"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a Cent Ans…

- 1er Mars 1917 : Empire Ottoman / Introduction du calendrier Grégorien.
- 2 Mars 1917 : Le Congrès américain réforme "l'Organic Act" pour Porto Rico , qui devient territoire des Etats Unis, et fait de ses habitants des citoyens américains.
- 8 Mars 1917 : Décès du Comte ferdinand von Zeppelin, inventeur dudirigeable ( *8.7.1838).
- 10 Mars 1917 : Petrograd / Manifestations et soulèvements des ouvriers, rejointspar la population, contre la famine et la guerre . C'est le début de la révolution de Février (d'après le calendrier russe).
- 10 Mars 1917 : Les troupes britanniques prennent la ville de Bagdad.
- 11 Mars 1917 : Paris / à la Sorbonne se tient le premier congrès national du Livre.
- 12 Mars 1917 : Armement des bateaux de commerce américain.
- 14 Mars 1917 : Démission du Général Lyautey du ministère de la Guerre.
- 14 Mars 1917 : Rupture des relations diplomatqiues entre la Chine et l'Allemagne.
- 15 Mars 1917 : Russie / Formation d'un governement provisoire sous la présidence du prince Lvov.
- 15 Mars 1917 : Russie / Sous la pression de l'état major, Nicolas II abdique en favuerde son fère, le grand duc Michel.
- 16 Mars 1917 : Russie / Le grand duc Michel renoce au trône.
- 17 Mars 1917 : Naissance de Carlos Cassola, écrivain italien.
- 17 Mars 1917 : Paris / Démission du cabinet Briand.
- 20 Mars 1917 : Paris / Constitution du ministère Ribot.
- 21 Mars 1917 : Belgique / Séparation administrative : les Flamands à Bruxelles, les wallons à Namur.
- 23 Mars 1917 : l'empereur d'Autriche, Charles 1er, présente une offre de paix à Raymon Poincaré.

Source : « Chroniques du XXème siècle – Larousse..

Le presbytère

V

LE PRESBYTÈRE

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Le protestantisme au XVIe siècle ravagea les institutions de notre contrée. Les puissantes créations religieuses du Moyen-Age qui survécurent à cette tourmente traînèrent péniblement une existence anémiée jusqu’à la Révolution, mais elles n’eurent plus assez de fortune pour relever les ruines matérielles, ni assez d’intensité de vie religieuse pour suffire aux besoins spirituels des populations. Ce fut alors que pour les remplacer on vit, sous l’influence du concile de Trente, (40) se multiplier le clergé séculier (41) et s’organiser les paroisses avec leur maison presbytérale à laquelle sont annexés des biens-fonds et divers revenus et rentes. Tel fut le cas à Taizé-Aizie.

L’église actuelle, qui n’était avant le passage des protestants qu’une simple chapelle dépendant du prieuré d’Aizie, avait-elle eu des bâtiments destinés à loger les ministres qui exerçaient le culte dans ses murs, bâtiments relevant directement de cette chapelle? Il serait difficile de le prouver. Si elle en avait, ils disparurent si bien sous les coups des protestants, que plus tard, quand la chapelle Saint-Pierre devint église paroissiale, on ne s’occupa plus d’eux. Comme le cimetière qui se trouvait sur l’emplacement où l’on a bâti le groupe scolaire, ils furent délaissés et abandonnés.

François Touzalin, qui paraît avoir été le premier curé résidant à Taizé, dut faire bâtir, ou plus justement acheter une maison déjà bâtie pour y aménager sa résidence. Les religieux d’Aizie lui cédèrent le terrain qu’ils possédaient autour de l’église; une partie fut réservée pour faire le cimetière, qui a duré trois siècles; l’autre partie, qui appartient aujourd’hui à M. C. Provost, devint un bien-fonds de la cure. On y annexa peu à peu d’autres terres, des rentes, des droits d’agriers,(42) des dixmes, des fondations.(43) Dès lors la cure de Taizé-Aizie était organisée. Elle était loin d’être riche, mais elle pouvait fournir la subsistance de son titulaire. En s’occupant de faire fructifier ses terres et de percevoir ses droits, il pouvait vivre honorablement de la vie du clergé des campagnes à cette époque.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, un titulaire de cure à la campagne perçoit souvent lui même la dîme pour sa subsistance; il sait alors se montrer bon et large envers le tenancier, généreux envers les pauvres, et il fait bon vivre sous sa houlette. Parfois il donne la perception de ses revenus à bail et ses terres à moitié revenu, tel Jean Allanauve qui, en 1726, cède pour cinq ans à moitié fruit les revenus qu’il possède dans la paroisse de Taizé à Michel Tesseron, marchand, demeurant au village d’Enfaye, paroisse de Lizant. D’autres fois il s’occupe lui-même de faire engranger dans les dépendances de la cure les récoltes du prieuré-cure et son treizième ou son seizième de récoltes qu’il perçoit pour dixmes sur les terres soumises à la dixme, comme le faisait J.L. Folquier à la veille de la Révolution.

Quand le curé vient prendre possession de son poste, il se fait accompagner d’un notaire (a) qui en rédige l’acte officiel. Il prend possession de l’église en y entrant, en sonnant la cloche, en touchant les objets du culte; il prend possession du presbytère en y entrant, en y allumant du feu, en un mot en y faisant acte de maître.

(a) Le bourg de Taizé possédait un notaire royal: En 1720 c’était François Corgnoux, d’après les minutes de Delhoume, notaire aux Robins des Adjots, minutes conservées aux archives départementales de la Charente. Il est regrettable que celles de François Corgnoux soient perdues ou égarées, elles pourraient être intéressantes pour l’histoire de notre paroisse.

Le curé prend part à tous les actes importants de la vie publique de ses paroissiens. Il annonce au prône de la messe paroissiale les réunions de la communauté soit pour élire les syndics (maire) , soit pour choisir les collecteurs d’impôts. Le curé prend également part à certains actes de la vie privée de ses paroissiens et on le trouve fréquemment comme témoin dans les contrats de mariage, de ventes, les testaments, etc., voir même comme parrain à certains baptêmes, tel J.-A. Pinoteau qui, le 31 août 1746, fut parrain de Jean Caillé, à Taizé. Souvent même, la maison presbytérale sert de maison commune (mairie) pour les réunions, tel l’ancien presbytère de Taizé où on se réunissait encore en 1789 pour faire les élections et le 14 juillet 1790 pour le banquet de la Fédération.

Cette maison presbytérale de Taizé n’avait point été bâtie pour servir de cure, lors du rétablissement du culte, au commencement du XVIIe siècle, car dans l’acte de bail dressé en 1725 par Delhoume, notaire aux Robins des Adjots, il est dit que la maison curiale est presque en ruines. On avait probablement acquis un immeuble déjà bâti, pour loger le prieur curé, avec le projet de rebâtir un jour; cette reconstruction se fit attendre deux siècles et demi. La vieille maison déjà délabrée en 1726 devait voir la Révolution française la désaffecter, désaffectation qui dura jusqu’à la construction du presbytère actuel, qui fut édifié en 1868-1869 sur l’emplacement de la vieille maison, inventoriée vers 1748 par Me Balland, notaire à Ruffec. (La minute de cet inventaire existe encore à l’étude de Me Chauvet, notaire à Ruffec.)

L’ancien presbytère ayant été un bien ecclésiastique, eut sa page d’histoire, durant la Révolution surtout.

Antérieurement à cette époque nous savons qu’en 1725 le curé de Taizé, de Verné, affermait le prieuré-cure par acte passé par Delhoume, notaire royal aux Robins. En 1726, Jean Allanauve ayant remplacé de Verné comme curé de Taizé, faisait avec Michel Tesseron, marchand, demeurant à Enfaye, un bail à moitié fruits du prieuré-cure de Taizé. Dans l’acte reçu par Delhoume, il est dit que la maison curiale est presque en ruines. En 1748, Me Balland, notaire à Ruffec, en dressa un inventaire, comme on l’a vu plus haut.

En 1789, un décret du 13 mai, sanctionné par le roi, obligea tous les bénéficiaires, abbés, prieurs, curés, vicaires perpétuels et supérieurs de congrégations, à déclarer devant les municipalités, d’abord dans un délai de deux mois étendu ensuite à quatre mois, tous les biens dont ils jouissaient, avec les charges dont ils étaient grevés.

J.-L.-J. Folquier, alors titulaire du prieuré régulier de Saint-Pierre ès liens de Taizé-Aizie, fit sa déclaration à la municipalité; la copie en est encore aux archives.

Dans un premier article, il énumère tous les vieux titres et parchemins (aujourd’hui perdus) qui établissaient les droits de propriété et de jouissances de ce prieuré.

Dans le deuxième article, il énumère les biens mobiliers de l’église.

Dans le troisième article les biens du prieuré-cure.

Dans le quatrième article, il détaille les revenus dont la perception est fort compliquée et sur lesquels pèsent différentes charges qu’il énumère à l’article cinquième.

Cette déclaration servit de base à l’Etat dressé par la municipalité le 26 avril 1790 pour être envoyé au comité ecclésiastique de Paris en vue de la nationalisation (spoliation) de ces biens.

Voici la copie de cet Etat:

ASSEMBLEE PROVINCIALE D’ANGOUMOIS

DISTRICT DE RUFFEC

ARRONDISSEMENT ET CANTON DE RUFFEC

MUNICIPALITE DE TAIZE-AIZIE

PAROISSE SAINT PIERRE ES LIENS DE TAIZE-AIZIE

§ I. Renseignements particuliers.

Le prieuré-cure régulier de saint Pierre ès liens de Taizé-Aizie, titulaire: Jean Pierre Louis Joseph Folquier, 58 ans. Collateur ecclésiastique: M.l’abbé commendataire de l’abbaye de Lesterps en Limousin (nous ignorons son nom).

Diocèse de Poitiers, province d’Angoumois, gouvernement de Saintonge, parlement de Paris, baillage et sénéchaussée d’Angoulême.

La mesure locale tant des terres que des bois est le journal (44) qui contient deux cents carreaux de six pieds au carré (pieds de Guyenne). Dans la partie de la paroisse qui se trouve en Poitou, la mesure locale tant des terres que des bois est la boisselée (45) qui contient cent carreaux de six pieds carrés (pieds du roy).

Charges spirituelles: fondation d’une Messe basse et d’un Libera chanté le lendemain de la Toussaint.

Charges temporelles: pour les charretiers, les dixmes et autre frais :…. 220# »

Pour l’entretien et la nourriture d’un cheval absolument nécessaire pour l’administration des sacrements à cause de la difficulté du passage sur la chaussée de la forge souvent inondée : …. 250 # »

Les impositions ne sont point encore connues mais on payait ci devant pour
décimes : ….  80 # « 

Pour les pauvres : …. 200 # »

Pour l’entretien, réparation de la maison presbytérale et du choeur de l’église et tout ce qui est nécessaire au culte divin attendu qu’il n’y a point de fabrique : …. 100 # « 

Abonnement : …. 2 # 10

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Total :… 852 #

§ II. Désignation des biens.

Bâtiments à l’usage de l’établissement: Une maison presbytérale, cuisine, salle, deux petites chambres d’un côté, porte d’entrée et un cellier de l’autre, grenier dessus. Dans le haut de la cour, entourée de murailles de six pieds, grande et petite porte d’entrée, deux fours et un cabinet pour mettre du bois; au bas de la cour une grange, une chambre, écurie à côté et un petit cabinet pour second; écurie tenant une galerie qui règne autour de la dite chambre et de la grange; au bout un petit toit à cochon et un petit pigeonnier par dessus pour pigeons francs, un grand grenier par dessus la dite chambre et l’écurie, cour et jardin, le tout contenant 146 carreaux de six pieds. Plus environ une demi boisselée de terre semée en luzerne (avec un noyer), contigüe au cimetière, dans laquelle est l’église et que le château de Ruffec avait reconnue appartenir au prieuré de Taizé comme fond cédé à la paroisse. Le grand cimetière abandonné, situé au bourg de Taizé, qui ne produit rien, contenant deux journaux cinquante carreaux (Carreau : ancienne mesure de surface. 600 carreaux d’Angoumois valaient un hectare actuel.) Grosses et menue dixme (ancienne) confondue avec les novales dans les endroits où notre prieur curé reçoit les dixmes en entier et distinguées seulement où il partage des dixmes avec les autres codiximateurs.

Pour rentes et droits seigneuriaux de notre prieur curé et seigneur fondateur de l’église.

Rentes: La prise (a) des prés entre les eaux, rente annuelle de vingt sols; la prise des Vignaux: une livre dix sols, deux chapons et une géline (b); la prise du chènepicheau: un demi boisseau de méture; la prise de la câlinerie: un boisseau d’avoine, un demi boisseau d’avoine, de la même rente a été cédé pour une partie de la cour presbytérale; la prise de pelle-chèvre quinze sols, le prieur n’a jamais reçu que cinq sols; celle du pré des nouës quinze sols; la prise des maisons situées au bourg: un demi boisseau de froment; la prise de la métairie du bourg, qui touche le jardin de la cure deux sols six deniers que notre prieur n’a jamais reçue; la prise de billarderie: deux boisseaux de froment, selon le titre primitif et une reconnaissance trouvée au château de Ruffec, laquelle rente est contestée et servie au possesseur de Boistillé

(a) Prise: On appelait prise, une pièce de terre ou immeuble quelconque concédé moyennant une rente annuelle; ceux qui payaient la rente étaient dits preneurs ou tenanciers.

(b) Géline: poule grasse.

Le § III contient une estimation détaillée des revenus annuels du prieuré de Taizé; le total s’en élève à 2,814 # 8.

Le § IV se compose des observations suivantes:

Il faut observer que la cinquième partie des revenus annuels du prieuré-cure de Taizé, qui se lèvent dans la partie du Poitou, consistent en dixmes et novales;(46) que le boisseau (mesure de Ruffec) pèse 75 livres, poids de marque et plus lorsque le froment est de bonne qualité; que celui d’avoine se vend à boisseau comble;(47) que le sac de blé d’espagne en vert ne fait pas tout  à fait le boisseau de Ruffec lorsqu’il est sec. Le prieur de Taizé n’a la dixme, sur la partie du domaine de la métairie d’Aizie située en Poitou (le Prioux), (48) qu’au seize (ième) au lieu du douze (ième), le quart se levant par le fermier.

Pour la dixme particulière ecclésiastique ou sensée l’être: dans le canton de Lavaud en Angoumois le seigneur de Ruffec partage les grandes, menues et vertes dixmes avec le prieur de Taizé. Elles appartiennent à la chapelle d’Arsensac (ancien prieuré simple d’Usseau) bénéfice des moines de Nanteuil, bien réuni au séminaire saint Charles de Poitiers et dont le seigneur de Ruffec jouit par arrangement avec lui. Nous estimons ces dixmes de la valeur de 150 £ par année commune.

Aux groies de l’Isle, dans la partie d’Angoumois, le seigneur de Ruffec lève la moitié des grandes dixmes, deux années de suite et le seigneur de Puipatrop la troisième. Les dixmes de ce dernier seigneur sont inféodées, mais celles du seigneur de Ruffec, ainsi que les agriers qui sont dans ce canton appartiennent aux moines de Nanteuil. (Le seigneur de Ruffec en jouit par arrangement) comme à Puit Berdier en Poitou, où ledit seigneur de Ruffec partage les grandes dixmes avec le prieuré de Taizé. Le tout est affermé 310 #.

– Dixmes inféodées.

Le seigneur de Puipatrop jouit dans la partie du Poitou de la moitié des grandes dixmes, avec quelques terrains réservés; mais le prieur de Taizé a toutes les novales, les vertes et menues dixmes; aux groies de l’Isle en Angoumois, il jouit des grandes dixmes, de trois années l’une, mais les novales menues et vertes dixmes appartiennent au prieur de Taizé.

Le clocher et l’église de ce prieuré-cure régulier sont à peu près au milieu de la paroisse. Il y a de l’église à toutes les extrémités, une demi lieu de pays, plus ou moins; et les villages les plus nombreux et les plus éloignés, sont dans la partie du Poitou; de manière qu’il faut passer sur la chaussée de la forge, et traverser la Charente pour y parvenir.

Le nombre des personnes y est de 678 individus de tout sexe et de tout âge (a)

Signé : P. Favre, maire; Pierre Bouillon, 1°  off. municip.; Folquier, prieur-curé, procureur syndic; Albert, greffier.

(a) Le Pouillé historique du diocèse dit: 745 habitants à Taizé en 1790, sans indiquer la source où on a puisé.

Dans le courant de l’année 1790, les officiers municipaux de Taizé firent de nombreuses démarches (voir plus loin le prieuré d’Aizie) pour l’acquisition au profit de la commune des biens ecclésiastiques de Taizé. Ces demandes aboutirent enfin et le ci-devant curé de Taizé, Folquier, en prêtant lâchement tous les serments qu’on voulut, ne jouit que quelque temps encore du presbytère et de ses dépendances. Dire qu’il en jouit en paix, serait trop dire; il n’eut même pas une tranquillité relative, comme le démontre le procès verbal suivant, des archives de Taizé:

Aujourd’hui, 18 nivôse an II de la répub. franc., en vertu du réquisitoire du citoyen Bouyer, agent national près cette commune, en date de ce jour, nous maire et officiers  municipaux soussignés, nous sommes transportés en la maison où le sieur Folquier, ex-curé de cette commune, fait sa résidence, à l’effet d’y constater les dégradations qui peuvent y avoir été commises, et lui faire défense d’avoir à n’enlever que les objets  qu’il lui est permis d’enlever.

Etant entrés dans une salle basse de ladite maison, nous avons reconnu qu’il a été détaché de dessus la cheminée, une boiserie, où y étaient enchâssés une glace et un tableau, qui était attachée au mur par une affiche de chaque côté, ainsi qu’il est démontré par l’aspect du mur où on aperçoit encore les trous d’où ils ont été tirés; que le chambranle ou alcôve y existe encore, qu’il est attaché au mur dans sa partie droite d’une affiche, par le bas d’un autre côté par une autre affiche, qu’il est assujéti en champ par des liteaux cloués au plancher, dans ses autres parties basses par des pieux de bois, laquelle nous l’avons requis de laisser dans le même état où elle se trouve; dans le cas où il serait obligé de la déranger pour ôter une tenture de tapisserie qui se trouve entre les planches de séparation et le mur, de la remettre au même état ainsi que la boiserie de la cheminée dont il est question, comme aussi de faire toutes les réparations locatives qui peuvent être nécessaires à la dite maison et autres bâtiments dont jouit ledit citoyen Folquier.

A quoi le dit citoyen Folquier a répondu qu’il ferait ses observations au district et a signé: Folquier, ex-curé.

Fait et lu à Taizé, le 18 nivôse an II.

Ont signé: Bouïn-Beaupré, maire, – Hilger, – P. Favre, – Bouyer, agent national.

Ce beau morceau de français de nos archives nous dit assez l’esprit libéral et condescendant de cette époque, même envers les malheureux qui, comme Folquier, abdiquaient leur sacerdoce pour se conserver un morceau de pain. D’autres préférèrent l’exil ou la mort sur les pontons (49) avec du moins la conscience du devoir accompli.

On finit bientôt par déposséder totalement de la jouissance de cette maison presbytérale le ci-devant curé:

Nous trouvons en effet aux archives l’affiche suivante:

Les citoyens sont avertis que la ferme des dépendances du ci-devant presbytère, pour le temps qui reste à courir jusqu’à la saint Michel prochaine, sera adjugée le décadi 30 du mois de ventôse au plus offrant et dernier enchérisseur. L’adjudication se fera à la chambre commune, à 2 h. du soir. L’objet à affermer est: les bâtiments d’étables, le jardin et les noyers du cimetière.

Le 7 ventôse an II, l’assemblée municipale constate l’envoi d’un arrêté du directeur du département relatif à la conservation des presbytères, daté du 22 pluviôse. Cet arrêté du département fut observé à Taizé-Aizie, car nous voyons dans les comptes de l’assemblée municipale, pour les années 1805, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810, que M. Mimaud, maire , a payé l’impôt de la maison curiale, qui variait entre 4 fr. 50 et 5 fr.

Nous voyons également 4 fr. payés à Moisy en 1806 pour une serrure posée à la grange de la cure et en 1808, 24 fr. payés à Maingarnaud, architecte, pour deux voyages et frais du devis des réparations projetées à la maison curiale, puis un mandat de 12 fr. pour les frais de recouverture de la maison curiale, ce qui prouve que les devis de Maingarnaud ne furent pas mis à exécution.

On lit au cahier des délibérations municipales de 1808:

Nous membres du conseil municipal de Taizé-Aizie, convoqués par M. Jacques Ingrand, adjoint, étant réunis en majorité à la maison curiale de cette commune (servait-elle de mairie?) ledit adjoint nous a exhibé:

1° La délégation à lui donnée pour nous convoquer.

2° La lettre de M. le sous-préfet autorisant notre réunion.

3° La pétition de M. Mimaud-Lafuie en date du 6 déc. dernier tendant à obtenir la mise en possession de deux chambres basses, fournioux et grenier par dessus touchant à la dite maison curiale.

4° La transaction passée le 19 avril 1742 entre Pierre Aumaitre, alors propriétaire dudit objet et feu Nicolas Aubuchet, prêtre curé de Taizé-Aizie.

5° L’acte de vente consenti le 12 juillet 1777 par les héritiers de M. Pierre Aumaitre au profit de feu M. Rizat la Terrière et de la dame Dubois, beau-père et belle-mère du sieur Mimaud-Lafuye.

Après avoir scrupuleusement lu et relu les pièces susrelatées et avoir examiné les objets réclamés, lesquels se trouvent dans la même confrontation que celle portée à la transaction ci-dessus datée, nous membres dudit conseil municipal sommes unanimement d’avis que le sieur Mimaud-Lafuie soit autorisé à s’emparer des dites deux chambres et grenier pour en jouir et disposer à son gré sans qu’il puisse néanmoins prétendre aucune indemnité pour les dégradations ni jouissances, attendu que lesdits lieux ne sont point habités depuis plusieurs années, et que nous les regardons comme domaines abandonnés.

Délibéré à la maison curiale le 2 février 1808.

Ont signé: P. Thomas, – Brothier, – P. Repain, – Debenais, – Ingrand, adjoint.

Le 13 août 1820, M. Mimaud, maire de Taizé, fait l’adjudication à la bougie des réparations à exécuter à la clôture du cimetière et à la maison presbytérale; l’adjudicataire est Jean Bouyer, charpentier, pour la somme de 720 fr.

Le 8 mai 1834, le conseil municipal autorise M. le maire à faire faire par voie d’économie une petite réparation urgente à la maison presbytérale.

Le 3 mars 1844, le conseil municipal, réuni, s’assure que des travaux faits à la maison curiale l’ont été avec la concours de M. le desservant et en approuve le paiement, comme il approuve aussi le paiement d’une somme de 30 fr. à Bouyer, charpentier, pour le prix convenu d’une barrière à faire à la maison presbytérale.

Les habitants de Taizé affirment que la maison curiale servit de local pour l’école communale jusqu’en 1853, époque à laquelle on bâtit l’école actuelle des garçons. Ils affirment aussi que M. Pistre, le premier curé résidant à Taizé après la révolution et le Concordat, nommé en 1857, n’habita pas cette vieille cure, mais une maison en location. Les registres des délibérations municipales manquant aux archives, de l’année 1851 à 1868, il est impossible de contrôler ces affirmations.

Le presbytère actuel a été bâti sur l’emplacement de l’ancien, vers 1867 ou 1868. Le devis s’élevait, dit-on, à 10,000 fr. L’entrepreneur fut un nommé Merle, de la Chévrerie. Depuis, le presbytère actuel n’a reçu que des réparations d’entretien.

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Suite de cet article : Aizie-Baronnie