avril 2018
L M M J V S D
« Mar   Mai »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  
"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a Cent Ans…

Novembre 1918

1er. Allemagne : révolte des marins de la rade de Kiel.

3. Signature de l’armistice entre l’Autriche et les Alliés.

5. Allemagne : mouvement de grève générale.

7. Munich : le socialiste Kurt Eisner proclame la république des Conseils de Bavière.

8. La Roumanie déclare la guerre à l’Allemagne.

9. Allemagne : le mouvement révolutionnaire contraint l’empereur Guillaume II à abdiquer. Le chancelier Max de Bade démissionne.

9. L’empereur allemand Guillaume II s’exile aux Pays-Bas.

9. Allemagne : la République est proclamée.

11. Rethondes : signature de l’armistice : l’Allemagne capitule et restitue a la France l’Alsace-Lorraine.

11. Autriche : l’empereur Charles 1er abdique.

13. Armistice entre les Alliés et la Hongrie.

13. La Russie résilie le traité de Brest-Litovsk.

14. Pologne : Jozef Pilsudski devient chef d’État avec pleins pouvoirs dictatoriaux.

14. Tchécoslovaquie : Thomas Masaryk est élu président de la République.

17. Les Allemands évacuent Bruxelles.

21. Belgique : le roi Albert 1er rentre à Bruxelles. Un nouveau gouvernement est constitué.

21. Les dernières troupes allemandes évacuent l’Alsace-Lorraine.

25. France : Philippe Pétain entre dans Strasbourg.

NAISSANCE

9. Spyrou Agnopoulos, dit Spyrou Agnew. homme politique nord-américain.

DÉCÈS

10. Wilhelm Apollinaris Kostrowitsky, dit Guillaume Apollinaire, poète et romancier français (* 26.8. 880).

Chronique du XXe siècle – Édition Larousse

UN INSTITUTEUR AU FRONT : RENÉ DEFARGE (1)

J'aime et je partage...

UN INSTITUTEUR AU FRONT : RENÉ DEFARGE (1)

René Defarge était un pacifique, mais, comme tant de bons Français, il fit résolument la guerre parce qu’il le fallait.

Les fragments d’une lettre, écrite le dimanche 3 août 1914 à ses chers parents, montre clairement les sentiments qui le pénétraient et l’animaient au moment de partir à la frontière, au combat, au danger, à la mort :

« Jamais en ne vit et on ne verra pareil enthousiasme.

« Quel que soit l’avenir qui nous est réservé, nous partons, sûrs de défendre une cause sainte, la cause de l’indépendance nationale.

« Je vous aime comme vous m’aimez ; aussi je vous demande du calme et, puisqu’il faut tout dire, une héroïque abnégation.

Tout le monde, ici, part le sourire aux lèvres ; je vois des pères de famille, clés époux laissant leurs affections les plus chères partir avec enthousiasme. Moi, j’ai la chance inespérée, de m’en aller avec un capitaine idéal et des hommes que je connais déjà en partie. Je vous avoue — et vous n’en doutez pas — que je suis fier et heureux de courir au danger clans ces conditions. Quelle que soit mon affection pour vous, je veux faire tout mon devoir et, comme mon père le disait ce soir, le pays tout entier se lèvera s’il le faut. Mais nous n’en sommes pas là. Nous ne pouvons pas ne pas triompher Et puis nous reviendrons. Nous reviendrons la tête haute et le regard vainqueur. Si vous ne me revoyez pas, vous serez’ forts comme la mère Spartiate dont parle l’histoire. Et vous irez saluer les vivants, et mon capitaine. »

Nous verrons par la suite que ce n’étaient pas là -paroles en l’air et facile rhétorique.

Defarge assistait à la bataille de la Marne. Le 7 septembre, en pleine action par conséquent, à la hâte, au, crayon, il griffonnait ces mots :

« Je serai très bref, mais je tiens à vous dire que la grande bataille tant annoncée est engagée, et que la première journée a été extrêmement meurtrière pour le régiment et ma compagnie en particulier.

« Nous avons attendu vainement des renforts annoncés et nous étions seuls en face d’un village aux abords de la Marne, présentant un front de 7 à 800 mètres. Délogés par l’artillerie lourde, qui délogeait aussi, nous.replier en arrière du pont et là, après une nuit blanche et toute d’inquiétude, nous sommes restés de 4 heures du matin à 5 heures du soir, sous la rafale.

Mes deux camarades sont morts. Je reste seul avec mon capitaine. La compagnie a été splendide. Et moi-même je viens de recevoir les félicitations du chef de bataillon ; je suis proposé pour mon deuxième galon et cité, je crois, à l’ordre du jour.

« Si je tombe au champ d’honneur, bien chers parents, que ce soit pour vous la plus douce des consolations de savoir que votre fils a simplement fait son devoir. »

Au printemps suivant, le lieutenant Defarge a quitté la Champagne pour un champ de bataille en Lorraine : il n’a perdu ni la bonne humeur qui est le fond de son caractère, ni ses espoirs, ni sa vaillance. Il dit à ses parents :

« C’est la veillée des armes, par ce saint jour de Pâques. A minuit, nous quittons le cantonnement où, du reste, nous sommes copieusement bombardés, pour les tranchées de première ligne. Et, à la pointe du jour, le régiment ouvre la danse. Ce sera une chaude journée. Ah ! nous ne sommes plus en Champagne !

« Déjà, la nuit dernière, nous l’avons passée à la belle étoile, dans un ravin encaissé où le bruit du canon se prolonge en retentissants échos… Nous allons partir bientôt et, à la pointe du jour, nous entrerons dans les tranchées allemandes, tout simplement. Mon bataillon est à l’honneur ; j’espère que nous allons réussir. Nous allons faire de grandes choses dans la patrie de Jeanne d’Arc… Il est en tout cas prouvé, dès aujourd’hui, que nous ne connaîtrons pas la défaite et qu’à la Marne la plus formidable des agressions a été arrêtée net par la vieille bravoure française et aussi le génie français.

D’ores et déjà, c’est la grande Revanche et, quel que soit mon destin, je suis un heureux de ce monde puisque j’aurai été, à ma modeste place, un artisan de cette libération…

Il faudra savoir se priver, savoir souffrir, consentir à la ruine peut-être pour que la France vive éternellement. Nous souffrirons, nous endurerons tout cela. Nous aurons un corps de fer et une âme d’acier : nous ne plierons pas et nous vaincrons. Plus chère sera la Victoire, plus elle sera durable et glorieuse. La gloire n’est pas de la menue monnaie !»

Nous sommes maintenant en-septembre 1915 ; le bon soldat qu’est Defarge, se faisant sans doute l’écho des plaintes qui s’élèvent des tranchées, a son mot pour flétrir les embusqués, les gens de l’arrière qui faiblissent, les politiciens qui prétendent s’immiscer dans la direction de l’armée. Il ne veut pas qu’on s’attaque à Millerand, « le seul peut-être qui ait la confiance de l’armée ».

« L’armée, proclame Defarge qui en a le culte, c’est nous qui la conduisons à la victoire et à la mort ; c’est nous qui la faisons. C’est sur nos épaules que pèse l’écrasante responsabilité. C’est nous qui avons juré de sauver le pays et qui le sauverons. »

Quelques jours après, le 25 septembre 1915, René Defarge adressait sa dernière lettre à ses parents. La voici presque tout entière, suprême adieu à ceux qu’il aimait tant ; il est en face du Labyrinthe :

« Nous venons d’occuper, de nuit, nos emplacements de combat. Tous les préparatifs ont été faits, tout a été réglé minutieusement. C’est du temps de gagné, des vies humaines pour aujourd’hui et pour l’avenir.

Depuis quatre jours, nous avons déchaîné sur le front allemand un formidable ouragan de fer : jamais, même aux heures difficiles, nous n’avons connu cela et, si les Boches tiennent, c’est qu’ils ont du cœur au ventre.

« Ce matin, dernière main à la préparation : crapouillots, 75, marmites de petit et de gros calibre, tout y va. Déjà la tranchée s’est rougie ; un peu de sang a coulé, quelques-uns ont payé leur dette et au-delà.

« Tout à l’heure, ce sera la ruée. Partout, dans le Nord comme en Champagne, nous allons leur tomber sur le poil : il faudra bien que le rideau crève quelque part.

« Nous pouvons nous attendre, évidemment, à de gros sacrifices ; une troupe d’assaut doit savoir les supporter. Il faut y aller de plein coeur, comme dit le généralissime, jusqu’aux pièces d’artillerie. Il faut traverser tout ce labyrinthe de sapes, de galeries, de tranchées et de boyaux pour gagner la plaine et leur tailler des croupières

« Je ne pourrai certainement pas vous écrire de quelques jours de façon régulière ; ne vous affolez pas et n’allez pas avoir de pressentiments, se serait maladroit. En tout cas, si je tombe, je vous le répète encore, je serai mort joyeusement, quelque pénible que soit la pensée de me séparer de vous ; je serai mort sans regret, parce qu’il y a) des heures où la vie sans honneur, ce n’est rien, des heures où il faut se jeter tête baissée dans la commune mêlée sous peine de se renier et de n’être plus qu’un corps sans âme. »

Quelques heures après avoir écrit cette lettre, René Defarge était tué en avant de son, bataillon, devant la 4e tranchée allemande, à Ecurie (Artois). Il était âgé de 27 ans.

Quinze jours après l’assaut du 25 septembre, le 8 octobre, une lettre du colonel Royé, du 107°, laissait craindre à la famille que le lieutenant Defarge ne fût tombé mortellement frappé devant la tranchée ennemie ; le 15 octobre, le commandant Campagne, du 3° bataillon, confirmait ces funèbres pressentiments ; le 25 octobre, le major Piganmeau annonçait à son tour à M. Defarge père que la dépouille mortelle du lieutenant avait été ramenée dans les lignes françaises et l’inhumation faite dans un petit cimetière des environs d’Arras. Tout espoir était bien perdu de le revoir vivant.

Le brave enfant ne devait donc pas assister au retour triomphant qui flattait quelques mois plus tôt son imagination de vaillant soldat.

Brève fut sa carrière militaire, mais combien remplie ! Rien ne le montrera mieux que les lettres émues de ceux de ses chefs qui, l’ayant vu à l’œuvre pendant quatorze mois, surent l’apprécier et l’aimer.

Le capitaine Ducasse, lui aussi, devait être emporté par la tourmente, dans une lettre du 15 novembre 1915, disait de son lieutenant :

« J’ai eu votre fils René sous mes ordres pendant quatorze mois, au cours desquels nous ne nous sommes pas quittés, vivant ensemble, couchant sur la dure, partageant les mêmes dangers, échangeant sans cesse nos idées et nos espoirs. C’était un grand cœur, loyal et chaud, et un beau soldat dans toute l’acception du terme. Sa bravoure, connue de tous au 107°, était superbe d’insouciance et de mépris du danger. Il avait, jusque-là, passé au milieu des balles presque miraculeusement et j’avais la foi la plus robuste en son invulnérabilité. Il est glorieusement tombé en avant des tranchées prises et on a trouvé son corps face à l’ennemi, les mains dans les poches. C’était au feu son attitude familière. Vous pouvez, Monsieur, être fier de votre fils : il n’y en avait pas die plus brave et si cette mort vous désole, elle honore votre famille, comme le régiment, comme le pays.qui produit de tels hommes… »

A cet émouvant témoignage, j’en yeux ajouter un autre encore, celui du lieutenant-colonel Campagne, heureusement plein de vie, qui, commandant du bataillon du lieutenant Defarge, écrivait le 23 octobre 1915 à ses désolés parents :

« Je savais, Monsieur, que le lieutenant Defarge ne pouvait être que mort, qu’il était trop brave pour ne pas être couché là, devant nous. Un peu de terrain conquis et nous l’avons rejoint. On me l’a retrouvé la nuit dernière, comme je vous l’avais dit. Et ce soir, à la nuit tombante, j’ai voulu aller moi-même avec les brancardiers recueillir cette chère dépouille et, demain, nous la conduirons au cimetière d’Anzin, pour y dormir à côté de ses frères d’armes, tombés comme lui, dont il était l’émule, dont il était l’exemple. Nous l’avons enlevé enfin, Monsieur, comme je le désirais tant, de ce champ de bataille où il s’était conduit en héros.

« Ah ! j’aime à le redire, le beau, le brave officier ! Il n’avait même pas le mépris du danger, il l’ignorait. Et, sans l’avoir vu dans la fournaise, je sais, je sais bien comment il est mort, simplement, tranquillement, magnifiquement. Ah ! oui. – le joli soldat, le vrai fils de France !»

René Defarge obtint trois citations ; la dernière, à l’ordre du jour de l’armée, accompagnant sa promotion posthume dans l’Ordre national de la Légion d’honneur. Pourquoi faut-il, hélas ! qu’une croix si bien gagnée n’ait pu briller sur là vaillante poitrine de notre ami !

Extrait de la notice rédigée par A. GOURERK, directeur de l’École normale d’instituteurs d’Angoulême, à l’occasion de l’inauguration de la plaque commémorative apposée, le 20 janvier 1921, à l’école de la rue de Turenne, en hommage à l’instituteur René Defarge et aux anciens élèves de cette école morts pour la France.

Bulletin de la Société charentaise des études locales (1921) – Gallica.fr


(1) Né le 4 août 1888 à Champagne-de-Blanzac, élève de l’École normale d’Angoulême, il fut instituteur à Juillaguet, Blanzac, Barbezieux, le Gond-Pontouvre, et enfin à Angoulême (école de la rue de Turenne).

(2) Il parlait comme sous-lieutenant au 107° régiment d’infanterie. Il fut nommé lieutenant le 15 mars 1915.

1 commentaire pour UN INSTITUTEUR AU FRONT : RENÉ DEFARGE (1)

  • avatar ARNAUD DEFARGE

    Bonsoir,
    je suis la nièce de René Anselme DEFARGE,de ce fait, j’aimerai connaître l’origine de vos source..
    êtes-vous en possession des lettres originales ?
    avec mes remerciements,cordialement vôtre.

    Monique Arnaud

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

  

  

  

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.