"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a Cent Ans…

Juin 1917

- 5.06.1917. Italie : la 10e bataille d'Isonzo, commencée le 14 mai, s'achève sans succès pour les Italiens.
- 6. 06.1917. Paris, débat à la Chambre : «La paix n'est possible que si l'on obtient la restitution de l'Alsace-Lorraine. ››
- 7.06.1917. Début de la bataille des Flandres : attaque des charsanglais.
- ll.06.1917. Chine : dissolution du Parlement par le président Li.
- 12.06.1917. Grèce : le roi Constantin abdique sous la pression des Alliés. C'est son deuxième fils, Alexandre, qui lui succède.
- 12.06.1917. Grèce : E. Vénizélos revient au pouvoir comme président du Conseil et déclare la guerre à l“Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Bulgarie et à l'Empire ottoman.
- 15.06.1917. USA : loi sur l'espionnage. De lourdes sanctions seront infligées à ceux qui gênent les actions de guerre ou aident l'ennemi.
- 16.06.1917. Russie : ouverture du premier Congrès panrusse des soviets : Lénine y déclare que les bolcheviks visent à saisir seuls le pouvoir : c"est 'hilarité
générale dans la salle.
- 16.06.1917. Allemagne : épidémie devariole dans le Nord. On déplore 200 morts.
- 17.06.1917. Sortie du court métrage de Charlie Chaplin «l’Émigrant ››.
1-9. Grande-Bretagne : la Chambre des communes
accorde le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans
(-› 9.12.l928).
-19.06.1917. Russie : constitution du premier bataillon de femmes engagées volontaires.
- 26.06.1917. Saint-Nazaire : les premières troupes américaines débarquent.
- 29.06.1917. Kiev : proclamation de la République autonome d`Ukraine par Vinnichenko et Simon Petlioura.

NAISSANCE
- 14.06.1917. Gilbert Prouteau, écrivain et cinéaste français.

Source : « Chroniques du XXème siècle – Larousse..

TAIZÉ - AIZIE Durant la guerre de 1914

TAIZÉ – AIZIE

Durant la guerre de 1914

Recueil de Notes par J.R. Cornaud, Instituteur.

La Mobilisation

Le samedi 1er août 1914, à 17 heures, la gendarmerie venue de Ruffec en automobile a apporté à Taizé plusieurs exemplaires du Décret présidentiel ordonnant la mobilisation générale.

Quelques citoyens accourus en hâte à la mairie se sont chargés sur le champ de l’affichage du Décret dans les villages de la commune.

Toute la soirée une animation inaccoutumée régna dans notre petit bourg.

Cultivateurs et artisans, laissant leurs travaux, vinrent aux nouvelles. Des groupes se formaient où l’on commentait les événements des jours précédents: l’attitude agressive de l’Autriche et la fourberie de l’Allemagne qui poussait à la guerre.

De toutes parts on entendait dire: “l’Allemagne nous provoque, eh bien, puisqu’il le faut, on fera son devoir; l’heure de la revanche est arrivée.”

Et, tandis que les femmes s’essuyaient les yeux, chaque homme mobilisable  s’empressait de lire attentivement les instructions contenues dans son livret militaire afin de s’y conformer scrupuleusement.

Le 2 août, premier jour de la mobilisation, 4 réservistes territoriaux: Olivier Ernest, Cardin Louis, Trillaud François, et Gaildraud Baptiste affectés au service de la garde des voies ferrées, se rendent à leur poste, les uns à la gare de Ruffec, les autres à la maisonnette de la forêt.

Ce sont les premiers hommes qui laissent leurs foyers. Ils ne vont pas loin, mais leur départ est impressionnant.

Les parents des militaires présents sous les drapeaux éprouvent la plus vive anxiété. Reverront-ils jamais leurs enfants?

Voici la liste complète de ces jeunes soldats:

BOUILLON Edouard, BOUILLON Ernest, BAUDON Victor, COLIN Joseph, COUTANT Henri, COUTANT Germain, FAVRE Baptiste, GAILDRAUD Edouard, HÉRAULT Henri, JUSSAUME Félix, LAMIT Auguste, MIGAUD Edouard, MOREAU Henri, ROUFAUD Pierre.

Le 2 ème jour de la mobilisation, les jeunes gens ci-après, revenus du régiment depuis un an, partirent pour rejoindre leur corps:

BELLY Louis, BOUILLON Timanthe, BOUILLON Urbain, PACTON Maurice, BERTRAND Marcel, FAVRE Henri, HÉRAULT Jean, MICHAUD Pierre, BRUN, DUPRAT Eugène.

Puis ce furent ceux de la réserve de l’armée active, jeunes hommes mariés pour la plupart:

BERTRAND Louis, BERTRAND Prosper, BIBAUD Daniel, BOUHIER Marcel, BOUILLON Baptiste, AMIAUD Ernest, CHARDAC Pierre, GUILLET Louis, LAMIT Albert, LAVILLE, LÉCHELLE, MIGAUD Ernest, MASSET Ernest, MAUBERGER Amédée, MOREAU Ernest, PELGRIN Louis, PELGRIN Alexandre, PACTON Gustave, RIBAUD Ernest, ROUFAUD Augustin, SAUZET Marcel, SOULARD Georges, TRILLAUD Auguste, VINCENDEAU Jean Baptiste, VISSERON Albert, LAMIT Henri.

Ces jeunes hommes partent le 3 août pour rejoindre leurs différents corps. Ils ont le coeur gros de laisser leurs femmes, leurs enfants et leurs parents, mais ils semblent résolus à tous les sacrifices pour repousser les agresseurs.

Le 6 août, départ des hommes de notre commune appartenant pour la plupart au 94 ème Régiment territorial d’infanterie d’Angoulême.

En voici la liste:

AMIAUD Jean, 33 ans, BOURGUIGNON Bénoni, 35 ans, BERNARD Louis, 39 ans, CHAUVET Pierre, 48 ans, DEBENAIS Alexis, 41 ans, DELAGE Hippolyte, 35 ans, DEMEZICQ Jules, 41 ans, BOISSOT, FOIN Auguste, 33 ans, JACQUET Pierre, 34 ans, LAGRANGE Jean, 36 ans, ROUFAUD, ROGEON Abel, MATHIAS Léon, SAULNIER Célestin, BAILLY Rémy, BERNARD Flavien, BOUHIER Achille, MÉTAYER Ernest.

Jeunes hommes réformés précédemment et reconnus aptes au service armé par le Conseil de révision siégeant à Ruffec le 1er décembre 1914.

Frédéric COLIN, VALLADE, ROGEON, VRIET, Pierre BOULARD.

Jeunes classes de l’armée active incorporées depuis la mobilisation.

Classe de 1914: FAVRE François, BAUDINAUD Robert, COUTANT Louis, DELHOMME Alphonse.

Classe de 1915: HÉRAULT Victor, CARDIN Louis, COULONNIER Baptiste.

Classe de 1916: SAULNIER Auguste, FAVRE Marcel.

Classe de 1917: TARDAT Paul, DELHOMME Marcel, DEMONT Eugène.

Des secours en pain sont accordés d’urgence par le Conseil municipal aux familles les plus nécessiteuses des hommes mobilisés.

La nouvelle de la violation du territoire belge par les allemands arrive ici, elle provoque l’indignation des habitants.

Le 5 août, jour des vacances pour les élèves des écoles. Les maîtres leur recommandent de se rendre utiles le plus possible car on va manquer de bras dans leurs familles pour les travaux des champs.

Le 6 août, à 8 heures du matin, les chevaux, juments, mules et mulets classés, sont conduits à Ruffec par leurs propriétaires pour être soumis à l’examen de la Commission de réquisition. Sur 38 animaux présentés, 24 ont été réquisitionnés à des prix rémunérateurs. Ils ont été emmenés le jour même, les uns affectés au 52 ème Régiment d’Artillerie, à Angoulême, les autres au 12 ème Escadron du train des équipages, à Limoges.

Voici la copie d’un état de cette réquisition:

BAILLARGÉ Jean, jument 5 ans, 850 F. BAUDIFIER Jean, jument 12 ans, 950F. BAUDINAUD Léopold, jument 7 ans, 900 F. BELLY François, jument de 9 ans, 950 F et jument de 12 ans, 850 F. BERTRAND Louis, jument 8 ans, 800 F. BOUILLON Edouard, cheval 6 ans, 920 F. BOUILLON Baptiste, jument 6 ans, 850 F, BOUILLON Louis jument 10 ans, 750 F. BOUILLON Timanthe, cheval 10 ans, 750 F, CORNAUD Jules, cheval 5 ans, 1150 F. DEMEZICQ Jules, cheval 10 ans, 825 F, DEMONT Léon, 2 juments 5 ans, 900 F et 925 F. GAILDRAUD Edouard, jument 10 ans, 900 F, JUSSAUME Pierre, jument 14 ans, 1050 F, LAFOND Marcel, chevaux 11 ans et 5 ans, 775 F et 825 F. MÉTAYER Ernest, cheval 12 ans, 750 F. MOREAU Pierre, cheval 6 ans, 1100F. PACTON Pierre, jument 7 ans, 750 F.ROGEON Denis, cheval 7 ans, 850 F. TRILLAUD Jean, jument 11 ans, 750 F, RIVAUD Alexis, jument 12 ans, 775 F.

Le 10 août, les écoles sont rouvertes pour recevoir les jeunes enfants que leurs mères ne peuvent surveiller pendant qu’elles sont occupées dans les champs. Une demi-douzaine d’enfants seulement reviennent. L’instituteur et l’institutrice les occupent quelques heures à des lectures puis ils les conduisent en promenade à la maisonnette du chemin de fer à Chauffour pour voir passer les trains militaires remplis de matériel de guerre et de soldats qui se rendent à la frontière pleins d’enthousiasme. Les voitures sont couvertes de fleurs et d’inscriptions émouvantes. Les enfants tout joyeux acclament les troupes au passage, tandis que leurs maîtres se posent cette question poignante: Combien reverra-t-on de ces beaux jeunes hommes ?

Les travaux de la moisson se terminent assez facilement grâce à l’aide des voisins entre eux. Il en est de même du battage des grains et de la rentrée des regains de prés naturels. Tous, grands et petits, cultivateurs ou non, y mettent la main. L’Instituteur et le Curé rivalisent de bonne volonté pour mettre leurs services à la disposition des familles les plus éprouvées par la mobilisation.

Au cours de ces travaux on s’entretient des nouvelles de la guerre qui nous arrivent par les bulletins officiels et par quelques rares journaux. Les esprits sont tendus vers cet unique objet. On commente avec plus ou moins de justesse les faits connus. On se préoccupe surtout de savoir si les mobilisés de notre commune écrivent et ce qu’ils disent. Chaque matin, un groupe de personnes attend le facteur avec impatience et sitôt l’arrivée de ce dernier, les lettres de militaires qu’il apporte sont lues en commun. A la fin d’août quelques familles commencent à se désoler de ne rien recevoir des leurs. On cherche à les consoler en leur représentant les difficultés qu’éprouvent les postes à bien assurer le service des correspondances. Leurs tristes pressentiments ne se réaliseront que trop.

La déclaration de guerre et le danger que court notre pays ont fait naître l’union la plus étroite et la plus cordiale entre les habitants de notre petite localité. Plus de rivalités mesquines, plus de querelles de partis ou de religion plus même de brouilles de familles, l’accord le plus complet pour souhaiter la fin du militarisme prussien abhorré. Espérons que cette parfaite harmonie ne sera pas éphémère.

Les habitants non mobilisés de la commune se sont montrés dès le début de la guerre à la hauteur des circonstances; ils ont fait preuve d’un calme et d’une résignation inspirés par un sincère sentiment patriotique. Le départ des mobilisés a fait couler des larmes, mais nul n’a songé un seul instant que la France pourrait ne pas être victorieuse. Les travaux agricoles ont été exécutés comme en temps ordinaire; ils ont seulement duré un peu plus longtemps et ont donné un peu plus de peine.

Les boulangers de la ville de Ruffec ont cessé d’apporter le pain dans notre campagne, on ne sait trop pourquoi. Les habitants ont dû aller chercher leur pain à Ruffec, petite incommodité que chacun songe à s’éviter en faisant soit même son pain: les fours ne manquant pas dans le bourg et dans les villages.

Le prix des denrées n’a pas beaucoup varié; seul, le prix du sucre s’est un peu élevé de 1,15 F le kilogramme, il est passé à 1,30 F. Le pain se vend 0,75 F les 2 kilogr. (décembre 1914)

Une crise monétaire s’est fait sentir dès les premiers jours de la mobilisation. Déjà l’or avait à peu près disparu; l’argent, et particulièrement les pièces de 5 francs sont devenus fort rares en très peu de temps. Les coupures de 20 F et de 5 F émises par la banque de France sont venues heureusement suppléer à cette disette de l’or et de l’argent.

Ces coupures ont été assez bien accueillies. Toutefois les détenteurs de ces papiers ont hâte de les échanger contre de la menue monnaie d’argent qu’ils cachent au fond de leurs tiroirs.

Les transactions du petit commerce devenant fort difficiles du fait de la disparition de la monnaie divisionnaire, les Chambres de Commerce d’Angoulême, de Poitiers et de Niort nous ont envoyé des coupures de 2 F, 1 F, et 0,50 F qui ont cours ici et rendent les plus grands services à la population. Ces petits papiers se détériorent assez vite, mais ils sont renouvelés assez fréquemment.

Les réquisitions dans la commune pour le ravitaillement.

La Commission cantonale siégeant à Ruffec pour le service du ravitaillement de l’armée a fait parvenir à la mairie de Taizé les instructions relatives aux fournitures de denrées diverses que la commune aura à faire durant la guerre. Il ressort de ces instructions que la commission achètera les denrées de gré à gré aux producteurs et, qu’à défaut d’offres suffisantes elle aura recours au droit de réquisition que lui confère la loi. En outre, les cultivateurs sont invités à faire exécuter le battage des grains le plus tôt possible.

Les possesseurs de denrées à vendre se sont empressés de se faire connaître, car les prix offerts par la Commission sont légèrement au dessus des cours ordinaires à cette époque. Ces prix sont les suivants:

Blé, le quintal : 28 F Moutons, le Kg : 1 F

Avoine : 21 F Porcs : “ : 1,20 F

Haricots : 50 F Boeufs “ : de 0,95 F à 1 F

Le tout poids vif.

(Septembre et octobre 1914.)

Livraisons faites par la commune pour le ravitaillement de l’armée en – 1914.

2 560 sacs d’avoine (un hectolitre par sac)

80 sacs de blé

1 000 Kg de haricots

62 moutons

– Il n’a pas été fourni de porcs.

– 1915

Le 6 janvier : 11 boeufs, au prix de 0,95 F et 1 F le kilo. Prix total : 7 498 F.

L’administration municipale.

Quatre des membres du Conseil municipal ont été mobilisés dès le début de la guerre:

CHAUVET Pierre, adjoint, BERNARD Louis, BAILLY Rémi et DEMÉZICQ Jules.

Le Maire peu valide par suite de paralysie partielle, et obligé d’autre part à s’occuper de l’exploitation de la propriété de son fils mobilisé, a chargé l’instituteur d’assurer l’expédition des affaires courantes de la mairie, ce que celui-ci a fait jusqu’à ce jour.

Toute entreprise communale importante est suspendue. Aussi les recettes budgétaires dépassent-elles de beaucoup les dépenses. Seuls les services de l’assistance continuent à fonctionner normalement

Les réunions trimestrielles du Conseil municipal sont peu suivies, les conseillers étant entièrement absorbés par les soins de leurs exploitations agricoles; même les dimanches et jours de fêtes, ils sont retenus à la maison par le pansage des bestiaux.

L’agriculture.

Durant la première année de la guerre, l’agriculture n’a pas souffert dans notre commune. La hausse sensible du prix de vente des produits de la terre et des animaux de la ferme a stimulé toutes les familles de cultivateurs. Les vieillards, les femmes et les enfants ont travaillé avec ardeur et rien n’a souffert de l’absence des jeunes hommes.

La deuxième année a donné des résultats moins bons par suite de l’incorporation des classes de 1916, 1917 et de quelques hommes du service auxiliaire. Les principaux agriculteurs ont demandé et obtenu l’aide d’ouvriers militaires agricoles, mais pour trop peu de temps et une cinquantaine d’hectares de terres labourables sont restées incultes. D’autre part, les journaliers et les domestiques de ferme sont pour ainsi dire introuvables. Les salaires demandés par ceux très rares qui s’offrent, sont exorbitants: 8 F et nourriture pour les journaliers, 150 F par mois et nourriture pour les domestiques.

Le mode de culture s’est ressenti de cette pénurie de main d’oeuvre: on a cultivé moins de plantes sarclées et on a fait plus de blé et d’avoine. L’élevage du gros bétail: boeufs, mules et mulets, ainsi que l’élevage du mouton, n’en ont pas souffert.

Le Commerce local.

Notre population agricole a fait de bonnes et lucratives affaires. Si le rendement de la terre a été un peu plus faible qu’en temps ordinaire, le prix de vente des produits a atteint une hausse inconnue jusqu’alors.

Le prix des grains a augmenté d’un tiers environ, celui du bétail a doublé et il en est de même de tous les menus produits de la ferme: oeufs, volaille, lapins, fromages, etc…

La guerre a donc permis à la généralité des habitants de Taizé-Aizie de réaliser  d’importants bénéfices. Mais il faut dire à leur louange que beaucoup d’entre eux ont employé ces bénéfices à l’achat de bons et d’obligations de la défense nationale et qu’ils ont souscrit en assez grand nombre à l’emprunt de 1916.

Les vivres.

Le prix des vivres s’est élevé mais cette hausse n’atteint pas la population en presque totalité productrice; il y a abondance autant que par le passé et chaque famille en fait des envois à ses membres mobilisés. Le pain vaut 0,40 F le kg, le boeuf 3 F, le porc 4 F, la volaille 4 F, les oeufs 2,25 F la douzaine, le lait 0,25 F le litre. (novembre 1915)

L’industrie.

Les deux minoteries de la commune n’ont pas chômé, elles ont travaillé autant et plus que jamais. Les quelques ouvriers maçons et charpentiers qui travaillaient avant la guerre étant partis, on ne trouve personne pour exécuter les réparations et les travaux d’entretien des habitations et des bâtiments. Lorsqu’un habitant meurt, il faut aller dans une commune voisine pour se procurer un cercueil.

L’assistance publique.

Afin que les familles pauvres ne souffrent pas trop matériellement du départ des mobilisés, l’Etat a alloué des indemnités journalières de 1,25 F aux femmes et de 0,50 F aux enfants de moins de 16 ans.

Au début, cette excellente mesure fut appliquée judicieusement: une douzaine de familles réellement nécessiteuses furent secourues. Par la suite il y eut abus et certaines familles plus qu’aisées demandèrent et obtinrent l’allocation. Aujourd’hui notre commune compte 51 allocataires sur 85 familles de mobilisés.

Voici la liste de ces allocataires:

1- MATHIAS Léon, à Bélair: 2 enfants 27- CARDIN, à l’Isle: 1 enfant.

2- PELGRIN Louis, à Chauffour: 1 28- BROSSAUD, Chauffour: 1

3- LAGRANGE Jean, au Bourg: 1 29- PACTON, au Peux: 1

4- JACQUET Pierre, au Bourg: 5 30- Mme VERGNAUD, au Bourg: 1

5- DELAGE Hippolyte, à Aizie: 3 31- VALADE, à Aizie: 1

6- MASSET Ernest, à Aizie: 4 32- CHARDAC, au Peux: 3

7- RIBAUD Ernest, à Chauffour: 2 33- BAILLY, au Chadeuil: 3

8- BERTRAND Prosper, La Boissière: 1 34- LÉCHELLE, aux Melles: 3

9- OLIVIER Ernest, à Aizie: 2 35- AMIAUD, au Bourg: 1

10- BOUHIER Marcel, au Peux: 2 36- VRIET, à Chauffour: 2

11- ROGEON Abel, au Peux: 2 37- BOUILLON, à Aizie: 2

12- SAUZET Marcel, à Aizie: 2 38- MOREAU, à Ussaud: 2

13- LUSSON Paul, au Peux: 1 39- SOULARD G. au BOURG: 1

14- BERTRAND Louis, au Peux: 2 40- PACTON, père: 1

15- FAVRE François, au Peux: 2 41- TOUCHARD, au BOURG: 2

16- VISSERON Albert, au Bourg: 2 (enfants FÉLY)

17- BOUHIER Achille, au Bourg, 4 42- Veuve GUILLET, au Bourg: 2

18- VINCENDEAU, à Chauffour: 2 43- Vve GAILDRAUD, au Bourg: 2

19- BAILLARGÉ Jean: 3 44- BERNARD Louis, à l’Isle: 2

20- BOISSOT: 3 45- DEBENAIS Alexis: 2

21- BOURGUIGNON, au Bourg: 1 46- COULONNIER: 2

22- ROGEON: 1 47- Veuve HÉRAULT: 2

23- ROUFAUD, à La Malolière: 1 48- COLIN: 2

24- SAULNIER Célestin, au Peux: 1 49- BOULARD: 2

25- TEXIER, au Chadeuil: 3 50- COUTANT Eugène: 2

26- GAILDRAUD à Lavaud: 1 51- DELHOMME: 2

Tous ces bénéficiaires des allocations en firent bon usage. Ceux pour lesquels elles n’étaient pas nécessaires, les employèrent à acheter des bons de la défense nationale, ou à faire des envois plus fréquents de colis à leurs proches mobilisés. Aucun ne perdit le goût du travail.

Le service médical.

Lors de la mobilisation, les docteurs de Ruffec partirent et la population de nos villages resta sans secours médicaux, mais cela dura peu. Un jeune médecin, aide-major au régiment, fut réformé et vint s’installer à Ruffec. Grâce au moyen rapide de locomotion que fournit l’automobile, ce jeune docteur peut faire face aisément aux besoins du service de santé dans notre campagne. Au surplus, les quatre pharmacies de Ruffec sont restées toujours ouvertes depuis le commencement de la guerre.

La Garde civique.

Dans le but de réprimer les délits que l’état de guerre pourrait faire commettre par des malfaiteurs isolés ou en bandes, une garde civile avait été instituée dans notre commune aux premiers jours d’août. Elle comprenait des hommes dégagés de toute obligation militaire.

C’étaient: Messieurs CORNAUD Jules-Roger, instituteur; BAUDINAUD Léopold, meunier; LAFOND Marcel, négociant; MANDINAUD Sylvain, cultivateur; COLIN Célestin, maçon; MICHAUD Baptiste, cultivateur.

Cette garde civile fut supprimée le 21 août suivant, les craintes d’attentats contre les propriétés et les personnes ayant disparu. De fait, les nomades qui parcouraient nos villages avant la guerre, n’ont plus reparu et aucun délit n’a été commis dans notre commune depuis cette époque.

L’état civil.

L’état civil de Taizé-Aizie pendant les années 1914-1915 accuse une dépopulation sensible. Pas un mariage n’a été célébré; 18 naissances ont été inscrites et par contre 21 actes de décès ont été enregistrés. Il est à craindre que cette situation déplorable ne dure encore que trop.

Le Culte religieux.

Le culte catholique, le seul pratiqué dans notre commune, n’a pas souffert de l’état de guerre.

Le jeune abbé desservant n’ayant pas été mobilisé, les cérémonies religieuses ont eu lieu comme précédemment, plus nombreuses, car les familles devenant plus aisées grâce à la hausse des produits agricoles et grâce aux allocations, ont fait dire beaucoup plus de messes qu’auparavant en faveur de ceux de leurs membres qui sont mobilisés ou qui ont péri.

Secours aux blessés.

Oeuvres patriotiques diverses.

Participation des écoles.

Un élan de générosité provoqué par la vue des trains de blessés revenant des champs de bataille s’est produit dans la population de la commune. Les habitants, aisés ou non, du bourg et des villages ont tous, à de rares exceptions près, donné leur obole pour secourir les blessés. Quelques uns ont remis leurs dons directement au personnel de la Croix rouge; le plus grand nombre a remis du linge et de l’argent entre les mains d’un Comité placé sous le patronage de la municipalité et dirigé par l’instituteur.

Le linge usagé a été mis en état par des dames de la commune qui ont travaillé dans l’ouvroir de l’école et ensuite ce linge a été transporté à l’hôpital temporaire de Ruffec.

Il comprenait les articles suivants: 84 draps de lit, 220 bandes de pansement, 162 chemises, 36 linges, 75 mouchoirs, 24 essuie-mains, 206 torchons, 9 flanelles, 7 nappes, 12 caleçons, 15 serviettes, 32 paires de chaussettes usagées, 2 taies d’oreiller, 5 bonnets de nuit, 1 couverte de laine, 15 pantalons usagés, 5 gilets de coton, 12 vestons, 7 gilets.

Le montant de la souscription en argent, 253,95 F a suivant l’intention des généreux donateurs été employé à améliorer le sort des soldats blessés en traitement à l’hôpital temporaire de Ruffec.

Par les soins de l’instituteur, trésorier du Comité communal, les objets suivants ont été achetés et remis directement aux blessés: 24 paires de chaussettes neuves, 12 paires de chaussons, 1 paire de souliers, 16 kg de sucre, 2,5 kg de chocolat, 400 cigarettes, 5 ramettes de papier à lettre, 56 douzaines d’oeufs, 84 litres de lait, 6 litres de vin vieux, 2 sacs de légumes frais, 1,5 hectolitre de compote de fruits.

En outre, au cours des mois d’octobre, novembre et décembre 1914, les élèves garçons et filles, des écoles, ont distribué sous la conduite de l’institutrice, les objets suivants provenant de collectes faites entre eux: 2 paniers de pêches, 3 paniers de raisins, 4 litres de noisettes, 40 oranges, 5 paniers de pommes et de poires, 2 pots de confiture, 1 kg de sucre scié, 1/2 kg de chocolat, 4 bouteilles de vin de quinquina, 95 kg de légumes verts.

Le Noël du Soldat.

En décembre 1914, une souscription ouverte dans les écoles a produit 15 francs. Cette somme a été envoyée à l’Inspection académique de la Charente et a servi à fournir pour leur Noël divers objets aux hommes de la 9ème batterie du 21 ème Régt d’artillerie en campagne, ainsi qu’en témoigne une lettre de remerciement adressée aux écoles de Taizé par le Capitaine de Werdier, Commandant cette batterie.

Oeuvre du Tricot.

Durant l’hiver 1914-1915, les fillettes de l’école, leur maîtresse et quelques personnes dévouées de la commune ont tricoté les objets suivants pour lesquels elles ont fourni la laine: 66 paires de chaussettes, 19 paires de gants, 12 passe montagne, 11 paires de genouillères, 7 ceintures, 3 cache-col, 3 gilets.

Quelques uns de ces effets ont été remis à l’hôpital de Ruffec. Le surplus a été expédié à la Préfecture pour être distribué aux soldats par les soins de l’Intendance militaire.

De plus, 6 vêtements complets, un peu usagés, ont été donnés par quelques personnes pour vêtir des familles de réfugiés belges logés à Ruffec.

Journée du 75.

La vente des insignes du 75 a produit la somme de 70 F qui a été envoyée à la Préfecture de la Charente. Cette vente a été faite par les soins des grands élèves des écoles.

Collectes pour différentes journées.

La journée du secours national a produit 13 F, celle en faveur des Serbes, 8 F et celle du “Poilu” 93 F. Une quête pour les ambulances automobiles a fourni 5 F et enfin l’accueil français a reçu 2 F.

Travaux pour l’ouvroir.

Pendant l’hiver 1915-1916, l’ouvroir de l’Inspection académique ayant procuré la laine nécessaire à l’Institution, celle-ci a tricoté et fait tricoter 85 paires de chaussettes. Des caleçons au nombre de 12 et des mouchoirs au nombre de 4 douzaines ont été confectionnés et remis au dit Ouvroir.

Oeuvres des sacs à terre.

280 sacs à terre ont été préparés et confectionnés à l’aide de vieilles toiles et de vieux sacs recueillis par les enfants des écoles chez les habitants de la commune.

L’oeuvre du Filleul.

Au mois d’octobre 1915, les élèves garçons et filles des écoles résolurent d’adopter comme filleul l’un des soldats désigné par l’Inspection académique de la Charente et de lui faire des petits envois de lettres, d’argent et de colis.

Ce soldat, Alfred Delot, du 347 ème Régt d’Infanterie était originaire de Valenciennes. A la déclaration de guerre il y avait laissé sa femme et ses trois enfants et il était sans nouvelles d’eux depuis le 22 août 1914.

Une correspondance active s’établit entre cet homme et nos écoliers.

En février 1916, Delot ayant obtenu une permission de 7 jours vint faire visite à ses petits parrains et marraines qui le comblèrent de prévenances et de cadeaux. Les envois en argent, objets, denrées et conserves fait à cet homme s’élèvent à 104 F.

Chaque semaine l’un ou l’autre des enfants recevait une lettre du filleul, lettre qui était lue avec le plus vif plaisir en commun.

A la fin de mai 1916, un camarade de Delot annonça sa mort glorieuse à Thiaumont (Meuse).

Cette triste nouvelle consterna les écoliers qui avaient conçu le plus sincère attachement pour leur ami le soldat du Nord.

Pages d’or.

Taizé-Aiziens tués à l’ennemi.

1- JUSSAUME Félix tué le 8 septembre 1914 à la bataille de la Marne.

2- LAMIT Auguste tué le 9 sept. 1914 à la bataille de la Marne.

3- GUILLET Louis, tué le 20 août 1914 à Nomény.

4- SAUZET Marcel, tué le 28 août 1914 à Bapaume.

5- DELHOMME Alphonse tué le 20 mars 1915 à Beauséjour.

6- BRUN Pierre tué le 14 avril 1915 aux Eparges.

7- COLIN Joseph tué le 10 mai 1915 à Aixe Noulette.

8- VINCENDEAU J.-Baptiste tué le 26 septembre 1915 à Ecurie.

9- BELLY Louis tué le 8 octobre 1915 près d’Arras.

10- BAUDINAUD Robert tué le 24 mai 1916 au Morthomme.

11- FAVRE Marcel tué le 23 juin 1916 à Damloup (Marne).

12- VALLADE englouti avec le “Galia”.

13- LAMIT Henri, Marcel tué le 29 septembre 1916 à Villers aux Erables

14- MAUBERGER Amédée mort de blessures à Dijon.

15- FAVRE Henri tué accidentellement par un camarade le 14 fév 1917.

Disparus.

1- Pierre MICHAUD à Saint-Vincent le 22 août 1914.

2- Daniel BIBAUD au Petit Morin en septembre 1914.

3- Henri HÉRAULT à la Fontaine aux Charmes en Argonne le 31 déc. 1914.

4- Auguste TRILLAUD à Beauséjour en avril 1915.

Blessés

1- Germain COUTANT, blessé au pied gauche le 28 août 1914.

2- Albert VISSERON, blessé au bras gauche le 29 août 1914.

3- Louis PELGRIN, joues traversées par une balle le 14 septembre 1914.

4- Ernest MASSET, blessé à la cuisse droite en septembre 1914 (réformé).

5- Pierre ROUFAUD, blessé à l’épaule en septembre 1914, décoré de la médaille militaire.

6- Ernest RIBAUD, blessé à l’épaule.

7- Louis COUTANT, blessé à la main droite.

8- Albert LAMIT, blessé au bras droit, (réformé).

9- Marcel BOUHIER, blessé au côté droit.

10- Pierre HÉRAULT, blessé au genou le 2 mai 1915.

11- Augustin ROUFAUD, blessé à l’épaule.

12- Baptiste COULONNIER, blessé à la jambe droite.

13- François FAVRE, blessé à l’épaule droite (réformé).

Prisonniers de Guerre.

1- Louis BERTRAND, pris le 29 août 1914 à Bapaume, camp de Seunelage.

2- Ernest MOREAU, pris le 29 août 1914 à Bapaume;

3- Pierre ROUFAUD, pris en février 1916 à Verdun.

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4- Edouard DELAGE.

Deux lettres du front.

Le Lieutenant de réserve Baudenom, Commandant provisoirement la 3 ème Comp. du 7 ème Colonial, à Mme Veuve Hérault, à Taizé-Aizie.

Le 12 février 1915

Madame

En réponse à votre lettre du 2 février 1915, j’ai le regret de vous faire connaître que les nouvelles que je puis vous donner sur votre fils, le caporal Hérault, ne sont pas aussi bonnes que je l’aurais désiré.

Hérault à été porté comme disparu à la suite d’un combat en Argonne, le 31 décembre dernier.

Est-il tombé glorieusement comme tant de nos braves, ou bien, blessé ou non, a-t-il été fait prisonnier par les allemands ?

Questions auxquelles il m’est impossible de répondre, car, ce jour là, il ne nous a malheureusement pas été possible de relever nos camarades tombés, soit pour les soigner, soit pour leur donner une sépulture convenable.

Depuis le début de la guerre, beaucoup de ses camarades, portés comme disparus, avaient été, blessés ou non, faits prisonniers et ont pu depuis faire connaître le lieu de leur internement en Allemagne.

J’espère, je désire de tout coeur, Madame, qu’il en ait été ainsi pour votre fils et vous devez aussi garder cet espoir.

Après avoir demandé son numéro matricule au commandant du dépôt du 7 ème Colonial, à Bordeaux, vous pourriez faire faire des recherches en Allemagne par l’intermédiaire de la Croix rouge internationale.

Ce que je tiens à vous dire, Madame, avant de terminer, c’est combien fut belle la conduite de votre fils à ce combat où je commandais la Compagnie. Longtemps je l’ai vu déployer une folle bravoure qui faisait l’admiration de tous ses camarades et qui les faisait frémir.

Hérault est un brave et ce fut un gros crève-coeur de ne pas le voir répondre à l’appel ; le soir du combat, et je serais heureux d’apprendre parce que je le désire fermement, qu’il a été pris vivant par nos ennemis.

Veuillez agréer, Madame, l’expression de mes respectueux sentiments.

Lieutenant Baudenom.

Le Capitaine Mouflard, Commandant la Cie 21/3 du 11ème Génie, à Monsieur Colin,

à Taizé-Aizie.

Secteur postal 89, le 28 mai 1915.

En réponse à votre lettre du 23 mai, j’ai la douleur de vous faire connaître que votre fils Colin Joseph, sergent du 158 ème Régiment d’infanterie, affecté à ma compagnie, est tombé glorieusement au champ d’honneur le 10 mai 1915.

A cette date, il se trouvait avec sa section en réserve dans une tranchée de seconde ligne du secteur de Noulette (Pas de calais). Soudainement un obus fusant éclata au dessus de la tranchée et avant qu’il ait eu le temps de s’abriter, fut touché mortellement par un éclat. Sa mort fut aussi rapide qu’elle avait été brutale. 4 autres soldats de sa section avaient subi le même sort. Leurs corps furent descendus à la nuit au cantonnement où ils furent mis en bière.

Le lendemain, à 6 heures du soir, eurent lieu les obsèques religieuses de ces cinq braves qui reposent maintenant en paix côte à côte, au cimetière militaire d’Aix Noulette.

Votre fils laissera parmi ses supérieurs aussi bien que parmi ses camarades, le meilleur souvenir.

En bon Français qu’il était, il a toujours bien accompli son devoir et a bien mérité de la Patrie.

Puissent ces quelques paroles apporter un adoucissement à votre légitime douleur à laquelle je m’associe de tout coeur.

En vous adressant mes sympathiques condoléances, je vous prie d’agréer mes meilleurs salutations.

signé: Mouflard;

à suivre : La Tragédie de l’Isle