsaciens-Lorrains. Les mutilés et les veuves de guerre ont pris place dans la tribune qui leur est réservée.

Dans la tribune officielle ont pris place notamment : MM. Le préfet de la Charente, M. Mulac, les généraux Chéré, Ladoux, Farsac et Wetzel. MM. Larroque, secrétaire général ; Marquais, conseiller de préfecture ; Lacroix, président du tribunal civil ; Courrègelongue, procureur de la république ; Lucien Lacroix, président de la Chambre de commerce ; Jacquard, inspecteur d’Académie, les conseillers municipaux, etc., etc.

Dès que les troupes apparaissent, la musique tchécoslovaque joue la Marseillaise, le général Valentin et son état-major vont se placer face au tribunes et le défilé, se poursuit sans que fléchisse un seul instant l’enthousiasme de la foule. Des applaudissements nourris saluent le passage des mitrailleuses, dont les légers attelages sont recouverts de verdure et de fleurs ; le train du régiment avec ses camouflages, les cuisines roulantes, enfin tout le matériel, dont on a fait un si bon emploi contre l’ennemi.

Des batteries d’artillerie ferment le défilé ; nos valeureux artilleurs sont, à leur tour, justement fleuris et acclamés.

Vers 4 heures, les troupes regagnent leur caserne, sous une nouvelle pluie de fleurs, par les rues Marengo, Saint-Martial, et de Périgueux, accompagnées par une foule énorme.

Après le salut au drapeau, les troupes gagnent leurs réfectoires où un excellent repas, arrosé du précieux « pinard » cet élixir si français, les réconforte de leur fatigue.

De 5 heures à 6 heures, place du Parc, la musique tchécoslovaque donne un concert très applaudi.

À 6 heures les officiers sont reçus par la municipalité, dans la salle des fêtes de l’hôtel de ville.

Le soir, l’hôtel de ville est illuminé, ainsi qu’un certain nombre de maisons particulières et la musique tchécoslovaque donne sur la place du Champ-de-Mars un nouveau concert.

L’animation est grande jusqu’à une heure avancée.

Nous ne saurions terminer le compte-rendu de ces belles fêtes patriotiques sans remercier M. le général Chéré, qui n’a rien négligé pour que la population d’Angoulême puisse dignement accueillir ses héros.

Nos remerciements vont également à M. le capitaine Guillon, l’excellent chef de musique du 107e d’infanterie qui, malgré les terribles épreuves que nous venons de subir, a su maintenir au régiment d’Angoulême une musique digne de sa gloire.

Nous devons enfin des félicitations à M. Grelier, l’actif directeur des travaux de la ville, dont on a pu tout particulièrement, en cette circonstance, apprécier le bon goût et l’heureuse initiative dans la conception de l’arc de triomphe qui a fait l’admiration de tous.

  • Un hommage aux soldats morts : un monument par commune

La France a payé l’un des plus lourds tributs, avec 1,4 million de tués et de disparus. Rendre hommage au courage des soldats morts pendant le conflit est une nécessité pour la population française. C’est ainsi que le Parlement décide, par la loi du 25 octobre 1919, de faire ériger un monument aux morts dans chaque commune.

C’était le 11 novembre 1919.
La fête de la victoire a été célébré à Villefagnan avec un état tout particulier. Indépendamment des nombreuses attractions inscrites au programme, la municipalité avait eu l’excellente idée de faire célébrer un service solennel en l’honneur des braves gens de la paroisse morte au champ d’honneur.
Au cours de la cérémonie, M. Le Doyen annonça une touchante allocution qui alla droit au cœur des nombreux assistants qui se pressaient dans l’église. Il manifesta le désir qu’une plaque commémorative sur laquelle seraient gravés les noms des enfants de Villefagnan morts pour la France, soit placée dans l’église. Les personnes présentes donnèrent largement à la quête qui fut faite à cette attention.

Entre 1920 et 1925, une véritable vague de monuments aux morts recouvre la France avec plus de 30 000 monuments construits, dont 1 500 pour les seuls départements de Charente, Charente-Maritime, Deux-Sèvres et Vienne.

« L’inauguration du monument élevé en la mémoire des enfants de Villefagnan morts au champ d’honneur a eu lieu dimanche 12 novembre 1922, en présence d’une foule considérable.

M. Debenay, le sympathique maire, au milieu d’un profond recueillement, fit l’appel des noms gravés sur le marbre, puis prononça un discours empreint d’une paternelle bonté. M. le docteur Brothier, l’honorable président des vétérans, apporta aux héros de 1914 le salut de ceux de 1870. M. L’Abbé Leclerc, président de la section des mutilés de la Charente, rappela en termes émouvants les sacrifices consentis puis, rappelant l’union qui régnait dans les tranchées pendant les années terribles, il invita ses camarades à ne jamais la rompre.

Après un discours de M. Raoul Feuillet, conseiller général, M. le Sous-Préfet apporta aux morts l’hommage du gouvernement de la République.

M. Poitou-Duplessis, député de la Charente, prononça ensuite un magnifique discours. Avec son éloquence coutumière, il invita lui aussi les anciens combattants ses camarades, à ne pas rompre l’union qui avait fait leur force pendant la guerre, puis brossant à grands traits le hideux tableau des champs de bataille, il dit que nous devions travailler de toutes nos forces pour empêcher le retour de tels malheurs. Mais pour cela que faire ? Désarmer complètement ? Utopie ! L’Allemagne nous a attaqués en 1914 parce qu’elle était plus forte que nous, aujourd’hui elle se refuse à désarmer, ne serait-ce pas de la folie de lui donner l’exemple. Dans la voie du désarmement, suivons notre ennemie, ne marchons pas avant elle.

Et M. Poitou-Duplessis termine au milieu des applaudissements de l’assistance tout entière. »

Recherche et mise en page Mireille Hirondeau

NB :
La consultation du livre d’or des Morts : ce fonds est conservé aux Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine.

Les listes définitives ont fait l’objet d’une numérisation et sont désormais consultable en ligne. Il faut interroger en indiquant le libellé suivant : « Morts pour la France [+ nom du département ou de la commune] »


Sources :

  • Archives Départementales de la Charente
  • Archives municipales d’Angoulême
  • Centenaire 14-18
  • Les archives nationales
  • L’Office national des armées, ONAC
  • Rue 89 Bordeaux
  • José Délias : 14-18 « Ceux de chez nous Nos héros malgré eux »
  • La Charente Libre
  • Guerre 1914-1918 les dernières semaines en Ruffécois
  • Villefagnan et son canton
  • Filae

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

  

  

  

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.