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"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a 100 ans…

AOÜT 1919

  • 4. Paris : inauguration du musée Rodin.
  • 4. Hongrie : la république des Conseils de Hongrie est écrasée après 133 jours d’existence. Les troupes roumaines entrent à Budapest.
  • 5. Turquie : début du soulèvement militaire dirige par Mustafa Kemal contre la monarchie ottomane.
  • 6. Les États-Unis cessent le blocus économique contre la Russie soviétique. Les échanges commerciaux reprennent entre les deux pays.
  • 8. New York : Herbert Hoover, délégué du gouvernement américain pour l’aide alimentaire à l’Europe, demande aux travailleurs européens d’augmenter leur productivité.
  • 8. Le Parlement belge ratifie le traité de Versailles.
  • 8. Paris : le sergent Charles Godefroy, aux commandes de son biplan «Chasse », vole sous l’Arc de Triomphe, là où 3 semaines plus tôt, passait le cortège des armées. « le défilé, a-t-il déclaré, ne comprenait p nos « oiseaux ». J’ai voulu que l’avion ait sa part de triomphe.
  • 10. Les Anglais relâchent des prisonniers allemands : 800 grands blessés arrivent à Cologne.
  • 22. Des détachements de l’armée de la République autonome d’Ukraine massacrent plus de 5000 juifs dans la province de Podolie.
  • 25. Les États-Unis réclament à l”Allemagne, en réparation du torpillage du paquebot « Lusitania ›› par un de leurs sous-marins, la cession de l’île de Yap en Micronésie.
  • 28. Haute-Silèsie : une révolte appuyée par la Pologne est écrasée par les troupes allemandes.
  • 29. Belgique : entrée en vigueur de la loi Vandervelde sur l’alcoolisme.

NAISSANCE

  • 15. Menie Grégoire, journaliste française.

DÉCÈS

  • 11. Andrew Carnegie, industriel et philanthrope américain (*25.11.1835).

Source :  Chronique du XXe siècle – Édition Larousse

1784 : Inventaire des biens laissés par Jean Durieupeyroux (époux de Marie Malavergne).

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(Acte notarié dressé sur 2 feuillets timbrés, soit 8 pages cousues à fil par le milieu, portant timbres de l’époque, surchargés pour les effacer avec dans l’angle supérieur gauche, autres timbres à la Cérès assise offrant couronne de lauriers de l’an 10 frappé à 75 centimes Rep Fra – Dordogne – démontrant ainsi que le document avait été produit à cette dernière époque).  (1)

Aujourd’hui 24ème du mois de mai 1784, après midi au village de Blanchardières, paroisse de Quinsac en Périgord et maison dépendante de l’hérédité de feu Jean Durieupeyroux, dit Maurelières, marchand (2) ; par devant le notaire royal soussigné et présents les témoins ci-après nommés, ont été présents en leur personne, Marie Malavergne (3) veuve dudit feu Durieupeyroux, habitante de la présente maison, d’une part ; et Michel Durieupeyroux, (4) agent d’affaires de Madame la Comtesse d’Aydie (5), habitant au château de La Borie-Saulnier, paroisse de Champagnac de Bel Air, agissant en qualité de cohéritier légitime dudit feu Durieupeyroux, son oncle paternel, d’autre part ;
Lesquelles parties ont dit que ledit Durieupeyroux étant décédé en la présente maison depuis peu de jours pour éviter toutes contestations entre les autres héritiers, ils ont à ces fins convenu de faire faire description et inventaire de tous les meubles et effets laissés par ledit feu Jean Durieupeyroux.
A ces fins, étant dans la première chambre (6) dépendante de ladite succession, sur le requis des sus nommés et accompagné de deux témoins, nous avons premièrement trouvé sur la droite en entrant un coffre fait en menuiserie ferré et fermant à clef de bois noyer de la contenance de 4 setiers ou environ, lequel l’ayant ouvert, il s’y est premièrement trouvé 2 draps de lit, un de brin très fin demi usé, l’autre d’un brin commun presque neuf, et, sur autre 2 draps de lit, l’un de boiradis et l’autre d’étoupe demi-usé, plus 8 draps de lit de toile étoupe à demi-usés ; lesquels, ladite Malavergne a dit et déclaré qu’elle les a fait faire pendant sa société conjugale avec ledit feu Durieupeyroux ; plus enfin s’est trouvé dans ledit coffre 2 draps de lit de toile de boiradis presque neufs que ladite Malavergne a dit lui appartenir comme lui ayant été remis par feu Guillaume Lavergne (7), son père ; n’y ayant autre chose dans le coffre, il a été fermé et la clef remise à ladite Malavergne.
Plus s’est trouvé dans ladite chambre, un second coffre en menuiserie de bois noyer, ferré et fermant à clef et lequel ayant fait ouvrir, il s’y est trouvé 20 livres d’étoupes en écheveaux et pelotons blanchis, n’y ayant autre chose dans ledit coffre que le linge et hardes de ladite Malavergne et les habits de feu Durieupeyroux, lesquels habits consistent en 2 habits complets d’étoffe commune, couleur marron, les vestes, culottes avec 3 gilets, deux desquels sont fort usés et l’autre presque neuf et les habits, vestes et culottes assez bons, plus s’y est trouvé 6 chemises de toile brin fort usées appartenant audit feu Durieupeyroux, plus s’y est trouvé 4 paires de bas de laine à demi-usés appartenant audit feu et enfin un chapeau dudit feu Durieupeyroux assez bon et n’y ayant autre chose dans ledit coffre, il a été refermé et sa clef remise à ladite Malavergne.
Plus s’y est trouvé, une table bois de noyer faite en carré, un tiroir au-dessous, lequel ayant été ouvert, il ne s’est rien trouvé, laquelle table est assez bonne.
Plus s’y est trouvé un châlit de bois de noyer, planché seulement par le bas assez bon, garni de rideau et tour de lit d’étoffe, moitié fil et laine, couleur citron, sur lequel châlit s’est trouvé une toile et un traversin de coutil de marchand garni de plumes de pays du poids de 50 livres avec le  coutil à demi-usé.
Plus s’est trouvé dans ladite chambre, un autre châlit de bois cerisier planché par le bas et par le haut de draps de lit fort usés, garni de 3 rideaux, un tour de lit d’étoffe moitié fil et laine couleur citron et du côté de la muraille garni d’un rideau de toile d’étoupe fort usé, ainsi que les autres rideaux, sur lequel châlit il s’est trouvé une toile et traversin de coutil commun garni de plumes de pays de poids de 48 livres avec le coutil demi-usé.
Plus s’est trouvé 2 courtepointes faites de deux draps de lit, chacune fourrée de laine à demi-usée. Dans l’évier de ladite chambre qui est dans le mur du Nord, s’est trouvé 2 seaux avec une cassotte à demi-usée.
Plus s’est trouvé dans ladite chambre un cabinet fait en commode de bois de noyer fait à quatre battants et quatre tiroirs, dans le milieu ferré et fermant à clef avec quatre serrures et clefs ; l’un des battants par le haut des deux petits tiroirs au-dessous et le plus grand tiroir sur la gauche n’ayant aucune serrure, et fermant chacun avec bouton de fer. Ayant ouvert les deux armoires au bas du cabinet, il s’est trouvé dans le premier sur la droite, 2 tamis de crin fort usés, plus une petite cruche à huile de la contenance d’une chopine, mesure de Brantôme, une autre cruche à huile de la contenance de 8 pintes, mesure de Brantôme, dans laquelle il s’est trouvé la même quantité ou environ de 8 pintes d’huile de noix de même mesure. Dans le second étage du bas dudit cabinet, s’est seulement trouvé 1 plat de terre commune. Dans un des plus grand tiroir et celui sur la gauche qui n’a pas de serrure, s’est seulement trouvé deux petits morceaux de lard du poids d’environ une livre et demie. N’ayant autre chose dans ledit tiroir, il a été fermé.
En ayant ouvert le second tiroir sur la droite, il s’est trouvé la somme de 48 livres en 8 écus de six livres, n’ayant autre chose dans ledit tiroir, il a été fermé et la clef remise à ladite Malavergne. Ayant ouvert les deux petits tiroirs, il ne s’y est rien trouvé qui nous est paru devoir être inventorié, lesquels tiroirs ont été refermés.
Ayant ouvert une des armoires du haut dudit cabinet et celui dans le bas à gauche, s’y est trouvé 6 serviettes de toile de brin, deux desquelles sont ouvrées, les autres quatre sont unies, plus 7 draps servant pour la pâte ou essuie-mains de toile d’étoupe servant de même de nappes, le tout à demi-usé. N’y ayant autre chose dans ladite armoire, elle a été refermée, sa clef remise à ladite Malavergne.
Plus avons ouvert la seconde armoire haute du cabinet, il s’y est premièrement trouvé 1 petit plat, 4 petites assiettes et 6 cuillers d’étain commun, le tout du poids de 8 livres et trois quart.
Plus s’est trouvé dans le même cabinet, 3 petites assiettes d’étain commun presque neuves de poids de 3 livres et demi que ladite Malavergne a déclaré qu’elles ont été acquises pendant sa société conjugale. Et n’ayant autre chose dans ladite armoire, elle a été refermée.
Plus s’est trouvé dans la même chambre, 3 pots de fonte de fer, l’un de la contenance de deux pintes, faits en façon de marmite avec son couvercle à demi-usé, l’autre contenant un seau, mesure de forge sans couvercle, assez bon et le troisième contenant deux seaux de forge, aussi assez bon. Ce dernier, ladite Malavergne a déclaré qu’il a été acquis pendant sa société conjugale avec ledit feu Durieupeyroux.
Plus s’est trouvé dans la cheminée de ladite chambre, 2 chenets de fer battu, du poids de 16 livres et une petite mauvaise pelle à feu ; plus s’est trouvé une poêle à frire, une cuiller de fer à tremper la soupe, le tout assez bon.
Plus s’est trouvé dans la même chambre, 1 bassin d’airain contenant environ un seau, assez bon ; plus une petite mauvaise table de bois châtaignier avec cadre dessous, 2 chaises à siège de jonc et une autre chaise faite de bois de noyer et enfin un banc pour s’asseoir à côté de la première table.
Etant monté dans le grenier au-dessus de ladite chambre, accompagné desdites parties et témoins, nous avons premièrement trouvé 10 livres de laine en rame plus environ 1 setier de froment et 3 setiers et demi de blé d’Espagne (8), mesure de Brantôme ; et n’y ayant autre chose dans le grenier, sommes descendus. Et a déclaré ladite Malavergne que depuis le décès dudit Durieupeyroux, elle a fait moudre un setier de froment qui était dans le même grenier.
Et n’y ayant autre chose dans ladite chambre, nous en sommes sortis et sommes entrés dans une petite chambre à côté de la présente, dépendante de la même succession, accompagnés des mêmes parties et témoins, où il s’est trouvé premièrement une petite hache, 2 bêches plates, une à deux pointes, 2 petits sarcloirs et 1 petit mauvais poêlon de cuivre, les bêches, les sarcloirs à demi-usés et le poêlon hors d’état de servir ; plus s’y est trouvé 2 pièces remplies de vin rouge et d’une barrique à demi pleine aussi de vin rouge, le vin ayant un goût de cuit (9) et enfin s’est trouvé 5 pièces de fûts défoncés seulement d’un côté, plus 2 paires de fonds de pièces, 1 entonnoir de bois et enfin 1 petit baricaut servant de maie à pétrin, le tout à demi-usé. Ey n’y ayant autre chose dans ladite chambre, nous en sommes sortis et de là, accompagnés des dites parties et témoins, sommes passés dans une partie de grange près de ladite maison, dépendant de la même succession.
Où est une étable à bœufs, où il s’est trouvé une bourrique fort vieille que les parties ont estimé environ à 18 livres et il s’est trouvé dans le même grange et dans l’étable à brebis, 8 brebis, 2 moutons d’un an et 6 petits agneaux ; et sur le grenier à foin de ladite partie de grange, s’y est trouvé environ 30 quintaux de paille et 4 quintaux de foin et finalement s’est trouvé dans ladite partie de grange 3 mauvais fûts de pièces ;
Et n’y ayant autre chose, nous sommes sortis accompagnés desdites parties et témoins et nous nous sommes rendus dans une petite chambre (10) qui est dans ledit village, dépendante de ladite succession ; laquelle l’ayant ouverte, il s’y est premièrement trouvé, une petite cuve à couler environ 3 pièces de vin, à demi-usée, plus 3 pièces de vin rouge de celui de l’année dernière, d’où il y en a une qui a un goût de sur (11) et 3 autres pièces remplies de vin vieux qui a un goût de cuit et 6 fûts de pièces vides foncées seulement d’un côté et 4 paires de fonds. (12)
Et sur le grenier de ladite chambre, il s’y est trouvé 23 planches à ouvrage de bois cerisier de la longueur d’environ 7 pieds chacune (13) et 14 planches de bois de chêne environ de la même longueur. Et n’y ayant autre chose dans ladite chambre qui nous est paru devoir être inventoriée, nous en sommes sortis et ladite Malavergne a fermé la porte et retiré sa clef devers elle.
Et étant revenus, accompagnés comme dessus, dans la première chambre où nous avons commencé ces présentes, ladite Malavergne nous a déclaré qu’il y a de plus une petite lampe à queue de cuivre jaune, un petit soufflet et nous a déclaré qu’il n’y a de papiers dans ladite maison que les quittances des rentes des fonds (14) dépendants de ladite succession et un contrat de vente fait par Jean Chartroulle, Sieur Demoulières, avec feu Durieupeyroux, moyennant 60 livres en date du 28 novembre 1765, reçu par Dubreuil notaire royal et en forme la quittance des lods et ventes, étant au bas signée d’Abzac de St Viance (15) Laquelle copie, nous avons coté au dos par lettres et paraphe et n’y ayant d’autre papier à inventorier, lesdites quittances de rentes et susdite copie ont été remisées à ladite Malavergne.
Et n’ayant autre chose à inventorier dépendant de la même succession, nous avons interpellé ladite Malavergne, de nous déclarer moyennant sous serment d’elle, pris en tel cas requis, si elle sait ou cesse d’avoir et savoir par dol, fraude ou autrement, d’autres meubles et effets dépendants de la même succession, que ceux portés au présent inventaire ; laquelle moyennant son serment, nous a déclaré qu’elle ne sait d’autres meubles et effets que ceux-ci-dessus rapportés. L’ayant de même interpellée de nous déclarer, moyennant son dit serment s’il y est dû à ladite succession ou si la même succession doit et quelles sommes. Laquelle dite Malavergne nous a déclaré qu’il est dû à ladite succession, premièrement par le Sieur Besse de Lavergne la somme de 10 livres, plus par le Sieur Chartroulle Demoulières est dû la somme de 48 livres, sur laquelle ladite Malavergne a déclaré que ledit feu Durieupeyroux avait reçu dudit Sieur Chartroulle, 2 pieds d’arbre, l’un de cerisier, l’autre de noyer mais qu’elle ne sait pour quel prix, qu’il est de même dû au Sieur Chartroulle les impositions royales et seigneuriales pour le montant de l’acquisition ci-dessus rapportée ; et que le nommé Jean Jolivet, dit Jean de Loison, doit à la même succession la somme de 80 livres pour reste de prix de vin à lui vendu et qu’elle ne sait sur s’il y a d’autres sommes dues à ladite succession, ni que la même succession doive.
Et n’ayant autre chose à inventorier, ladite Malavergne et ledit Durieupeyroux ont requis du Sieur Péloré, le présent inventaire à la somme de 240 livres. Dont acte.
Fait, lu et passé sous le Scel royal en présence de Nicolas et Jérôme Besse, Sieurs de Lavergne, bourgeois tous deux habitant du présent village de Blanchardières, même paroisse de Quinsac, témoins connus qui ont signé avec ledit Durieupeyroux et Nous et non ladite Malavergne pour ne savoir de ce par nous interpellée.
Ainsi signé à la minute, Durieupeyroux, Lavergne, Chirat de Lavergne et Delrieu, notaire. Contrôlé à Brantôme et insinué (16) suivant le tarif – reçu 6 livres 15 sols, y compris 10 sols pour livres, le 5 juin 1784, signé Laforest.



Autre mention ajoutée : première expédition collationnée sur son original en due forme, par moi notaire public soussigné, comme par prenant dans la succession de feu Jean Delrieu, mon beau père, (signé) Bourrinet, notaire. Reçu pour tous droits, 25 francs, y compris le droit d’enregistrement. (17)

Transcription août 2011 – Un document bien intéressant montrant ce qu’un artisan menuisier pouvait détenir au jour de son décès dans cette petite localité de Quinsac en Périgord.

1.    L’inventaire dressé par notaire en présence de témoins a été produit très probablement vers 1800 devant les autorités, ce qui explique la surcharge du timbre royal qui offusquait les âmes sensibles avec apposition du nouveau timbre en usage et perception de nouveaux droits.
2.    Jean Durieupeyroux est décédé au village de Blanchardières à Quinsac, le samedi 15 mai 1784 à l’âge de 77 ans, maître menuisier de son état ; marié à 62 ans avec Marie Malavergne en 1769, celle-ci âgée de 21 ans. Le couple n’ayant pas d’enfant, le défunt par testament en 1779 a institué pour son héritier universel et exécuteur testamentaire, son neveu, Michel Durieupeyroux, son épouse survivante devenant usufruitière de tous ses biens à titre viager.
3.    Marie Malavergne (1748 – 1807), veuve à 36 ans. On devine qu’elle s’intéresse de près aux affaires de son époux, bien que ne sachant pas écrire comme en témoigne ses déclarations sur les dettes et créances de la succession.
4.    Michel Durieupeyroux, neveu du défunt par la branche paternelle (1739 – 1805). Un personnage actif qui s’est façonné lui-même de simple paysan est devenu praticien, agent d’affaires ayant la confiance de plusieurs personnes importantes du pays en ce temps, dont la comtesse d’Aydie et la comtesse d’Abzac de St Viance, la dame de Boisseuil, prieure des Dames religieuses de St Pardoux La Rivière. Le testament de son oncle Jean Durieupeyroux de 1779, l’institue au décès de ce dernier son héritier universel et exécuteur testamentaire pour les divers legs particuliers qu’il consent à plusieurs bénéficiaires, sans en avoir les moyens et sans en avoir constitué les provisions nécessaires. Ce testament généreux va être à l’origine de nombreux conflits qui trouveront leurs conclusions au siècle suivant, impliquant des intervenants qui n’avaient aucun intérêt dans l’affaire mais qui devaient honorer ces engagements excessifs du défunt de 1784, par le simple fait qu’ils étaient recherchés par les attributaires de ces legs, par simple représentation.
5.    La comtesse d’Aydie signalée ici est Henriette de Texier de Javerlhac (1704 – 1792), veuve à 31 ans de Jean d’Aydie de Champagnac (1675 – 1735) dont elle a eu 2 enfants, Gabrielle et Anne Marguerite. La première épouse en 1746 son cousin, Gabriel Chapt de Rastignac (1726 – 1796), dernier seigneur de Bernardières. Elle décède en 1772. Henriette de Javerlhac, comtesse d’Aydie réside au château de La Borie-Saulnier, propriété de son défunt mari à Champagnac de Bel Air conjointement avec sa seconde fille mariée à Louis René de Ranconnet, mais aussi au château des Bernardières à Champeaux dont elle succède à l’usufruit permanent sur Bernardières au décès de sa fille Gabrielle en 1772.
6.    Par l’expression de chambre, il ne faut pas y voir une pièce dédiée comme de nos jours au seul repos, mais plus une salle commune dans laquelle on vit, on y reçoit et on s’y repose, comme il s’en trouve toujours dans les maisons paysannes du pays. Les meubles décrits illustrent bien le fait qu’ils ont été réalisés par le défunt lui-même au cours de sa vie, étant maître menuisier. Les effets signalés sont identiques à ceux de ce temps, la toile de brin est un tissu de lin, celle d’étoupe est faite de chanvre. Ceci indique les éléments de confort du temps et renseigne bien sur l’art de vivre de cette époque. Le brin, le boiradis sont des tissus plus ou moins fins communs en ce temps, le premier est en lin, le second un mélange de chanvre et de laine. Les quantités d’huile trouvées laissent à penser qu’elles ne sont pas toutes destinées à l’alimentation mais à l’éclairage. La présence d’un évier ou probablement une pierre creusée en faisant office avec la cassotte d’usage commun partout, laisse deviner un écoulement vers l’extérieur à travers le mur, ainsi cette pièce commune ne peut l’être qu’au rez de chaussée. Les éléments de vaisselle décrits en étain commun sont caractéristiques de ce temps. La cheminée avec ses accessoires (pots, marmites, chenets) démontre encore que l’on se trouve dans une pièce commune.
7.    Guillaume Malavergne, père de Marie (1701 – 1781) originaire de St Front La Rivière, époux de Marie Ronzeau.
8.    Blé d’Espagne, ou maïs d’aujourd’hui. A noter par ailleurs, le peu de numéraire dans la maison, 8 pièces seulement en écus d’argent de 6 livres. Ceci est aussi largement significatif du temps en Périgord où le numéraire circule peu. Les échanges se font sur la base du troc, tout comme le paiement des impôts fonciers pour lesquels on trouve très communément des valeurs exprimées en nature, blé, orge, avoine, cire, géline et parfois des montants en argent pour de faibles montants, quelques sols voire quelques deniers.
9.    Vin au goût de « cuit »… peut être est-ce un vin s’étant chargé en tanin avec le temps, par opposition au vin jeune plus clair ; en ce temps, l’usage est de consommer du vin jeune. Le vin vieux est alors réputé de moindre intérêt et se vend avec plus de difficultés car on estime que l’on ne peut le conserver encore très longtemps.
10.    Probablement un cellier, voire un petit atelier ou une réserve séparée de l’habitation principale située non au bourg  mais au village de Blanchardières, tout comme l’est la demeure du défunt.
11.    Un goût de « sur » est celui de vin aigri… ce n’est pas encore du vinaigre, mais si l’on attend trop, il le deviendra. Bref, il a perdu beaucoup de ses qualités.
12.    Par paire de fonds, il faut entendre, des fonds de tonneaux ou barriques, que l’on a ôté des fûts en plus ou moins mauvais état en vue de les réutiliser en les recyclant.
13.    Environ 2 mètres d’aujourd’hui, ce qui paraît normal pour la hauteur exploitable d’un tronc de cerisier ou d’un noyer.
14.    Que l’on ne se méprenne pas, les rentes en ce temps ne sont pas des revenus, mais des taxations foncières (impôts locaux d’aujourd’hui) ou droits seigneuriaux perçus en considération des usages parfois fort anciens résultant de déclarations royales pour des services rendus localement par le Seigneur local, ou par suite de divers services mis à la charge du Seigneur dont bénéficie la population (four banal, prés ou pâtures communes, ponts, berges aménagées, accès ou chemins). Ces taxations étaient payables le plus souvent en nature par les assujettis, dont ils s’acquittaient parfois avec beaucoup de retard. Le Seigneur ou son fondé de pouvoirs, parfois son « fermier aux taxes » plus rarement, en remettait quittance pour preuve des paiements. Il arrivait aussi que le Seigneur au vu de la modicité de ces taxes, les cédaient à d’autres contre rémunération immédiate plus conséquente pour lui, même si ceci ne pouvait intervenir qu’une seule fois. Des bourgeois ou paysans devenus propriétaires de biens fonds en faisaient parfois l’acquisition, s’imaginant pouvoir exercer sur le pays une petite autorité ou espérant en faire varier le montant à leur profit. Mais c’était sans compter avec le poids de la routine, les contestations qui en découlaient et ceux qui tentaient d’en abuser se faisaient rabrouer par la justice bien vite.
15.    Il s’agit de la Comtesse d’Abzac de St Viance, autre relation d’affaires de Michel Durieupeyroux. La dame de St Viance agit ici en tant que Seigneur bénéficiaire de taxations seigneuriales, dont elle donne quittance à ceux qui les lui ont payées. Il s’agit de Benoîte d’Abzac de Mayac, épouse en 1748 (et veuve depuis) de Jean Melchior Philip de St Viance, nièce et légataire universelle d’Antoine d’Aydie de Vaugoubert, dit l’Espagnol (1688 – 1764) puisque ce dernier était sans descendance directe.
16.    Bien que notariés, les actes pour être opposables juridiquement aux tiers devaient être soumis à deux formalités, le contrôle pour leur enregistrement et l’insinuation pour constater l’effet de la validité de leur date certaine, comme étant définitive et non susceptible d’être remise en question plus tard. Ces deux formalités donnaient lieu à des perceptions de droits, lesquels étaient mentionnés sur le document lui-même avec visa de celui qui les avaient perçus pour leur validité.
17.    L’acte d’inventaire de 1784 soumis postérieurement devant les autorités après l’an 10 (1802) donne lieu à une nouvelle taxation d’enregistrement, par l’effet d’une copie délivrée par un autre notaire (public, suivant l’expression du temps, en remplacement de la précédente, celle du notaire royal). Les effets juridiques ne sont pas remis en cause, ils sont confirmés et validés par cette simple copie laquelle est par contre soumise à la nouvelle taxation.

3 commentaires pour 1784 : Inventaire des biens laissés par Jean Durieupeyroux (époux de Marie Malavergne).

  • avatar Raluy Françoise

    je travaillais sur un inventaire de la même époque en Périgord (je fais la monographie de mon village) et je rencontrais beaucoup de termes mystérieux, ainsi le tissu ou toile de boiradis ; voici qui éclaire ma lanterne! merci ; votre travail me fait gagner beaucoup de temps…

  • avatar duval marie christine

    tres interessant, et surtout un beau travail de transcription et de commentaires…je voudrais bien savoir comment est écrit l’acte et si on parlait vraiment ce « français de Paris » ? ou seulement le notaire qui rédigeait en « langue officielle » ?

  • Cet inventaire va loin dans le détail jusqu’à préciser l’état des objets : meubles, vêtements, ustensiles et même denrées alimentaires … Il est intéressant de remarquer l’importance des précisions qualifiant l’état de chacune de ces choses énumérées, ainsi formulé : demi-usé, presque neuf, fort usé, cuit, sur, mauvais, etc.
    Une époque où il convenait de conserver le plus longtemps possible les objets du quotidien.
    De gaspillage, il ne pouvait être question en ces temps là… on usait jusqu’à la trame de fond, ses vêtements et ses draps…
    En comparant avec les comportements de grand consommateur de notre temps présent, le fossé est immense… un fossé gigantesque pour fouir tout ce que nous jetons qui, le plus souvent est à peine usé et a peu été utilisé, de même que denrées encore non périssables ou qui n’ont jamais été consommées …
    Et malgré cela, les vide-greniers sont toujours à la mode …

    Merci à l’auteur de cet article qui nous a transmis cet inventaire intéressant à plus d’un titre.

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