"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a Cent Ans…

- 1er février 1917 : Allemagne / début de la guerre sous-marine à outrance, sans restriction et sans avertissement, avec la mise en service de 150 sous-marins allemands.
- 3 février 1917 : Torpillage après sommation du bateau américain "Housatonic". Le président américain Woodrow Wilson, rompt les relations diplomatiques avec l'Allemagne.
- 3 février 1917 : Berlin / la crise du charbon entraîne la réglementation de la consommation de ce produit.
- 4 février 1917 : Bruxelles / création du Conseil flamand par un groupe d'activistes.
- 5 février 1917 : Rupture des relations diplomatiques entre les États-Unis et l'Autriche-Hongrie.
- 10 février 1917 : Londres / début des négociations entre l'Organisation sioniste mondiale représentée par - Chaïm Weizmann, et le gouvernement britannique en vue de l'installation d'un foyer juif de Palestine.
- 17 février 1917 : France / la Chambre vote l'attribution d'un franc par jour aux soldats des tranchées.
- 17 février 1917 : Décès d'Octave Mirbeau, écrivain français (* 16.2.1848).
- 18 février 1917 : Le commandement suprême de l'armée allemande reprend l'offensive contre la Russie.
- 19 février 1917 : Décès de Charles Émile Auguste Durand, dit Carolus Duran, peintre français (* 4.7.1837).
- 21 février 1917 : En 3 semaines, 134 bateaux alliés et non-belligérants sont coulés par les forces allemandes. C'est le premier bilan de la guerre sous-marine à outrance.
- 24 février 1917 : Méditerranée / Le navire "Dorothea", transportant des troupes britanniques est coulé par un sous-marin allemand.
- 24 Féveier1917 : Les Américains prennent connaissance du télégramme d'Arthur Zimmermann, secrétaire d’État allemand aux Affaires extérieures, qui demande au Mexique d'entrer en guerre contre les États-Unis.

Source : « Chroniques du XXe siècle – Larousse.

Les Forges d’Aizie

VIII

LES FORGES D’AIZIE

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Les forges d’Aizie, créées dans la première moitié du XVIIIe siècle, furent longtemps un centre d’activité féconde pour le pays et leur disparition, en détruisant cette activité, a amené la décadence commerciale de Taizé-Aizie.

Leur construction avait été autorisée par lettres patentes du roi Louis XV, le 29 juin 1731:

Louis, par la grâce de Dieu, etc.., notre très cher et bien aimé cousin Louis, duc de Saint-Simon (66) (Héritier du marquisat de Ruffec, par sa mère) pair de France, comte de Rasse, grand d’Espagne de la première classe, chevalier de nos ordres, nous a fait représenter qu’il y a dans son marquisat de Ruffec en Angoumois, une forêt de 2,700 arpents, composée de hêtres, chênes et châtaigniers presque tous abroutis et de mauvaise venue, dont les bois, qui ne sont propres qu’à faire du charbon, dépérissent et ne peuvent jamais venir en belle futaie; que dans la visite qui a été faite de cette forêt pour la marine, il s’est trouvé quelques balivaux propres pour la construction des vaisseaux, mais que le transport en a été reconnu si difficile et même impossible au port de Rochefort, qu’il n’a pas été jugé convenable de les prendre et ayant fait publier ces arbres pour les vendre, il ne s’est présenté personne pour les acheter, en sorte que ces bois ne peuvent avoir aucun débit et on ne peut tirer aucune utilité d’un fond aussi considérable qui dépérit journellement et devient à rien; que ces motifs l’ont engagé à chercher les moyens de tirer quelque avantage de cette forêt et que le seul qu’il ait pu trouver est la construction d’une forge, d’autant plus qu’il se trouve sur le terrain une mine abondante et qu’il n’y a point de forges dans le canton de ces bois.

Sur quoi nous étant fait représenter en notre conseil le procès-verbal fait par le subdélégué d’Angoulême, le 16 mars dernier et jours suivants, portant qu’il ne s’est présenté personne pour s’opposer à la construction de la dite forge et que ceux qui ont comparu ont certifié l’utilité dont elle serait, tant pour la consommation des bois du pays, qui dépérissent faute de débit, que pour y rendre plus commun le fer dont on y a besoin; autre procès-verbal du 28 dudit mois de mars de la visite du terrain sur lequel ladite forge doit être construite et des bois qui peuvent servir à son affouage, portant que dans l’étendue du marquisat de Ruffec, il y a deux endroits sur la rivière Charente propres à la construction de la forge dont il s’agit: le premier appelé le Moulin d’Aizie, situé dans la paroisse de Toisy (Taizé), et le second, appelé le Moulin-de -Chabenier,(67) dans la même paroisse, et qu’il y a plus de bois à portée de l’endroit où sera la forge qu’elle n’en pourra consommer, nous aurions, par arrêt de notre Conseil du 19 du présent mois et an, permis à notre dit cousin le duc de Saint-Simon, de faire construire sur le bord de ladite rivière de Charente et dans celui des deux endroits mentionnés au procès-verbal du 28 mars dernier, dépendant de son marquisat de Ruffec, une forge à fer avec les fourneaux nécessaires et ordonné que pour l’exécution dudit arrêt toutes lettres nécessaires seront expédiées, etc.

A ces causes, etc…, permettons et autorisons, à la charge par lui d’indemniser les propriétaires et tous autres qui pourraient souffrir quelque préjudice et dommage de cet établissement, ainsi qu’il sera convenu à l’amiable, sinon à dire d’experts, dont les parties conviendront par devant le sieur de Saint-Léger, grand-maître de nos eaux et forêts au département du Poitou, etc.

Donné à Fontainebleau, le 29° jour de juin de l’an de grâce 1731 et de notre règne, le 16°.

Signé : Louis.                                    Par le roi : Phélippeaux.

Le duc de Saint-Simon, profitant de la permission que lui octroyait le roi, s’empressa-t-il de bâtir les forges au moulin d’Aizie, qui fut préféré à celui de Chabenier (note de l’éditeur: vraisemblablement Chez-Bessier) , (chaussée Begaud à Cheptier) ? Il est probable que oui, car une clef de voûte des magasins de l’ancienne forge porte encore à sa voûte les chiffres 1731. Elles furent probablement mises en activité presque aussitôt, car nous lisons dans les registres de l’Etat religieux de Taizé, à la date du 7 janvier 1734, le mariage de Pierre Jeoffroy avec Catherine Lebrun, fille mineure du sieur Pierre Lebrun, directeur des forges d’Aizie, et le 20 août 1736, le baptême de Joseph Letellier, qui eut pour parrain Innocent Chevalier, contrôleur des forges d’Aizie. Durant les trente années pendant lesquelles il garda encore le marquisat de Ruffec après la construction des forges, le duc de Saint-Simon sut-il leur imprimer une activité très grande? C’est ce que nous ne savons pas positivement. En tout cas on voit, en consultant les registres religieux de Taizé, que les directeurs s’y succédaient rapidement. En effet à la date du 13 juin 1743, on voit que M. Bestinier avait remplacé Lebrun comme directeur des forges d’Aizie et, à la date du 4 février 1744, c’est Emmanuel Desprès de Brétigny qui est indiqué comme directeur des forges, alors que MM. Aubart et Tourneri y étaient contrôleurs.

Cependant, dès 1769, quelques années seulement après son acquisition du marquisat de Ruffec et des forges, Charles-François comte de Broglie (a) passait le marché suivant avec la marine royale:

(a) Il avait acheté ces biens en décembre 1762 de Madame de Valentinois, petite-fille du duc de Saint-Simon qui avait fait bâtir la forge en 1730.

Je soussigné, Jacques-François-Augustin Chrestien, à ce dûment autorisé par M. le comte de Broglie, chevalier des Ordres du Roy, lieutenant général de ses armées, seigneur des terres et chatellenie de Ruffec, etc., me soumet et m’oblige de fournir et livrer pendant six ans, à compter du 1er janvier de l’année prochaine, dans les ports de Brest, de Toulon et de Rochefort, tout l’acier provenant de la forge de Ruffec, nécessaire pour le service desdits ports et dont la quantité sera fixée chaque année, relativement aux demandes des intendants desdits ports.

Conditions: L’acier qui sera fourni dans chacun de ces trois ports sera payé audit entrepreneur à raison de douze sols la livre, poids de marc,(68) mais il lui sera accordé un sol d’augmentation par livre pesant pour celui qu’il livrera à Toulon, et il lui sera permis de plus de faire embarquer sur les bâtiments du Roy qui pourront être expédiés de Rochefort pour Brest et pour Toulon l’acier qu’il aura à faire passer dans ces ports, pourvu qu’il n’en résulte ni diminution dans le chargement desdits bâtiments, ni retardement dans leur départ.

Chaque fourniture sera payée à Paris, argent comptant, par le trésorier général de la marine, à la présentation des certificats de réception qui seront délivrés immédiatement après la livraison.

Les quatre deniers pour livre attribués à l’entretien des Invalides de la marine seront retenus sur le montant de chaque fourniture.

Fait à Paris, le 9 juin 1769.

Vu et accepté:      Le duc de Praslin.                  Chrestien.

Ce traité « vu et accepté par le duc de Praslin » au nom du roi, nous porte à conclure (dit M. Chauvet dans un rapport à la Société archéologique de la Charente) que vers le milieu du XVIIIe siècle les forges de Ruffec furent en pleine activité. Cependant, il ne faudrait pas en exagérer l’importance en se basant sur ce document. Des motifs d’ordre privé n’ont peut-être pas été étrangers à la conclusion du marché intervenu entre le duc de Praslin et son voisin le comte de Broglie. Ce dernier, pour l’exploitation de son usine, tirait le minerai de Charroux et de Civray. Il y payait un droit de champ aux propriétaires des minières, qui par suite avaient intérêt à la prospérité de la forge. La famille de Choiseul-Praslin, possédant à cette époque la terre de Boisseguin (a) riche en minerai de fer et limitrophe des forges de Taizé, était de ce nombre.

(a) Elle acheta aussi Puipastrop le 19 octobre 1782.

Le comte de Broglie, durant son exploitation de la forge de Taizé, essaya d’y faire fabriquer de l’artillerie, mais l’expérience lui ayant prouvé que la fonte n’était pas propre à cet usage, après un essai infructueux, il fit continuer à fabriquer du fer comme on l’avait fait précédemment.

Dans le compte manuscrit, dressé par ordre de la Nation par Thorel, comptable du marquisat de Ruffec de 1783 à 1790, au chapitre II, article 16 des recettes, on voit figurer les forges de Taizé-Aizie pour la somme de 215.317 livres 17 sols 13 deniers.

Et au chapitre II, article 8 des dépenses du même compte, les forges de Taizé-Aizie figurent pour la somme de 297.567 livres 16 sols 8 deniers (b).

(b) Ce chiffre peu élevé des dépenses et surtout des recettes, comparativement aux dépenses, vient probablement de ce que les sommes touchées directement de l’Etat par M. de Broglie ne figurent pas dans ce Compte. Le gestionnaire n’a pas fait figurer les sommes dont il n’avait pas eu la disposition.

La Révolution ne tarda pas à nationaliser les forges, comme bien des émigrés Broglie. D’abord sequestrées, elles furent mises en régie après, sous la gestion de Jean-Baptiste Lenoble, que les registres de l’Etat religieux de Taizé désignent déjà comme directeur des forges à la date du 11 janvier 1789 (dans l’acte de baptême de sa fille, Anne-Julie-Elisabeth Lenoble).

Le 15 juin 1792, Dreux, commis aux forges, adressa au district de Ruffec une longue diatribe contre l’administration de Lenoble, sous ce titre: Etat des abus qui se commettent dans la régie des forges nationales de Taizé, c’est-à-dire ceux qui sont parvenus à ma connaissance depuis le séquestre jusqu’à ce jour.

La diatribe fut renvoyée par le district à la municipalité de Taizé, qui fut chargée d’enquêter sur cette affaire.

Au mois de décembre 1792 (an 1er de la République), plusieurs séances de l’assemblée municipale furent occupées par ces dénonciations. On fit comparaître et on interrogea de nombreux témoins, pour établir les dilapidations et escroqueries dénoncées. On descendit sur les lieux du litige: dans la forge, dans la forêt de Ruffec, et on finit par conclure à la pose des scellés sur les magasins de bois, charbon, fer; on saisit même plusieurs objets du litige.

Le registre des délibérations municipales de Taizé est très intéressant par l’animosité que les ennemis de Lenoble apportent dans leurs dénonciations et par le peu de franchise et de courage de tous ceux qui, après avoir partagé plus ou moins ouvertement ses dilapidations, le chargent hardiment pour se disculper. On finit par obtenir du Comité de la sûreté générale l’incarcération de Lenoble; mais il fut bientôt relâché, par ordre du Comité de salut public et obtint graduellement, par exploit d’huissier ou par arrêté du comité du district, la levée des scellés apposés à la forge et sur ses meubles. On lui imposa de faire au siège du district, c’est à dire à Ruffec, la reddition de ses comptes et d’y assister à l’examen de papiers trouvés sous  scellés à la forge. Le 26 février 1793, les officiers municipaux de Taizé délibérèrent sur une pétition du citoyen Lenoble, où il se plaint que le 17 février, il a été attaqué en passant à Ruffec et demande, pour éviter les risques auxquels il pourrait être exposé, qu’il soit ordonné par le Département que la reddition de ses comptes se fasse au siège du comité du Département et que tous les papiers trouvés sous scellés aux forges, soient transportés à Angoulême. Cette pétition, envoyée au Département, avait été renvoyée par lui à la municipalité pour statuer. Les officiers municipaux rejetèrent cette demande « observant que dans le cas où la municipalité de Ruffec se croirait hors d’état de maintenir la sûreté dudit Lenoble (ce que nous ne pouvons présumer), le Département pourrait ordonner que les comptes dont il s’agit soient rendus ici; par ce moyen on évitera les frais de transport et le citoyen Lenoble n’aura rien à craindre au moins des habitants de cette commune ».

Le 11 mars 1793, par acte passé devant Me Balland, notaire à Ruffec, il fut dressé, à la suite d’un bail entre Lenoble et la Nation, un état des lieux de ladite forge, décrivant son installation, son matériel, les lieux  où elle prenait ses bois, etc (a):

(a) Cet inventaire m’a été gracieusement communiqué par M. C. , notaire à Ruffec.

Aujourd’hui, 11 mars 1793 (an II de la République), par devant nous, notaires publics du département de la Charente, à la résidence du district de Ruffec, a comparu le citoyen Jean-Baptiste Lenoble, adjudicataire du bail des forges et fonderie de Ruffec, sequestrées sur les sieurs de Broglie, présenté par le Directeur de la régie générale, lequel nous a dit que par acte expédié au Directoire de Ruffec, le cinq du présent mois, le bail desdites forges et fonderies lui aurait été adjugé comme plus offrant et dernier enchérisseur, à la charge, entre autres choses, qu’il serait fait par devant notaires, en présence de deux commissaires nommés par le Directoire du District, et de la municipalité de Taizé, immédiatement après l’adjudication, procès-verbal et estimation de tous les objets, par experts dont on conviendrait…

D’après cet inventaire qui dura plusieurs jours et auquel assistèrent François Guyot, enregistreur des domaines à Ruffec et Louis Perrein, marchand à Ruffec, comme expert, Charles Bouïn-Beaupré, maire de Taizé, comme commissaire du district, Jean Hilger, officier municipal de Taizé, comme expert de la nation, la forge était en fort mauvais état.

La première journée fut employée à inventorier la boutique du maréchal avec ses outils, peu nombreux d’ailleurs: un étau du poids de cinquante livres, une enclume du poids de deux cents livres, un soufflet estimé dix-huit livres, et pour 345 livres de marchandises diverses. La fournaise de cette boutique est en bon état.

Le lendemain, pour l’estimation des bâtiments et des roues hydrauliques, le fermier Lenoble prend pour expert Jean Maingarnaud, compasseur à Ruffec, et l’enregistreur des domaines; François Guyot prend Jacques Chartier, charpentier à ladite forge.

On constata l’état d’usure de toutes les roues et la nécessité de faire, à toutes ou à peu près, des réparations avant de les remettre en marche.

Ce même jour (dit le procès-verbal des experts), « sommes allés sur la chaussée, examen fait d’icelle par les arbitres, il nous ont rapporté qu’il y avait soixante-dix toises qui étaient susceptibles de réparations, que le surplus de la chose est en bon état. Les cinq poteaux des bourbiers sont vieux, ainsi que deux des bourbiers, les deux autres poteaux, les quatre autres bourbiers en bon état, ainsi que leurs hausses garnies de leurs chaînes.

« Le parpin contigu aux bourbiers est dégradé; un des empellements de la fonderie du côté de la forge, les potilles, le chapeau sont en mauvais état et sans garniture. »

Aux bouards, tout est en mauvais état.

A la laverie de la mine, plusieurs planches sont hors de service.

Pour les fourneaux, les matières étant moins susceptibles de subir les injures du temps, ils sont en meilleur état. Les minutieux détails de leur composition et des réparations subies déjà à cette époque témoignent de la différence qui distinguait les installations de cette époque des immenses et belles usines qui emploient aujourd’hui, avec le charbon de terre, des machines perfectionnées.

Le 13 mars, l’inventaire continua par la description de la cantine, près de la porte d’entrée de la propriété, où elle est toujours restée. L’installation en est sommaire et défectueuse, les murs ont besoin d’être crépis et blanchis, les ouvertures sont mal jointes ou disloquées, les fenêtres manquent de carreaux.

Les experts disent que la porte d’entrée de la cour est en liteaux et en mauvais état. Pour le premier magasin, en venant de la porte, ils disent: les murs ne sont ni crépis, ni blanchis, la charpente est vieille, la vouverture a besoin d’être retapée à neuf; à un bout il y manque un quart des tuiles. Du magasin à côté (qui suit), ils disent: le sol est sans aucun pavé, la charpente est vieille, garnie de deux traits, dont un est cassé et « indispensable d’être remplacé; la couverture a besoin d’être relattée à neuf, » il manquera un quart de la tuile à un bout. Les mêmes réparations s’imposent pour la première et la seconde halle aux mines qu’ils visitent ensuite. La charpente et la toiture du fourratier font exception au reste et sont en bon état.

Les experts visitent ensuite et décrivent les sept chambres des ouvriers, qui sont au rez-de-chaussée, puis les sept chambres qui sont au premier. Là encore, c’est le délabrement; tout ce qui est en bois est à réparer; il faut réparer les parquets et les ouvertures, crépir et blanchir les murs, mettre des carreaux aux fenêtres; les toitures ont besoin d’être refaites à neuf, il y manque le quart des tuiles, comme aussi sur les divers celliers.

Pour la halle au charbon, touchant les chambres des ouvriers, la charpente en est vieille, étayée, a besoin d’être refaite, deux arbalétriers et trois pannes doivent être refaits, ainsi que deux cents pieds de chevrons.

La seconde halle au charbon, touchant à la première, a sa charpente vieille et à restaurer avec une ferme et une contre-fiche cassées.

Il y a dans ces deux halles 3,400 pipes de charbon, valant 3,535 livres.

Après les halles à charbon, on visite le logement des fermiers. On trouve la porte d’entrée en bon état. Dans la salle à manger, le parquet et les contrevents sont usés; la cheminée, le placard à deux battants et la fenêtre sont hors d’usage, il manque des carreaux à la fenêtre. La cheminée est garnie d’un contrefeu en fonte, de deux chenets en fer avec montants en cuivre, mais il y manque les deux pommes.

La cuisine a ses fermetures hors de service, le chassis de la fenêtre est aussi hors de service et sans carreaux. Le pavé est en pierres plates désunies. La cheminée a une plaque et un contrefeu en fonte, des chenets en fer et une mauvaise crémaillère.

Dans la cuisine, il y a, appartenant à la Nation, une table avec un tiroir, une mauvaise maie (pétrin), un buffet à deux portes avec un vaisselier au-dessus et deux épées!!!

Par derrière la cuisine, il y a un petit cellier; sa fenêtre, qui donne sur la cour, est garnie de cinq grilles de fer. Dans ledit cellier, s’est trouvé, appartenant à la Nation: un mauvais saloir, une mauvaise table, un mauvais demi-boisseau, un mauvais vaisselier, la séparation formant deux celliers est complètement dégradée.

La nuit étant venue on remit au mardi suivant la suite de l’inventaire. Le mardi, les experts se présentent à la principale porte de la maison où demeure le fermier, porte dont on a déjà parlé, devant laquelle porte il y a un corridor dans lequel il y a un degré (escalier) en bois qui monte dans les chambres hautes, lequel degré, en bois, ainsi que sa rampe, est en bon état.

Les experts étant montés dans la chambre haute qui se trouve sur un magasin à fer, la porte est en bon état, la fenêtre et les contrevents sont vieux, il y manque treize carreaux. Le contrefeu, la cheminée, le foyer et le plancher sont de service. Plus il s’y est trouvé un bois de lit, garni de ses rideaux de siamoise (69) à flammes, un lit de plume de coutil à petites raies, la paillasse et une couète de même nature que les rideaux, plus une mauvaise table à trois pieds, des bancs et deux épées.

Dans le corridor des chambres hautes, il y a deux croisées, une au levant, l’autre au couchant, garnies de leurs contrevents et de leurs chassis, vieux mais de service.

La chambre haute (qui donne sur le salon) a sa porte de service, ses contrevents et son chassis de croisée, vieux mais de service et garnis de leurs ferrures; le plancher, le foyer et la cheminée sont vieux, mais de service. Dans cette chambre s’est trouvée une armoire à deux portes, plus un mauvais lit de plumes, une vieille couète, un vieux matelas et une couverte plus des trois quarts usée.

La chambre qui est sur la cuisine, avec sa porte et sa fenêtre et son plancher, sont de service ainsi que la cheminée.

De même pour la chambre qui est sur le cellier et dans laquelle se trouve l’échelle en chêne pour le grenier.

Le grenier a son plancher de service, la charpente de la maison est bonne, la couverture a besoin d’être relattée à neuf, il manque un cinquième des tuiles et la moitié des lattes. Dans la fenêtre du grenier, au midi, il y a une cloche d’environ 40 livres.

Sommes entrés (les experts) dans la chambre des marchands, qui est à gauche en montant (au premier), et qui a vue sur le jardin; la porte, la fenêtre, le plancher, la cheminée sont de service. Dans ladite chambre s’est trouvé un bois de lit, garni de rideaux en droguet jaune et d’une mauvaise paillasse. Le bureau (au premier), qui a vue sur la forge, a sa porte, sa fenêtre, son plancher et sa cheminée de service; il s’y est trouvé un vieux cabinet à deux portières, une table de bureau avec un tronc muni de sa serrure et de sa clef; plus deux chenets en cuivre rouge, une petite table et deux livres d’instruction de forges avec estampes.

Les experts étant descendus dans le corridor d’en bas ont pénétré dans le magasin qui donne sur une petite cour, les contrevents de sa croisée sont hors de service, le pavé est en pierres plates désunies, il y a des balances et cinq poids en fonte, plus une mauvaise table.

La chambre au-dessous de celle du marchand a sa porte, sa croisée, ses contrevents, sa cheminée de service, mais son plancher est troué.

La chambre habitée par le citoyen Dreux, sous le bureau, a sa porte, sa croisée, ses contrevents, sa cheminée de service. Il s’y est trouvé un buffet et une vieille armoire à deux battants. A côté de cette chambre plusieurs chambrillons et la cuisine (a) sont de service; plusieurs petits toits, les latrines et les murs de la petite cour sont hors de service.

(a) Il faut remarquer qu’à cette époque la maison était double; les bâtiments désignés comme occupés par Dreux ont été détruits, ils se trouvaient au pignon nord de la maison actuelle.

Le jardin est sans guéret, environné de 25 peupliers, les pommiers, les poiriers, les treilles sont sans bois.

Le fournil et la boulangerie sont en mauvais état et le four est de service.

Le nouveau fourneau est négligé, disent les experts, la couverture des bâtiments qui l’entourent doit être repassée à neuf. Le haut fourneau lui aussi est négligé et plusieurs parties techniques ont besoin de réparations.

A la fonderie, au contraire, les experts la trouvent de service, ainsi que tous ses accessoires, sauf sa charpente qui est vieille.

Il en est de même des bâtiments sis derrière la fonderie.

Pour le cours d’eau qui est au-dessous de la forge, jusqu’au bout des jardins des ouvriers, le canal a besoin d’être nettoyé.

Pour les soufflets de la forge (qui avaient été saisis), les experts les estiment:

Ceux de l’affinerie du haut, garnis de leurs ferrures: 180 livres;

Ceux de l’affinerie d’en bas, garnis de leurs ferrures: 240 livres;

Ceux de la chaufferie, garnis de leurs ferrures: 80 livres.

Le 21 mars, les experts se transportent à l’endroit où on lave la mine (minerai); on y a trouvé de mines à laver:

2.748 pieds cubes de mine de Mayret;

2.844 pieds cubes de mine de Montalembert et Chateaurouet;

1.444 pieds cubes de mine du Peux.

Plus, il s’est trouvé de mines nettes savoir:

855 pieds cubes de mine de la Gaillarderie;

257 pieds cubes de mine de Chateaurouet;

1.122 pieds cubes de mine de Montalembert.

Revenant ledit cubage en pipes nettes à 576 pipes.

La pipe de mine brute de Mayret coûte pour extraction, voiture et droit de préparation, 4 livres et dix sols.

La pipe de mine brute de Chateaurouet coûte pour extraction, voiture et droit de préparation 4 livres et treize sols.

La pipe de mine brute du Peux coûte pour extraction, voiture et droit de propriété 55 sols.

La pipe de mine brute de la Gaillarderie coûte pour extraction et droit de propriété trois livres et un sol.

Ce même jour, les experts estimèrent 375 pipes de charbon déposées dans la cour, 928 livres.

On désigna ensuite une commission qui devait se transporter dans les bois où l’on cuisait le charbon pour estimer le bois destiné à faire le charbon de ladite forge.

Le 4 avril 1793, la commission déclare que, s’étant transportée sur les lieux ci-après désignés, elle a trouvé:

1° Dans le bois de Couhé:…..: 193 cordes de bois estimées 617 livres 12 sols;

2° Dans le bois de…………….: 298 cordes de bois estimées 905 livres 4 sols;

3° Dans le bois de …..(paroisse de Pleuville): 261 cordes de bois estimées 835 livres 4 sols;

4° Dans le bois de la Lunauderie (paroisse de Pleuville): 57 cordes et demi de bois estimées 184 livres;

5°Aux Charbonnières (paroisse de Château (?) : 80 cordes estimées 281 livres 8 sols;

6° Dans le bois de Taillepierre (paroisse d’Asnois) : 63 cordes et demi estimées 203 livres 4 sols;

7° Dans la forêt de Ruffec 238 cordes estimées 936 livres;

8° Dans la Tremblaie 150 cordes estimées 547 livres 10 sols.

Dans la cour de la forge, un charriot avec son essieu en fer, une caisse de tombereau avec son essieu en fer, une vieille jument et ses harnais, vieux, furent estimés 350 livres.

Une jument de sept ans fut estimée, avec sa bride, 350 livres.

Six mauvais draps de toile, aux armes de la forge, furent estimés 18 livres.

Pour l’enregistrement de cet acte, à Ruffec le 7 avril 1793, Lenoble paya 139 livres 15 sols au citoyen Guyot.

Le Comité de salut public de la Convention nationale ayant demandé des renseignements sur la forge nationale de Taizé-Aizie, le 12 nivôse an IIe de la République, l’assemblée municipale répond:

1° Qu’il existe à la forge deux fourneaux qui peuvent produire environ 80,000 kilogrammes de fonte par mois;

2° Que la fonte est souffreuse et rarement cuivreuse, que le fer forgé qui en résulte est doux;

3° Qu’il fut coulé, il y a environ douze ans, des canons du calibre de 12 et 18 livres de balles, qui n’ont pu résister aux épreuves;

4° Qu’il n’y a point dans la commune d’ouvriers exercés à la coulure des canons;

5° Qu’il n’y a point de forrerie, il serait cependant facile d’en y établir une, si on voulait supprimer une fonderie qui deviendrait absolument inutile si on ne forgeait plus. On pourrait établir la forrerie dans le local qu’elle occupe, ce qui rendrait les frais d’établissement moins conséquents;

6° Il en existe une à Ruelle, près d’Angoulême et nous croyons qu’il en existe une autre au Gond, commune d’Angoulême, nous ne l’affirmons pourtant pas.

Pour accélérer les travaux à faire, les citoyens régisseurs desdites forges pourraient être requis de faire toutes diligences, pour procurer les matériaux de première nécessité pour pouvoir mettre en feu tout de suite.

A la séance du 27 nivôse suivant, l’assemblée municipale est informée, par le Comité de salut public, que la lettre ci-dessus a été remise au Comité chargé de la fabrication des armes et qu’invitation a été faite au ministre de la marine de disposer le plus promptement possible du fourneau de Taizé-Aizie, pour fabriquer des boulets. Le comité de salut public invite l’assemblée municipale à seconder les intentions du comité; l’assemblée promet de veiller le plus attentivement possible à la fabrication des objets de guerre qui seront commandés.

Le 29 pluviôse (an II de la République), le citoyen Dreux, régisseur des forges, communique à l’assemblée municipale une lettre du district de Ruffec certifiée par le citoyen Chateauneuf, commissaire du conseil exécutif et du Comité de salut public, ordonnant que les voituriers et charretiers des forges, actuellement occupés à conduire les grains réquisitionnés, soient remplacés immédiatement pour être occupés à transporter les objets nécessaires à la fabrication des articles d’artillerie. Il réclame aussi des bûcherons; P. Favre, maire de Taizé, en profite pour faire rester et employer aux forges tous les jeunes gens demandés par la levée militaire.

Le 10 germinal (an II de la République), l’assemblée municipale, vu la pétition du citoyen Dreux, régisseur des forges, approuvée et envoyée par le district, arrête que 285 boisseaux de grains seront réquisitionnés, pour les ouvriers de la forge, chez le citoyen Jeoffroy et payés au tarif maximum.

Le 5 prairial (an II de la République), les citoyens Antoine Gillot et Dominique Tridon ont présenté un arrêté du représentant du peuple Romme, par lequel lesdits Gillot et Tridon sont destinés à travailler au moulage des boulets et autres pièces d’artillerie, aux forges de Taizé-Aizie.

Le 17 prairial (an II de la République), sur l’invitation du citoyen Erard, délégué par le représentant du peuple Romme, pour visiter la fonderie de Taizé-Aizie et prendre les mesures les plus urgentes pour y établir une activité révolutionnaire, le district de Ruffec prit un arrêté par lequel plusieurs charpentiers et scieurs de long sont mis en réquisition, et il enjoint aux tuileries de Villegast et de Verteuil de fournir à ladite fonderie de Taizé, dans le plus court délai possible, dix ou douze mille briques dont le modèle sera fourni par les régisseurs provisoires des forges. La municipalité est mise dans l’obligation de fournir par réquisition toute l’avoine qui existe sur son territoire à la première demande qui lui en sera faite.

Le 24 vendémiaire (an III de la République), le directeur du district de Ruffec prit l’arrêté suivant:

L’administration étant en séance et délibérant sur les moyens de procurer une pleine et entière exécution aux différents arrêtés qui ont été pris, soit par le Comité de salut public de la Convention nationale, soit par la commission du commerce et des approvisionnements de la République, pour l’approvisionnement, tant en grains qu’en fourrages, des différents services et établissement publics…

Considérant que le district de Ruffec renferme dans son enceinte une fonderie nationale située dans la commune de Taizé-Aizie…..

Considérant, à l’égard de cette fonderie, que le Comité de salut public de la Convention nationale a chargé, par son arrêté du 4 prairial, les directoires des districts dans lesquels il se trouve des forges et usines employées à la fabrication des armes ou des fers et autres matières destinées au service de la République pour les armées de terre ou les armées navales, de pourvoir, par des approvisionnements suffisants, à la subsistance de tous les employés dans les forges, usines et ateliers….; de faire rassembler et mettre à la portée des ouvriers ces approvisionnements….; (les besoins réels seront la seule règle à suivre pour la détermination de l’approvisionnement)…..

Tous les citoyens des districts sont en réquisition pour contribuer, de tous leurs moyens et approvisionnements, à la subsistance des ouvriers employés dans les forges, ateliers et usines; les approvisionnements se feront par les moyens les plus économiques et les moins onéreux au cultivateur, au fournisseur et au consommateur…

Considérant qu’en exécution de cet arrêté, cette administration a déjà autorisé le fermier de la fonderie nationale de Taizé-Aizie à réserver, pour l’approvisionnement de cette usine, tous les grains qu’il a récoltés dans les domaines qu’il exploite dans les communes de (saint) Martin et Bernac, mais que cet approvisionnement est insuffisant pour une usine qui consomme environ 100 quintaux de grains par mois, et qu’il est urgent d’y pourvoir d’une manière très efficace, l’agent national entendu, le directoire du district arrête ce qui suit:

Art. I. – Tous les citoyens de la commune de Taizé-Aizie, dans le territoire de laquelle se trouve située la fonderie nationale, sont en réquisition pour contribuer, exclusivement et de tous leurs moyens et approvisionnements, à la subsistance des ouvriers employés dans cette usine et à celle des chevaux qui sont nécessairement employés à son exploitation.

Art. II. – Aussitôt que la municipalité de cette commune aura fait parvenir à cette administration les tableaux des déclarations prescrites par la loi du 8 messidor, celle-ci fera verser dans les bâtiments où la municipalité de ladite commune tient ses séances, tout l’excédent de la consommation présumée de cette commune, tant en grains qu’en fourrages; et ce, jusqu’à la concurrence de la quantité nécessaire pour assurer, jusqu’à la récolte prochaine, la subsistance tant des ouvriers que des chevaux employés à l’exploitation de la fonderie nationale.

Art. III. – Dans le cas où les ressources de cette commune seraient insuffisantes pour cet approvisionnement, il y sera suppléé par des réquisitions ultérieures dans les communes environnantes.

Art. IV. – La municipalité de Taizé-Aizie sera chargée de la garde de ce magasin; elle recevra toutes les denrées que l’administration y fera verser et les délivrera aux consommateurs, qui les payeront sur le pied du maximum.

Art. V. – Elle aura égard dans ces distributions aux besoins des consommateurs, qui sont toujours proportionnés à l’activité, à la durée et à la nature de leurs travaux, et pour prévenir toute perte et toute profusion ou dilapidation, elle tiendra un registre exact de toutes les entrées et sorties.

Art. VI. – Le prix des denrées ci-dessus requises, sera payé aux propriétaires, au fur et à mesure des versements qu’ils en feront au magasin, par le receveur de ce district, sur la présentation de récépissés portant décompte et signés de deux officiers municipaux, et vus et approuvés par cette administration.

Art. VII. – Les fonds qui seront sortis de la caisse du receveur, en exécution de l’article précédent, y seront rétablis par la municipalité de Taizé-Aizie au fur et à mesure de la consommation des grains requis, et pour cet effet cette municipalité sera tenue de rendre chaque décade à cette administration, un compte semblable à celui que sont tenus de rendre les gardes des magasins militaires ou nationaux de la République.

Le présent arrêté sera envoyé à toutes les municipalités de l’arrondissement, au fermier de la fonderie nationale de Taizé-Aizie; au receveur du district, etc., pour que les uns et les autres aient à s’y conformer chacun en ce qui le concerne,

Fait et arrêté à Ruffec, le 24e de vendémiaire an IIIe.

Signé au registre: Rougier, Mimaud, Pinoteau fils, Deraze, Buessard.

En l’an VI, les forges de Taizé étaient encore à affermer. Lenoble, le régisseur de la famille de Broglie, qui avait régi la forge au nom de la Nation et qui l’avait même affermée à la Nation le 11 mars 1793, avait-il fini son bail ou l’avait-il résilié?

Une affiche (actuellement aux archives), portant en titre: Adjudication des revenus des biens des émigrés, nous apprend:

En vertu de la loi du 8 avril et de l’arrêté du département, du 21 juillet, il sera procédé par le préposé à l’enregistrement de Ruffec, à l’affermage des forges à fer de Taizé (appartenant autrefois aux héritiers Broglie, émigrés), avec tous les bâtiments et dépendances qui en font partie, ainsi que les prés qui dépendent du service ordinaire de ladite forge.

Ruffec, le 10 floréal an VI.  ……………………… Signé: Guyot.

M. Chauvet écrit dans son Rapport sur les forges de Taizé-Aizie: « Vers l’an VII la forge est presque abandonnée; puis vers l’an XII un fermier donne 12,100 fr. de loyer, y compris le matériel, estimé 48,000 fr. et les prés dépendant de ladite forge. »

En 1806, Baumont et Maigneau en étaient fermiers et demandent des délais pour « rétablir la fourniture du charbon avant l’entrée des nouveaux fermiers (a) ».

(a) Archives départementales de la Charente. Fond de la Révolution.

Le 20 février 1809, un inventaire de la forge fut fait par Fr. Lelong, juge de paix de Ruffec, en présence de M. Mimaud-Grandchamp, maire de Taizé, pour la mise en vente de la forge. Vente qui fut faite le 14 juin 1809. Adélaïde-Charlotte de Broglie, épouse (non commune en biens) de Nicolas-Enée de Marcieu, demeurant à Grenoble, acheta la forge et ses dépendances pour 127,500 francs. (Elle rachetait ainsi le bien patrimonial).

En 1818, d’après Quenot (Statistique du département de la Charente), c’est la plus considérable des forges du département. Elle possède alors une fonderie composée de deux hauts fourneaux, et trois affineries; elle consomme chaque année 1.500 brasses de bois valant 87.500 francs.

On trouve aux archives de Taizé une pièce sans date, portant le sceau de la restauration où Larrüe  Louis, maître de forges, figure parmi les plus imposés de Taizé, comme payant 1.830 francs d’impôts. Etait-il fermier? Probablement.

Quand on dressa le cadastre de Taizé-Aizie, en 1819, la forge était entre les mains de Mme De Laporte, née de Marcieu. Elle passa ensuite à M. Marsat.

En 1832, le conseil municipal de Taizé-Aizie repoussa la pétition de M. Marsat, propriétaire des forges, tendant à faire réparer aux frais de la commune le pont dit des bourbiers. « Il est constant, dit la délibération, que ladite usine (les forges) a été construite dans le lit de la Charente et que le pont dont il s’agit n’a été construit que pour vider les eaux surabondantes de l’usine et la garer contre les crues.

« En conséquence, nous sommes unanimement d’avis que l’autorité administrative ne doit intervenir dans cette circonstance, si ce n’est pour inviter M. Marsat à réparer promptement et à ses frais les dégradations qu’il signale au susdit pont… »

La famille Marsat fut remplacée aux forges, en 1854, par M. Chauvin Henri-Joseph qui, après un an, la céda à Augustin Lubbert, négociant de Bordeaux. En 1860, celui-ci vendit les forges de Taizé à M. Alphonse Martin. La Société anonyme des aciers Martin s’étant créée, rue Le Pelletier, à Paris, envoyait aux forges de Taizé ses aciers et l’on y fabriquait des canons de fusil pour la manufacture d’armes de Châtellerault.

La rareté du minerai et surtout le déplacement de l’industrie ont éteint les forges de Taizé.

Depuis 1879, le haut fourneau et les marteaux de l’ancienne usine ont disparu et avec eux la vie qu’apportait la présence d’une centaine d’ouvriers spécialistes et auxiliaires que comportait une pareille industrie. Du haut fourneau, du bouard, de la fonderie, des ateliers et de l’outillage, il ne reste plus que le souvenir.

Maintenant, sous la direction de M. Paul Baudinaud, propriétaire des forges éteintes, on voit une jolie propriété en exploitation remplacer l’ancienne usine; et les marais, sans cesse inondés par l’écluse, ont fait place à une belle prairie. Une seule des roues de la force motrice est aujourd’hui utilisée pour la minoterie, dans le local de l’affinerie. Peu à peu les dépendances de l’ancienne forge dépouillent la teinte noire que la fumée leur avait laissée.

Bientôt il ne restera plus, pour rappeler les anciennes forges, que le nom, le bief et l’ancienne maison de la direction (transformée en maison de maître) gardant encore dans le petit beffroi les cloches de l’ancienne horloge qui réglait l’heure des sorties et des rentrées à l’usine.

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