"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a Cent Ans…

- 1er février 1917 : Allemagne / début de la guerre sous-marine à outrance, sans restriction et sans avertissement, avec la mise en service de 150 sous-marins allemands.
- 3 février 1917 : Torpillage après sommation du bateau américain "Housatonic". Le président américain Woodrow Wilson, rompt les relations diplomatiques avec l'Allemagne.
- 3 février 1917 : Berlin / la crise du charbon entraîne la réglementation de la consommation de ce produit.
- 4 février 1917 : Bruxelles / création du Conseil flamand par un groupe d'activistes.
- 5 février 1917 : Rupture des relations diplomatiques entre les États-Unis et l'Autriche-Hongrie.
- 10 février 1917 : Londres / début des négociations entre l'Organisation sioniste mondiale représentée par - Chaïm Weizmann, et le gouvernement britannique en vue de l'installation d'un foyer juif de Palestine.
- 17 février 1917 : France / la Chambre vote l'attribution d'un franc par jour aux soldats des tranchées.
- 17 février 1917 : Décès d'Octave Mirbeau, écrivain français (* 16.2.1848).
- 18 février 1917 : Le commandement suprême de l'armée allemande reprend l'offensive contre la Russie.
- 19 février 1917 : Décès de Charles Émile Auguste Durand, dit Carolus Duran, peintre français (* 4.7.1837).
- 21 février 1917 : En 3 semaines, 134 bateaux alliés et non-belligérants sont coulés par les forces allemandes. C'est le premier bilan de la guerre sous-marine à outrance.
- 24 février 1917 : Méditerranée / Le navire "Dorothea", transportant des troupes britanniques est coulé par un sous-marin allemand.
- 24 Féveier1917 : Les Américains prennent connaissance du télégramme d'Arthur Zimmermann, secrétaire d’État allemand aux Affaires extérieures, qui demande au Mexique d'entrer en guerre contre les États-Unis.

Source : « Chroniques du XXe siècle – Larousse.

La Vie Economique

XIII

LA VIE ÉCONOMIQUE

L’industrie du papier

D’après le livre “Les Moulins à papier d’Angoumois, Périgord et Limousin au 17ème siècle” de Gabriel Delâge.

Au 17ème siècle, le moulin à papier de Chez Bessier (aujourd’hui Cheptier) comptaitparmi les 67 moulins de l’Angoumois dont 7 sur le fleuve Charente. Ce moulin fabriquait du papier à “la fleur de lis” vendu à la charge. Cette charge, d’un poids d’environ 160 kg, était composée de 32 rames pesant chacune 10 livres et valait entre 75 et 90 livres (unité de valeur).La rame de papier était toujours composée de 20 mains. Mais la main comportait tantôt 25 feuilles, tantôt 24 feuilles. Chaque contrat de vente devait donc préciser le nombre de feuilles que devait contenir chaque rame (480 ou 500). Les charges étaient réparties en deux balles, chacune de ces balles était ainsi d’un poids raisonnable, soit à peu près le poids d’un sac de froment, ce qui permettait de les placer dans les bâts des chevaux qui les transportaient, un de chaque côté de l’animal. Les marchands papetiers, soucieux de la qualité des papiers, n’hésitaient pas à faire inscrire leurs exigences dans les contrats. Ils voulaient du meilleur papier: “fait de bonne peille bien triée, bien pourrie et bien lavée, le papier bien collé, lissé et pressé, et pour le moins aussi blanc que le plus blanc qui se fasse”. Le papier “bien collé” était destiné à l’écriture et le “gros bon à demi collé” à l’impression. La peille (chiffons) devait toujours être “bonne, loyale, sèche et marchande, sans aucune toile teinte ni couetis”. Le papier fabriqué en Angoumois était presque toujours conduit au port de l’Houmeau à Angoulême, chargé sur des chevaux. De l’Houmeau, mis dans des gabares, il descendait la Charente jusqu’au port de Tonnay/Charente où attendaient des navires pour l’emmener à l’étranger, en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, en Suède…A cette époque, les marchands flamands d’Amsterdam monopolisaient le commerce des papiers en provenance de l’Angoumois.

Le principe de fonctionnement du moulin à papier était le suivant: la roue du moulin entraînait un arbre à cames solidaires qui soulevaient tour à tour des maillets cloutés, lesquels réduisaient la peille en pâte. Cette pâte mélangée à de la colle était étalée dans une forme puis séchée feuille par feuille.

En période de sécheresse, le manque d’eau obligeait certains moulins à papier à cesser leurs activités. Alors surgissaient des contestations, des procès à l’encontre d’habitants qui retenaient “malicieusement” l’eau de la rivière. Mais lorsque l’eau venait à manquer au moulin, ce n’était pas toujours à cause de la sécheresse ou du mauvais vouloir des “divertisseurs” d’eau. La faute en incombait aussi aux papetiers qui n’entretenaient pas convenablement le lit de la rivière. “Le canal où passait icelle rivière étant rempli d’arbrisseaux, de vergnes, d’herbes et graviers en divers lieux”.

En 1703, les maîtres papetiers s’engagèrent à faire travailler leurs ouvriers aux conditions ci-après qui étaient de payer, par chaque jour, à chacun des ouvriers, 20 sols, à chacun des coucheurs et leveurs, 18 sols, à chacun des maîtres de salle, 19 sols, au gouverneur 19 sols, à condition qu’il prenne soin du moulin qu’il aura en son gouvernement les fêtes et dimanches, aux sallerantes sachant bien travailler, 5 sols, aux apprentis de cuve, 8 sols. Les apprentis qui s’obligent à servir de 3 à 5 ans auront leur nourriture et un habit par an puis plus tard 3 livres par mois. Il fut décidé qu’on donnerait “boeuf et salé dans le pot comme ci devant, les vendredis et samedis, oeufs et morue selon la commodité du maître. A l’égard des rôtis qu’on avait accoutumé donné, on ne serait obligé que de donner le rôti comme on le reçoit du boucher le samedi, pour le donner le dimanche seulement. Aux quatre fêtes annuelles, il serait donné du pain blanc et le rôti. A l’égard du carême, on donnerait légumes et morue sans autre poisson”.

Sous l’ancien régime, l’occasion de ne pas travailler était fréquente. Les enterrements, par exemple, permettaient aux compagnons papetiers de quitter leur travail et de profiter de ce qu’on appelait “les vins d’enterrements”.

A cette époque, on chômait le jour de St-Mathieu, de St-Joseph, de St-Mathias, de St-Michel, de St-Luc, de St-Etienne…Aussi quand arriva la révolution en 1789, tout en se déclarant de bons républicains, les papetiers firent observer qu’ils avaient perdu au changement et demandèrent des compensations.

Actes notariés dont a fait l’objet le Moulin de Chez-Bessier, paroisse de Taizé.

– 16-4-1638. Pierre Vincent, maître papetier au moulin à papier de Chez-Bessier, paroisse de Taizé, vend 100 charges de papier au petit comte à François Le Bleu, marchand flamand d’Angoulême.

– 15-4-1641. Pierre Vincent, maître papetier au moulin à papier de Chebestin, paroisse deTeze, châtellenie de Ruffec, vend 120 charges de papier à Dericq Janssen et Pierre Bosch.

– 25-6-1644. Vincent… au moulin de Chebessier, paroisse de Tezé en Angoumois, vend 100 charges de papier à Jean Boenes, marchand flamand.

– 7-1-1654. Jean Clément, maître papetier et formaire, demeurant de présent au bourg de La Couronne, vend à Philippe Gaultier 120 charges de papier, livrable à mesure qu’il sera fait au moulin de Chez Bessier, paroisse de Taizé, marquisat de Ruffec.

– 29-4-1654. Jean Clément, marchand, demeurant au moulin de Chez-Bessier, afferme à Jacques Catonnet, maître papetier demeurant au village de Chantoiseau, paroisse de St-Michel-d’Entraigues, ledit moulin à papier consistant en 3 roues, avec ses étendoirs, la maison du papetier…pour 5 ans. Et Catonnet lui fait vente de 100 charges de papier à faire dans ce moulin.

– 27-7-1658. Jean Clément, marchand papetier demeurant encore au moulin de Chez- Bessier, afferme à Hélie Rivière, maître papetier demeurant de présent au village de La Raberie, paroisse de Roullet, deux roues dépendant dudit moulin à papier de chez Bessier, avec ses bâtiments et appartenances, pour 5 ans, à partir de St-Michel. Rivière promet de vendre à Clément 90 charges de papier qu’il sera tenu de conduire dans le chai de Philippe Gaultier, à Lhoumeau.

– 1-10-1667. Jean Clément, demeurant au bourg de La Couronne, est redevable de plus de 4000 livres envers Philippe Gaultier, marchand d’Angoulême, pour avances qu’il lui a faites pour faire valoir les moulins à papier de Chebessier, lesquels moulins ledit Clément a affermés à divers maîtres papetiers qui ont mangé et consommé partie du cabal (1) qui leur avait été donné. Ce qui a obligé Clément d’abandonner lesdits moulins qu’il tenait à rente. Il lui est maintenant impossible de rembourser Gaultier, attendu les banqueroutes qui lui ont été faites par ses papetiers. Il prie Gaultier de cesser les poursuites contre lui commencées et offre de lui donner la petite maison qu’il possède à la Couronne. Agé de 62 ans, il reprend son premier métier de faiseur de formes à papier et offre aussi à Gaultier de lui rembourser 300 livres en 2 ans, en lui livrant des formes à faire papier qui auront cette valeur.

(1) Le cabal, qui correspond au cheptel pour les métayers, était l’avance du marchand au maître papetier. Il pouvait comprendre par exemple:

– 10 boisseaux de froment à 50 livres la pipe – 6 pipes de mesture

– 6 boisseaux de baillarge – 16 boisseaux d’avoine

– 13 charges de peille fine au pourrissoir – 9 tonneaux de vin à 33 livres le tonneau

– 80 livres de pourceaux salés dans les charniers – 8 livres d’oing et 570 livres de colle

– 2 chevaux de poil bé avec leur harnais – 9 abauds de bois de chêne

– 1/2 cent de fagots de fourrage – pour 100 sols de souches

– 1 grand crochet pour peser la peille – 12 livres et demi d’étain

– 1 marmite avec sa couverture – 1 seau et sa cassotte

– 1 chaslit en menuiserie en bois de nohier – 1 fût de barrique à mettre vinaigre

– 4 linceux et 3 lits de plume avec leur traversier – 6 pintes d’huile avec une cruche

– 2 matelas de laine et de crain – 1 miroir avec son cadre

– 1 table de bois de sap (peuplier) – 1 met (maie) servant à pétrir

– 2 garnitures de lit de serge de couleur verte – 12 nappes et 3 douzaines de serviettes

– 60 livres d’étain commun (une quarte, une trois chopines, une pinte, une chopine, un deuxtiers,

une roquille, un crugeon, le reste en plats, écuelles) à 15 sols la livre.

G.B.

De la réduction des dépenses de santé….(déjà!)

La tenue des registres de l’état civil, prescrite par un édit de François 1er, fut confiée au desservant de la paroisse. A Taizé-Aizie les registres furent tenus avec plus ou moins de soin suivant les aptitudes et le goût des rédacteurs. Souvent à défaut d’autre papier, le prêtre utilisait les registres de l’état civil pour inscrire des notes personnelles: brouillon de sermon, copie d’acte notarié, brouillon de lettre, voire même modèle de questionnaire pour confessionnal. Voici, à titre de curiosité, un questionnaire préparé par Jean Allanauve, curé de Taizé de 1725 à 1737 et qui se trouve dans le registre de l’année 1730 déposé à la mairie. Ce questionnaire a servi sans doute à la confession d’un médecin.

“N’avez-vous point entretenu le mal afin de gagner davantage; combien de fois; il faut estimer le dommage et le réparer.

“N’avez-vous point multiplié les remèdes sans nécessité, peut-être afin d’obliger l’apothicaire qui les fournissait; il faut dire combien de fois, estimer le dommage et le réparer.

“N’avez-vous point donné des remèdes douteux en ayant été certain; on est responsable du mal qui en est arrivé.

“N’avez-vous point fait souffrir les malades par votre ignorance, quel mal en est-il arrivé; celui qui n’a pas la science suffisante est obligé de renoncer à sa profession ou de se rendre capable avant de l’exercer; autrement il n’est pas en état de recevoir l’absolution

“Ne vous êtes-vous point trop arrêté à votre sentiment par vanité quoique vous vissiez que celui d’un autre était meilleur, en sorte que le malade en a souffert, qu’en a-t-il souffert; s’il a fait plus de dépenses, il faut restituer.

“ N’avez-vous point pris plus que ne deviez, quelle somme et combien de fois; n’avez-vous point donné de drogues inutiles et peut-être nuisibles aux malades.”

J. Corneaud.

La forge d’Aizie

D’après “La Statistique du département de la Charente” en date de 1818, de Maître Quénod, avocat.

“Les mines de fer sont fort communes dans ce département, et surtout dans les arrondissements de Confolens et d’Angoulême. On les exploite avantageusement dans les communes de Genouillat, Fleurignat, Saint-Adjutory, Charras, Mainzac, Grassac, Marthon et Feuillade; on en trouve aussi dans les communes de Taizé-Aizie et des Adjots, arrondissement de Ruffec.

On ramasse la mine en terre dans les champs, ou en pierre dans des puits ou galeries souterraines de 60 à 80 pieds de profondeur: la première diminue du tiers au lavage, et la seconde, du vingtième seulement. Un mélange, composé d’une partie de mine en terre etde deux parties de celle en pierre, produit environ le tiers de son poids en fonte propre à faire des canons.

Les maîtres de forge du Périgord et de l’Angoumois se procurent du minerai dedifférentes manières. Les uns le font tirer à leur risque et péril; ils payent les ouvriers qui le cherchent et le propriétaire du terrain où il est fouillé; ils font avertir les bouviers d’alentour pour le transporter aux lavoirs, où ils sont payés à proportion de la distance et du nombre debacs (1) dont ils sont chargés.

(1) Le bac pèse 320 ou 330 livres; il en faut huit pour faire une fondue, dont le poids est par conséquent de 2,560 à 2,640 livres.

Quelques tireurs de mine font des entreprises pour leur propre compte. Ils conviennent avec le propriétaire du fonds, fouillent le minerai, et le vendent ensuite au maître de forge le plus à portée.

Il y a des cantons où la mine est si abondante, qu’elle se trouve à la surface de la terre, et le plus souvent à cinq ou six pouces seulement de la surface. C’est la ressource du malheureux; il ramasse le minerai sur le terrain des autres, et le vend ensuite pour soulager sa misère. On a vu les seigneurs et les gros propriétaires faire publier, en faveur des pauvres, des permissions générales et indéfinies de ramasser la mine dans les champs, pour leur procurer quelques ressources dans les années de disette, en la vendant aux maîtres de forges ou à des revendeurs qui en font un commerce particulier. Cette pratique bonifie les fonds loin de les dégrader.

On peut conclure de ces observations que le prix du minerai est très variable. Sa valeur diminue singulièrement en temps de paix. Alors la forge de Ruelle est seule en feu, et celles du Périgord et de l’Angoumois n’ont aucune activité, au lieu qu’en temps de guerre elles travaillent pour les armateurs de Bordeaux et de La Rochelle; concurrence qui enchérit les matières premières.

Les mines de fer du département fournissent environ 50,000 quintaux métriques de minerai, dont l’exploitation exige les bras de deux cents ouvriers, qui n’y travaillent guère que soixante jours de l’année, et qui sont payés à raison de 1 franc 25 centimes par jour. Ces 50,000 quintaux se vendent 1 franc le quintal, pris sur les lieux, et se transportent par des bouviers à Ruelle, et dans les autres forges de la Charente et de la Dordogne.

Le département de la Charente ne possède aujourd’hui que sept forges, au lieu de dix qui existaient en 1804. Celles du Chatelars et du Gazon ont été entraînées pendant une inondation, et celle du Fayard est convertie en moulin à blé. Ces trois forges étaient peu importantes.

Les sept qui sont en activité, sont celles de Taizé-Aizie, Montizon, Champlaurier, Combiers, Lamothe, Pontrouchaud, et Pierrepensue.

La forge de Taizé-Aizie, ou de Ruffec, est la plus considérable, la mieuxorganisée, celle où il se fabrique le plus de fer, et où il est d’une meilleure qualité; un des grands avantages de son exploitation est la facilité de se procurer à très bon compte tout le bois qu’elle peut consommer.

Cette forge est située sur la Charente, dans la commune de Taizé-Aizie, arrondissement de Ruffec. Elle comporte une fonderie et une affinerie. La fonderie estcomposée de deux hauts fourneaux dans la même masse; il n’y a en ordinairement qu’un en activité, quoiqu’on puisse les y mettre tous deux à la fois. L’eau est si propice, que l’on fond tant que le creuset peut résister, ou tant que l’on fond à profit. Cette fonderie fait ordinairement 3,000 quintaux métriques de fonte par an, qui ne sortent pas de l’établissement, et servent à alimenter ses affineries. Elle tire ses mines dans le territoire même sur lequel elle est établie, de Charroux et de Civray (Vienne), et paye un droit de champ aux propriétaires des minières. Ces mines ne sont pas très riches, et ont peine à rendre un tiers; mais elles donnent de très bonne fonte. La castine provient aussi de la commune de Taizé-Aizie, et le maître de forge paye un droit d’extraction. Six ouvriers sont employés au fondage, savoir: deux gardes, deux chargeurs, un arqueur et un boqueur. Les deux gardes conduisent l’ouvrage, travaillent au creuset, dirigent le vent, font les moules des gueuses et des ustensiles, coulent, et avertissent les chargeurs quand le fourneau a besoin d’être chargé. Le premier chargeur est celui qui a la direction de la charge, qui met tout ce que le creuset peut et doit dissoudre; il doit connaître la charge en mine et castine que peut dissoudre un creuset par les scories qui en sortent, et ne variant jamais la charge de charbon, augmenter ou diminuer de mine ou de castine, suivant la force ou la faiblesse de ce dernier. Le second chargeur aide au premier à porter les charges; mais comme subordonné, il n’a aucune responsabilité. L’arqueur est celui qui fait les charges de charbon; il doit avoir l’attention de les faire toutes égales, et d’en extraire la braque et le frasis. Le boqueur enlève les scories qui sortent du creuset, prépare les terres pour la tuyère et les creusets, mène le sable nécessaire pour les moules de gueuses, graisse les cames, tourillons, etc. Tous ces ouvriers travaillent ensemble au moment de la coulée, qui se fait toutes les douze ou vingt quatre heures, selon la volonté du maître de la fonderie.

L’affinerie de la forge de Taizé-Aizie est composée de deux grandes affineries et d’une petite. Il n’y a que deux marteaux. Les deux grandes affineries travaillent à rechange et occupent chacune six ouvriers; la petite n’en occupe que trois. Ces ouvriers sont tous logés et payés par mois, sur le pied de 55 ou 60 francs. Les trois maîtres marteleurs ont 5 francs de plus que les autres, mais ils sont obligés de faire aller la machine quand elle est dérangée, et de pourvoir à l’entretien des outils propres à la fabrication; ils sont aussi tenus de tirer les pelles à minuit, du dimanche au lundi, et de les fermer le samedi à pareille heure, à moins d’inconvénients.

Les fers qui sortent de cette forge s’emploient dans le département de la Charente, où sont dirigés dans ceux de la Charente Inférieure, de la Vienne et des Deux-Sèvres.

S’il arrive quelque fois que par la baisse de l’eau on soit forcé à ne faire qu’un ou deux feux, surtout si à cette époque le fourneau est en activité, alors tous les ouvriers sont réunis à ces deux ou à ce seul feu, travaillent tour à tour, et ont toujours le même salaire.

Les grosses réparations sont à la charge du propriétaire, et les petites sont à celle du  fermier. Au lieu de pierres, pour les ouvrages du fourneau, on se sert de briques de quinze pouces de long sur huit de large et deux et demi d’épaisseur. Il est constant qu’elles résistent plus longtemps à la chaleur que les pierres.

Détail des dépenses et des produits de la forge de Taizé-Aizie. Fourneaux

15,000 quintaux métriques de mine, à 1 fr ……………………………… 15,000

3,000 brasses de bois, à 12 fr. 50 c 45,750

2,000 quintaux de castine, à 1 fr…………………………………………… 2,000

Salaires des deux gardes et du premier chargeur, à 700 fr ……….. 2,100

Salaire du second chargeur, à 600 fr. ; de l’arqueur, à 550

du boqueur, à 500 f………………………………………. 1,650

Brique et construction de l’ouvrage ……………………………………… 400

Salaire du souffletier, graisse, huile, etc ……………………………….. 350

Total ………………………………. 67,250

Le produit présente 3,000 quintaux métriques, à 25 fr 75,000

Bénéfice sur les fourneaux …………………………………………………. 7,750

Affineries

Salaire de douze forgerons, à 540 fr. ……………………………………. 480

Salaires de trois autres forgerons, à 600 fr. ……………………………. 1,800

3,500 brasses de bois, à 12 fr……………………………………………….. 42,000

3,000 quintaux métriques de fonte, à 25 fr…………………………….. 75,000

Prix de ferme …………………………………………………………………….. 12,100

Patente et imposition ………………………………………………………….. 1,400

Entretien des usines, bâtiments, graisse, etc…………………………… 1,500

Total………………………………..140,280

Le produit présente 1,650 q.m. de fer en barre, à 66 f……………… 108,900

500 quint. de fenderie, à 76 fr ………………………………. 38,000

Bénéfice sur les affineries…………………………………………….. 6,620

Nota: Il y a pour toutes les fonderies ci-dessus un gardeur en chef, qui ne travaille que lorsque tous les gardeurs qu’il a sous lui sont placés, ou qu’il ne peut remplacer celui qui tombe malade par d’autres que par lui même. Les maîtres des fonderies lui font savoir le jour qu’ils veulent mettre au feu et lui demande des ouvriers qu’il fait rendre à jour fixe.

C’est le fondeur en chef qui se transporte ordinairement en été dans toutes les fonderies qui l’emploient pour y construire l’ouvrage des fourneaux; c’est lui même qui place toutes les pierres du creuset, après qu’il les ai fait tailler devant lui. Le maître de fonderie, le nourrit à sa table pendant qu’il fait l’ouvrage ou qu’il vient visiter les fondeurs, en lui donnant une rétribution de 50 centimes par jour de fondage.

Outre leur salaire, les gardeurs sont payés pour tous les ustensiles de forge qu’ils coulent, comme enclumes, marteaux, vormes, fonds, plaques, empoises…Les moindres sont fixés à 50 centimes. Les plus forts à 3 francs; les autres ouvriers n’y ont point de part; les deux gardeurs ont aussi le droit de raccommoder des pots, si le maître de forge ne veut pas le souffrir, il leur paye 60 fr. d’indemnité.

Environnement et agriculture

D’après “Observations sur l’Etat Statistique de l’Arrondissement de Ruffec”. du Sieur Mimaud, Sous-Préfet de l’Arrondissement, en date vraisemblablement de 1802.

(Archives de la Charente: 6 M 667.)

Au chapitre “rivières”, il est fait mention de la Lizonne qui prend sa source à Messeux(au Bouchage de nos jours) et se jette dans l’étang de la forge. Cet étang devait être important car plus loin à la rubrique température, il est dit: “L’air dans l’arrondissement est en général très sain, excepté dans la commune de Taizé-Aizie située sur l’étang de la forge.”

“Les petites rivières (dont la Lizonne) ont été dépeuplées pendant la révolution. La Charente, seule, est encore poissonneuse, on y trouve des carpes, des brochets, des truites, des perches, des tanches, des brèmes, des barbots, des chabots (chevesnes), des rougets (gardons), de  coursies (vandoises), des goujons, des hables ?, des loches, des écrevisses, des anguilles. Ces différentes espèces de poissons sont en général excellentes.”

Vient ensuite l’énumération des terres “de toutes espèces” : prés naturels, bruyères, landes, coteaux, terres incultes, terres à craye, sablonneuses, pierreuses, les bois futaye, les bois taillis, les marais à rouche, les marais à lin, chanvre et légumes et les étangs toujours en eau. La superficie pour chaque catégorie est exprimée en journaux.

“La température est douce, l’hiver et l’été ne durent qu’environ un mois, et le froid et la chaleur sont très supportables, mais le printemps est sujet à des variations désastreuses depuis environ trente ans. On éprouve annuellement dans les mois d’avril et de may des gelées qui emportent toujours une grande partie des raisins, des fruits et dans le mois de juin des fraîcheurs qui occasionnent la coulure, plus fâcheuse encore que la gelée.”

“La population, en 1802, aurait augmenté environ d’un vingtième par rapport à 1789, malgré qu’un grand nombre d’habitants ait péry dans la guerre de la liberté. On croit devoir observer aussi qu’à l’égard des états de la population de 1789, une partie des maires qui les ont fournis étaient à cette époque étrangers à leur commune, et que la plupart des autres n’avaient ni le zèle, ni l’intelligence qui pouvait garantir l’exactitude de ces états.”

“Les hommes sont dans cet arrondissement, petits, rabougris, leur taille ne dépasse pas en général cinq pieds (1,65 m). On attribue cette dégradation à la culture de la vigne et du maïs à laquelle les hommes se livrent dès l’âge de 12 ans. Cette culture se faisant au pic, et obligeant le cultivateur d’être toujours courbé vers la terre, ce qui doit nuire au développement des organes et à son accroissement. Quant à ses mœurs, il était en  1789, paresseux, maraudeur et fripon: ces vices se sont renforcés depuis, surtout chez la génération récente qui n’a reçu aucune éducation religieuse. En rétablissant le culte et l’autorité paternelle et en portant des lois sévères contre le brigandage, le gouvernement a pris de sages mesures pour rétablir la morale. Mais une cause d’immoralité, que la religion et la loi ne peuvent remédier, a sa source dans la nature. C’est que l’équilibre qui existait entre les deux sexes paraît rompu. Les mariages institués pour prévenir le libertinage et la débauche deviennent plus rares et leur rareté doit ramener des désordres.”

“L’agriculture s’est beaucoup étendue depuis trente ans. Une grande partie des terres qui étaient alors en friche est aujourd’huy cultivée: cette augmentation est due principalement à l’augmentation du prix des grains et à l’aisance que la révolution a procuré aux petits propriétaires”. Le sieur Mimaud poursuit en regrettant que les agriculteurs préfèrent deux petites récoltes à une grosse, en refusant d’adopter le système des jachères. Les terres sont épuisées et les rendements médiocres. Vient ensuite l’énumération par catégories de céréales, des rapports entre le poids de grains semés et le poids récolté. Nous trouvons les chiffres moyens ahurissants de 1 pour 3 ou 4. alors qu’en 1996 nous atteignons en moyenne 1 pour 35.

Le Sous-Préfet pense que les petits propriétaires n’ont ni les moyens, ni l’intelligence des gros propriétaires qui préfèrent la méthode la plus économique, celle de faire valoir leurs terres par des métayers.

“Il n’y a que très peu de vignes car il est d’usage d’en planter uniquement dans les terres arides où l’on ne peut ensemencer en grains. La production est consommée sur place.

Le surplus est converti en eau de vie qui est expédiée à Paris. Les vins rouges sont de peu de qualité, mais les vins blancs sont bons.” Plus loin le rédacteur déplore que certains propriétaires arrachent un rang de vigne sur deux pour faire travailler la terre par des boeufs.

“Les montagnes du Cantal fournissent les boeufs nécessaires à la culture. Le département de la Vienne en fournit aussi quelques uns mais ils ne valent pas ceux de la montagne qui supportent mieux le changement de climat. C’est dans le mois de vendémiaire (septembre-octobre) que les auvergnats viennent les vendre alors qu’ils ont sept à huit mois. A 2 ans, ils commencent à labourer”.

De ce temps là, la région produisait à peine le fourrage destiné aux bœufs de travail, aussi, il y a avait peu de vaches.

“Nulle part ailleurs que dans cet arrondissement, les bêtes à laine ne peuvent être plus négligées. Elles sont mal nourries, quand elles se portent bien, mal soignées quand elles sont malades, et mal logées. Leurs étables sont partout trop basses, trop petites et trop chaudes pour le nombre qu’on y entasse. Le mauvais air qu’elles y respirent occasionne presque tous les ans des épizooties qui enlève une grande partie du troupeau”. Le sieur Mimaud précise que dans ces conditions, il ne sera jamais possible dans notre région de naturaliser les brebis d’Espagne! Par contre, il serait possible de croiser les brebis du pays avec celles de Poitou afin d’améliorer la race. La laine est alors plus fine, plus longue et plus épaisse.

“Il n’y a point de haras dans la région. Les chevaux sont achetés dans le département des Deux-Sèvres. Les juments poulinières servent uniquement à produire des mulets. Les cultivateurs préfèrent cet animal parce qu’il est d’une éducation moins susceptible d’inconvénients que le cheval, d’une santé plus robuste, d’un entretien moins dispendieux.”

“Les cochons ne sont pas l’objet de commerce parce qu’il n’y a point de forêt pour les nourrir. On en élève que pour la consommation.”

“Les chèvres se sont extrêmement multipliées depuis la révolution. Il serait à désirer qu’on restreignit d’une manière quelconque la liberté illimitée d’en avoir.”

“Le nombre des ânes est très considérable. C’est la voiture des pauvres et ils sontnombreux dans l’arrondissement.” !

D’après le Sous-Préfet, les agriculteurs seraient aussi mal lotis que les bêtes à laine.

“La maladie la plus fréquente doit être attribuée à l’insalubrité de leur logement qui n’a que la terre pour plancher et ne reçoit d’air que par la porte. C’est là qu’ils rentrent le corps en sueur,  le froid les saisit, la transpiration se supprime, ce qui est la cause de fièvres et de pleurésies qui se terminent par l’indropisie et la mort.”

G. Bergeon.

Suite : Aux habitants de Taizé-Aizie