"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a Cent Ans…

Juin 1917

- 5.06.1917. Italie : la 10e bataille d'Isonzo, commencée le 14 mai, s'achève sans succès pour les Italiens.
- 6. 06.1917. Paris, débat à la Chambre : «La paix n'est possible que si l'on obtient la restitution de l'Alsace-Lorraine. ››
- 7.06.1917. Début de la bataille des Flandres : attaque des charsanglais.
- ll.06.1917. Chine : dissolution du Parlement par le président Li.
- 12.06.1917. Grèce : le roi Constantin abdique sous la pression des Alliés. C'est son deuxième fils, Alexandre, qui lui succède.
- 12.06.1917. Grèce : E. Vénizélos revient au pouvoir comme président du Conseil et déclare la guerre à l“Allemagne, l'Autriche-Hongrie, la Bulgarie et à l'Empire ottoman.
- 15.06.1917. USA : loi sur l'espionnage. De lourdes sanctions seront infligées à ceux qui gênent les actions de guerre ou aident l'ennemi.
- 16.06.1917. Russie : ouverture du premier Congrès panrusse des soviets : Lénine y déclare que les bolcheviks visent à saisir seuls le pouvoir : c"est 'hilarité
générale dans la salle.
- 16.06.1917. Allemagne : épidémie devariole dans le Nord. On déplore 200 morts.
- 17.06.1917. Sortie du court métrage de Charlie Chaplin «l’Émigrant ››.
1-9. Grande-Bretagne : la Chambre des communes
accorde le droit de vote aux femmes de plus de 30 ans
(-› 9.12.l928).
-19.06.1917. Russie : constitution du premier bataillon de femmes engagées volontaires.
- 26.06.1917. Saint-Nazaire : les premières troupes américaines débarquent.
- 29.06.1917. Kiev : proclamation de la République autonome d`Ukraine par Vinnichenko et Simon Petlioura.

NAISSANCE
- 14.06.1917. Gilbert Prouteau, écrivain et cinéaste français.

Source : « Chroniques du XXème siècle – Larousse..

Aizie-Baronnie

V

AIZIE BARONNIE

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De l’ancien « château d’Aizie, bâti sur une éminence au-dessus de la Charente, entouré de douves du côté où le terrain n’est pas escarpé, il ne reste qu’une portion de muraille de huit mètres environ en petits moëllons noyés dans le ciment. il doit remonter aux premiers temps de l’époque féodale (a). » Son site et sa position sur les confins de l’Angoumois et du Poitou se prêtaient bien à la construction d’une forteresse chargée de surveiller les rives de la Charente et surtout le passage de l’ancienne voie romaine de Saintes à Charroux, qui traversait la Charente au pied de ce coteau. On ne sait rien de son origine et de sa fondation.  » Longtemps Aizie fut un fief indépendant de Ruffec. Ces deux fiefs, distincts, séparés, pourvus chacun d’une moitié de justice , formèrent deux seigneuries égales en dignité, dit Beauchet-Filleau (b). »

(a) Michon: Statistique monumentale de la Charente, p. 208.

(b) Beauchet-Filleau: De Ruffec à Niort, p. 17.

On voit, par des titres qui remontent jusqu’au XI° siècle, que Ruffec joignait à un château-fort la moitié des droits de châtellenie et de justice sur ce que l’on appelait la châtellenie de Ruffec; l’autre moitié était possédée sous le même nom de châtellenie de Ruffec par le seigneur d’Aizie, château sans forteresse à une lieue de Ruffec. Bien que cette châtellenie de Ruffec appartint au seigneur d’Aizie, la justice et le fief d’Aizie ne dépendaient en rien de la seigneurie de Ruffec; chaque seigneur avait ses vassaux, ses officiers de justice particuliers, rendant la justice au nom de leur seigneur; nulle trace de l’origine de cette division, qui paraît aussi ancienne que la formation des fiefs et qui remonte par titres jusqu’au XI° siècle (M. Favraud: Notes rétrospectives sur Ruffec et ses environs, p.67.)

On trouve dans Besly: Evêques de Poitiers (Publié à Paris en 1647), une charte d’Adeline, évêque vivant au commencement du XIe siècle, qui constate ce fait encore justifié par de nombreuses pièces des XIIe, XIIIe et XIVe siècles:  » Cette division ne pouvait venir d’un partage, les fiefs, indivisibles dans l’origine, passaient tous à l’aîné; quand le partage y fut admis, bien postérieurement au temps où ces deux fiefs furent séparés, ce ne fut qu’avec le parage et à la charge de la mouvance des portions paragères de celles du Chemier; point de divisions du même fief sans parage avant l’ordonnance de 1209 (M. Favraud: Notes rétrospectives sur Ruffec et ses environs, p. 67 et 68). « 

En 1588, Anne de Daillon de Ludes, veuve de Philippe de Volvire, qui avait acheté Aizie en 1584, pour obtenir l’érection de la terre de Ruffec en marquisat, dans son exposé au Roi, suppose donc faussement qu’Aizie autrefois fut démembré de Ruffec.

Nous ne savons que peu de choses au sujet des premiers seigneurs d’Aizie. M. Favraud, dans ses Notes rétrospectives sur Ruffec et ses environs, dit (p.9) : 1283, Guillaume Chenin, seigneur d’Aizie, vend aux habitants de Ruffec des droits de vinage et de charnage (51) qu’il avait en leur ville, et (p.68) « 1283, Guillaume Chenin, seigneur d’Aizie, vend aux habitants de Ruffec ses droits de jarriages (52) de marchés (le seigneur de Ruffec continue à toucher sa moitié). »

 » 1394, Germain Chenin vend à Ithier Mareuil sa seigneurie d’Aizie et les fiefs qui en dépendent. »

Ne faut-il pas lire Martreuil (a) au lieu de Mareuil et cet Ithier Martreuil serait-ce Ithier Martreuil qui fut évêque de Poitiers de 1395 à 1405 et chancelier du duc de Berry?

A la date du 31 octobre 1413, Dom Fonteneau cite un don d’héritage fait à l’abbaye de Nanteuil-en-vallée par Guillaume, seigneur de Martreuil (b), Ezie et Ruffec en partie

(a) L’antique famille de Martreuil avait son berceau près La Trimouille (Vienne). Ceux d’Aizie n’étaient qu’une branche cadette probablement établie dans ce pays. Ils portaient « d’or fretté de sable. »

De ces Martreuil, on cite: Ollivier de Martreuil, à qui le roi Charles avait donné en 1369 la charge de trésorier de Saint-Hilaire-le-Grand (Poitiers). On désigne cet Ollivier de Martreuil comme doyen d’Antun en 1378.

Vers cette même époque on trouve Flamand de Martreuil professeur à la sorbonne, dont les leçons furent frappées d’interdit par l’Université. Le pape, le roi, la reine et quelques cardinaux s’entremirent et il reprit ses leçons le 28 février 1387.

(b) Dans le procès-verbal de délivrances à Jean Chandos (Anglais) (53) des places françaises abandonnées par le traité de Brétigny, à la date du 25 octobre 1361, on trouve cité un Guillaume de Martreuil prêtant serment d’obéissance à Ruffec en même temps que Jean de Montarembert, Jean Jay, Gui de la Roche et Pierre de Rechignevoisin.

Le P. Anselme cite un Guillaume de Martreuil, seigneur d’Aizie et de la moitié de Ruffec, dont la fille, Jeanne de Martreuil, veuve de Antoine de Vivonne, épousa vers 1435, Aymard de La Rochefoucauld, seigneur de Sainte-Maure, Nouastre.

Cette Jeanne de Martreuil, la dernière du nom des Martreuil, coseigneurs d’Aizie, était veuve de Antoine de Vivonne, seigneur de Bougouin et d’Itheuil, décapité le 8 mai 1427, pour avoir entrepris de se saisir du roi Charles VII, en arrêtant son favori, Georges de la Trémouille, quand elle épousa Aymar de La Rochefoucauld, seigneur de Montbazon, Sainte-Maure, Nouastre, etc., en 1435.

Jeanne de Martreuil, fille de Guillaume de Martreuil, descendait, par sa mère, Marie d’Argenton (a), dame de Hérisson, Gascougnolles, Crémille, Tillou, de l’antique famille d’Argenton, seigneurs d’Hérisson.

(a) D’après le Dictionnaire historique et généalogique des Familles du Poitou, Jean d’Argenton, chevalier, seigneur d’Hérisson, fils puîné de Guy et de Philippe de la Carrie, épousa vers 1330 Jeanne du Plessis, dame de Crémille,  près Saint-Loup. Il avait rendu le 4 juin 1348 à Guillaume, l’archevêque seigneur de Parthenay, l’aveu du vieux chastel et haute justice de Leigné (D.F.). Amery d’Argenton, son fils? chevalier, seigneur de Hérisson et de Crémilles, livra le 1° novembre 1361 la ville de Parthenay à Jean Chandos, comme mandataire du sire de Parthenay. Il fut l’un des signataires du traité de Surgères (15 décembre 1372) souscrit par les principaux barons poitevins….De son mariage avec Mathurine Cherchemont, fille de Guillaume, chevalier, seigneur de Venours, et de Catherine Lupsault, il eut: (a) Jean d’Argenton, chevalier, seigneur de Hérisson, Gascougnolles, Crémilles; (b) Louis, qui servait comme chevalier bachelier dans la compagnie de M. de Thors, qui fit montre à Poitiers le 1° août 1387. Le 27 février 1389, il rendait aveu à la duchesse d’Anjou, comme baronne de Mirebeau, de son hébergement du Breuil de Rochefort qu’il possédait du chef de Charlotte de Melle, sa femme, dame de la Mothe-Chalendray, soeur de Maingot de Melle, chevalier seigneur de Gascougnolle. Ils eurent pour fille unique, Marie, dame de Hérisson, de Gascougnolle et de Tillou, mariée (en secondes noces) à Guillaume de Martreuil, seigneur d’Aizie.

Aymard de La Rochefoucauld, époux de Jeanne de Martreuil, était le fils cadet de Guy VII de La Rochefoucauld, dont Vigier de la Pile a écrit: « fils de Emery de la Rochefoucauld, grand et renommé seigneur qui fut de ceux qui premiers se rendirent au roy Charles Ve et quictèrent le party des Anglais…épousa Marguerite, fille de messire Guillaume de Craon, seigneur des « quatre quintz » (54) de Chasteau-neuf et de Jarnac, aussi seigneur de Montbazon, Marsilac et Sainte-More, duquel de Craon, il acquit Marsilac pour neuf mil escus et les quatre quintz de Chasteau-neuf pour deux mil livres, il acquit aussi les seigneuries de Montignac et Thourriers, de Péronnelle vicomtesse de Thouars. Il eut un frère qui épousa l’héritière de Barbezieux. Ce Guillaume de Craon eut un fils nommé Jean et une autre fille nommée Jeanne qui fut mariée avecques messire Loys Chabot, chevalier, venu de l’ancienne maison des Chabots en Poictou; mais Jean mourut sans hoirs et par celuy succédèrent ses soeurs, savoir: l’aînée à Montbazon et Sainte-More et Jeanne à Jarnac (a). »

(a) Vivaient aussi de ce temps là, Guillaume, fils de Bertrand, sieur de la Rocheandric; messire Irvoix, sieur de Ruffec, fils de Guillaume, qui laissa une seule fille nommée Aliénor, que espousa messire Hervé de Volluire, chevalier; Geoffré, sieur de Mareuil, de Villebois, d’Angeac et Vibrac, fils de messire Raymond; messire Regnauld de Thouars, fils de Milles, seigneur de Chabanais et Confolant. »          (Vigier de la Pile)

Aymard de La Rochefoucauld (fils cadet de Guy VII), en vertu de son mariage avec Jeanne de Martreuil, rendit « hommage d’Aizie et de la moitié de Rouffiec au comte d’Angoulême le 14 avril 1436 ».

Cet hommage (Parchemin des archives nationales, 313 p.), qui établit très bien la distribution des fiefs d’Aizie et de Ruffec, débute ainsi: « A tous ceulx qui ces présentes lettres verront et orront, Je Aymar de La Rochefoucauld, chev., seigneur de Montbazon, chambellan du Roy, notre Sire, salut!

Sachent tous que je ledit Aymar de La Rochefoucauld, chev., seigneur susdit de Montbazon et d’Aizie et de Rouffiec en partie, ay et tiens et moy avoir et tenir en ces escripts tant pour moi que pour mes subgés à cause de Jeanne de Martroil, ma femme, dans lesdits lieux de Montbazon et d’Aizie, publiquement confesse avoir et tenir de très haut et puissant prince Monseigneur le comte d’Angoulême, à cause de son chastel, comté et ressort d’Angoulême à hommage lige, au devoir de dix soulx, monnoie courante payant et rendant à nuance de Seigneur et de home, toutes et chacunes les chouses cy dessous déclarées: C’est assavoir: mon chastel d’Aizie ensemblement avec les appartenants et dépendants d’iceluy et avec la moitié par indivis de toute haulte, moyenne et basse justice mixte et impère estant et restant en la ville, chastellenie et ressort appelé Rouffiec, à moy appartenant à cause de mon dit chastel d’Aizie, tenir par indivis la moitié de toutes les haultes, basses, moyennes justices mixtes et impères appelées Rays et Empuré, ainsi que la main côme par les fins et mettes desdites jurisdictions pu apparoir plus à plain, avecque la moitié de tous les droits, revenus, prouffiz et émoluments quelconques appartenant auxdits indivis, lesquelles chouses à moy appartiennent à cause de mon chastel d’Aizie et d’ancienneté. Item la moitié par indivis de tous les prouffiz soubvenants chacun an ès foires, marchés et chacun an quand le cas y advient et ès ventes, péages et autres chouses à yceux appartenants lesquieulx se trouvent et ont accoustumé tenir et doivent en madite ville de Rouffiec et dehors quelconques environs et à Bouïn et à Beaumont et ailleurs dedans les fins et mettes dessus dites, à moy appartenant comme dessus dict est. Item mes garennes, colombiers, molins, ayves, prés, bois, cens, rentes en bleds, deniers, poulailles, droit de vigerie (55) avecque plusieurs chouses que mes susdits subgés tiennent de moy à cause de mondit chastel et chastellenie, tant en la chastellenie de Civray que ailleurs environ, cy dessoulx nommées et spécifiées et déclarées…(Suit l’énumération de ces diverses redevances).

Le 30 juillet 1436, ce même Aymar de La Rochefoucauld, comme seigneur d’Aizie en vertu de son mariage avec Jeanne de Martreuil, reçut aveu et hommage de Jean de la Paizière varlet, pour un hébergement sis à Villegast (Archives de la Vienne, Commanderies H3; commanderie de Villegast.)

C’est à cette Jeanne de Martreuil, dame d’Ezie et de Ruffec en partie, veuve d’Aymar de La Rochefoucauld, dame de Montbazon, Ezie, Nouastre, que fut rendu le 7 juin 1456, le dénombrement suivant du fief des Roussières (La copie authentique de ce dénombrement se trouve parmi les papiers de la famille A. de G.)

Sachent tous que je Guyot, Dalouë (a) escuyer, ayes tiens et confesse avoir et tenir, tant pour moi que pour mes personniers, de noble et puissante dame Madame Jeanne de Martreuil, dame de Montbazon et d’Aizie a cause de son château d’Aizie à foy et hommage plain à dix sols de devoir à payer à mouvance de seigneur et d’homme les chouses qui s’ensuivent. C’est à savoir mon terroir vulgairement appelé les Roussières ainsi qu’ils se poursuivent et comportent et que mes prédécesseurs ont accoutumé de tenir et exploiter, estimé ledit terroir à quatre cents journaux de terre peu plus peu moins, et joint ledit terroir; d’une part: au chemin qui vat de Villegast au gué de Barro jusqu’à la croix monande; et d’autre part le long du chemin venant de ladite croix tout au long ainsi que l’on vait de Verteuil à Ruffec et à l’horme appelé l’horme Soreau; et dudit horme tout le long du chemin qui vat d’Aiguependant à Villegast, tirant au chemin appelé chemin de la chaussée, ainsi que départ ung terrier qui est et fait la départie des terres de madite dame appelées les terres de Martreuil et aux terres du commandeur de Villegast et aux terres dudit Martreuil. Suppliant à ma dite dame et ledit Guiot Dalouë susdit que si elle fait que j’aye aucunes chouses obmis, erré ou oblié ne laisse en celui féage des chouses contenues en iceluy, d’avoir trop mis ou poy (peu), qu’il lui plaise à moi adresser et enseigner et je lui promets de moi en corriger au plustout qu’il viendra à ma notisse et cognoissence et en témoins desquelles chouses je, ledit Guiot à ma dite dame donne et octroye ces présentes lettres scellées du scel de quoy trouvse aux contrats à Chiefboutonne pour noble et puissante dame Madame dudit lieu à ma prière et instances.

Aux quelles lettres nous Louis le Mestayer, escuyer, garde dudit scel à la supplication et requête dudit Guyot et à la féal et béal relation du notaire cy dessouls escript ledict scel avons mis et apousé en tesmoing de vérité.

Donné et fait le 7° jour du mois de juin 1456.

(a) Ce Guyot d’Allouë est le premier des d’Allouë seigneurs du Breuil Coeffault (paroisse de Hanc); il était frère (cadet?) d’André d’Alloue, de la branche des Adjots; il servait au ban d’Angoumois en 1467, en homme d’armes. Il épousa Catherine de Saxier (appelée ailleurs de Facier, Dessaer, Dexmier) dont il eut plusieurs enfants, dont Jean, qu’on verra plus loin et Egyptienne, mariée à Jean Jay, écuy., seigr de Villeneuve, le 12 novembre 1479, d’après Beauchet-Filleau.

On peut déduire de ce document qu’en 1456, le château d’Aizie subsistait encore.

D’après le P. Anselme et les généalogistes de la famille La Rochefoucauld, Jeanne de Martreuil aurait eu quatre enfants de Aymar de La Rochefoucauld:

1° Jean de La Rochefoucauld, seigneur de Montbazon, Sainte-Maure, Ezie et Nouastre, qui fut chambellan du roi Charles VII; épousa Isabeau de Sainte-Maure et mourut sans postérité en 1475 (ou plutôt en 1465).

2° Françoise de La Rochefoucauld, qui épousa Jean d’Estouteville, seigneur de Torcy, grand maître des arbalétriers de France, mort en 1478 sans postérité. Sa femme fut dame de Montbazon par héritage; elle ne mourut que le 14 septembre 1494.

3° Guillemette de La Rochefoucauld, qui épousa Guy de La Rochefoucauld, seigneur de Montendre, sénéchal d’Angoumois, qui mourut sans postérité en 1474.

4° Jeanne de La Rochefoucauld, qui devint dame de Montbazon, Sainte-Maure, Ezie et Nouastre après la mort de son frère et de ses soeurs. Elle avait épousé Jean du Fou, premier échanson du roi Louis XI (a).

(a) Du Fou, famille noble de la Bretagne dont une branche habita le Poitou aux XVe et XVIe siècles. Plusieurs de ses membres ont occupé des charges importantes et possédé des fiefs considérables. Ils ont fait élever les châteaux du Fou et de la Gruzalière et la chapelle St-Anne à N. D. de Poitiers.Branche du Fou:

1° Jacques du Fou, écuy., seigneur de Rustephan Nizon (Finistère), servait en 1426 dans les armées du roi Charles VII.

Il eut entre autres enfants: (a) Jean, chev., seigneur de Rustephan, Nouastre, Monbazon, Sainte-Maure en Touraine, Hérisson, Leigne (1467) dans la Gâtine Parthenaise…conseiller et chambellan du Roi, capitaine de Cherbourg, il était premier échanson du roi Louis XI et grand échanson de France sous Charles VIII. Marié à Jeanne de la Rochefoucauld, fille d’Aymard, chevalier, seigneur de Monbazon, Sainte-Maure, et de Jeanne de Martreuil, dame de Hérisson, il en eut Renée, dame de Montbazon et de Sainte-Maure, mariée d’abord à Guillaume de la Marche, seigneur de Lunaire, puis à Louis de Rohan, seigneur de Guéménée;

(b) Yvon du Fou qui fut gouverneur d’Angoumois et fit bâtir le château du Fou et la chapelle Sainte-Anne, où il est enterré avec son épouse Catherine de Vivonne, à Poitiers (église N. D.);

(c) Raoul du Fou, qui fut évêque de Périgueux, puis d’Angoulême, puis d’Evreux (mort en 1510).

Les Du Fou portaient comme blason: « D’azur à la fleur de lys d’or sommée de deux éperviers affrontés perchés sur les branches, » dit M. l’abbé de C.

(D’après le Dictionnaire généalogique et historique de M. Beauchet-Filleau).

Renée Du Fou, la fille unique de Jean Du Fou et de Jeanne de La Rochefoucauld, ses oncles et tantes étant tous morts sans postérité, vit les biens de son grand’père, Aymard de La Rochefoucauld, et de sa Grand’mère, Jeanne de Martreuil, revenir à sa mère, Jeanne de La Rochefoucauld, fille la plus jeune de Aymard de La Rochefoucauld et de Jeanne Martreuil; et à la mort de sa mère, les seigneuries de Montbazon, Aizie, Nouastre, Sainte-Maure étant devenues sa propriété, elle les porta à la maison de Rohan en épousant Louis de Rohan seigneur de Guéménée.

Le P. Anselme dit que Jeanne de Martreuil vivait encore en 1467; c’est peu probable.

Aux archives de la Vienne (H3, nos 991 et 992) on trouve deux hommages, (56) l’un du 3 septembre 1457 et l’autre du 9 avril 1463 fait à Jeanne de Martreuil, dame de Montbazon, Aizie, Martreuil et de la plupart de la ville et châtellenie de Ruffec; elle vivait bien à cette époque, mais elle a du mourir peu après et avant 1467, à moins qu’elle n’ait fait abandon de ses biens à cette époque, car aux archives nationales à Paris (313 p.), on trouve un hommage d’Aizie et de la moitié de Ruffec rendu au comte d’Angoulême le 14 avril 1465, par Jean d’Estouteville, chevalier, seigneur de Torcy, Montbazon, Aizie et Martreuil à cause de sa « bien aimée Françoise de la Rochefoucauld » son épouse. De plus, aux archives de la Vienne (H3, nos 991 et 992) on trouve un accord du 22 juillet 1465, intervenu entre Jehan Lemoyne, commandeur de Villegast et les seigneurs d’Aizie.

Ces pièces prouvent qu’au 10 avril 1465, Jean d’Estouteville, héritier de Jeanne de Martreuil, était en possession d’Aizie, mais peut-être pas sans contestation, puisque à la date du 23 juillet de la même année, il y a aveu au château qui à cette époque paraît indivis entre Jehan d’Estouteville et ses beaux-frères.

M. l’abbé de C…. dit que dans la généalogie d’Aymard de la Rochefoucauld et de Jeanne de Martreuil, on a omis une fille: Marguerite, mariée vers 1465 à Charles de Crussol, seigneur de Deandiné, bailly de Velay en 1462 et dont elle n’eut pas d’enfant.

M. l’abbé de C… établit son affirmation sur les preuves suivantes:

1° Un hommage rendu le 11 octobre 1467 à noble et puissante dame, madame Marguerite de la Rochefoucauld, dame d’Aizie, de Martreuil, Puyregnies et la plupart de Ruffec, par Bruigné Caillaud, héritier de Maurice de la Paizière, son frère utérin (Archives de la Vienne: Commanderies, H3, nos 991 et 992). Cet acte prouve que la seigneurie d’Aizie était passée à cette époque à Marguerite de la Rochefoucauld, épouse de Charles de Crussol, seigneur de Deandiné, lequel décéda peu après.

2° Dans le Dictionnaire de l’Indre-et-Loire (Tome III, page 228), au mot Sainte-Maure, on trouve un arrêt du Parlement de Paris en date du 11 avril 1467 réglant le partage des biens de feu Aymard de la Rochefoucauld, de Jeanne de Martreuil et de feu Jean de la Rochefoucauld, leur fils, époux d’Isabeau de Sainte-Maure.

Noble et puissant seigneur messire Jehan d’Estouteville, chevalier seigneur de Torcy et Xainville, grand maître des arbalétriers de France, époux de Françoise de la Rochefoucauld, fille aînée et principale héritière de ses père et mère et de son frère, réclamait la part principale des fiefs…

Nobles personnes Charles de Crussol, écuyer, seigneur de Deandiné et Jean du Fou, escuyer, seigneur de Rentrenan, 1er échanson (57) du Roi, demandaient la part revenant à leurs femmes…

L’arrêt décida que les seigneuries de Nouastre, Miesse-du-Faon, Aizie, Hérisson, Illiers, Crémille, Saint-Maixent, la Saisine, la Libordière, Maurevert, seraient la part des filles cadettes. C’est alors que par partage Aizie passa à Marguerite de la Rochefoucauld et qu’elle reçut à cause d’Aizie un hommage de Bruigné Caillaud, héritier de Maurice de la Paizière, pour un hébergement sis à Villegast le 11 octobre 1467.

Cet hommage (a) prouve que la seigneurie d’Aizie, indivise entre les héritiers de Jeanne de Martreuil en juillet 1465, avait été donnée en partage à Marguerite de La Rochefoucauld, épouse de Charles de Crussol, avant le 11 octobre 1467.

Cette dame étant décédée sans enfants vers 1478, ses biens passèrent à Jean du Fou et au seigneur de Torcy, ses beaux-frères, comme le prouve une main levée de la saisie du fief de la Paizière, faite à la requête du seigneur de Torcy comme seigneur d’Aizie, le 4 juillet 1478 (b).

(a) et (b) Archives de la Vienne: commanderies, H3, nos 991 et 992.)

…..Comme autrefois par devers nous Alexandre Arnault, juge d’Aizie, pour nobles et puissants Messeigneurs de Torcy et de Nouastre, seigneurs du lieu d’Aizie, fut et soit venu vénérable religieux frère Jehan Le Moyne, commandeur de Villegast…lequel nous eu dit…que le 1er jour de juillet 1460, il avait acquis de François Gasteuil, escuyer, le fief et biens immeubles que ledit Gasteuil et ses prédécesseurs avaient accoutumé à tenir par hommage lige à cinq sols d’achaptement de Jean de la Paizière de Grégueilh sous l’hommage que icelui de la Paizière et ses prédécesseurs ont accoutumé tenir de mesdits seigneurs à cause de leur dite seigneurie d’Aizie…

Donné et fait en la ville de Ruffec sous nos seing et scel le 4 juillet 1478.

Le sceau porte un écu losangé avec un franc canton, dit M. l’abbé de C…

A la mort de Jean d’Estouteville ou à la mort de sa femme , Aizie et vingt-cinq autres domaines passèrent à Jean du Fou, seigneur de Nouastre, époux de Jeanne de LaRochefoucauld.

.Jean du Fou vivait encore en 1489, mais il décéda peu après, sa veuve, Jeanne de La Rochefoucauld, dame de Nouastre et d’Aizie, reçut plusieurs aveux et hommages à cette époque (1494, 1496, 1499, 1500) (Archives de la Vienne); elle décéda peu après.

On peut citer en particulier un aveu (papiers de la famille A. de G.) de la terre des Roussières par Jean D’Allouhë (a) :

(a) Deuxième seigneur du Breuil-Coueffault, épousa Jeanne de Parthenay, fille de Jean, seigneur de Maisonnay et de Jeanne Garnier, laquelle étant veuve en 1512, rendait aveu du Breuil-Coueffault à la seigneurie de Mairé-L’Evescault. De leurs enfants, Jacques épousa Marie de Montalembert, fille de Charles et de Charlotte Jay.

Sachent tous que je Jean D’Allouhë, escuyer, seigneur du Breuil-Coueffault, aye, tient et confesse avoir et tenir, tant pour moi que pour mes personniers de noble et puissante dame, madame Jeanne de la Rochefoucauld, dame de Montbazon, Sainte-Maure, Nouastre, Aizie et Martreuil à cause dudit lieu d’Aizie a foi et hommage plain à dix sols de devoir à payer à muance de seigneur et de homme les choses qui s’ensuivent à savoir: mon terroir, vulgairement appelé les Roussières…

(Suit la description du fief des Roussières, cité plus haut).

En témoing desquelles chouses je ledit Jean d’Alloue à ma dite dame donne et octroye ces présentes lettres scellées du scel estably aux contrats en la ville et chastellenie de Ruffec pour noble et puissant sieur monsieur Jean de Volvire, seigneur dudit lieu de Ruffec…

Donné et fait le 5° jour de décembre 1499.

En 1499 également hommage (Archives de la Vienne: Commanderies, H3) du fief de la Paizière rendu par le commandeur de Villegast à Jeanne de La Rochefoucauld, dame d’Ezie.

Renée du Fou, unique héritière de ses père et mère, de son grand-père Aymard de La Rochefoucauld et de sa grand’mère Jeanne de Martreuil, épousa en secondes noces Louis de Rohan. Elle vivait encore en 1526. Son fils Louis de Rohan lui succéda pour Nouastre, Aizie et Montbazon.

Les Rohan étaient encore en possession du fief d’Aizie en 1567, car aux Archives de la Vienne (Commanderies, H3) on trouve à la date du 19 décembre 1567, un hommage rendu par Antoine de Saint-Gelais, commandeur de Villegast à Renée de Rohan, dame d’Aizie, pour le fief de la Paizière.

Le château d’Aizie, cité plus haut, dont l’hommage du 7 juin 1456 fait mention expresse et dont il reste encore des ruines, quand a-t-il été détruit?

Très probablement à l’époque de la rébellion du duc de Berry contre le roi Louis XI.

Jean de Volvire, seigneur de Ruffec, ayant suivi la révolte du duc de Berry, avait entraîné les seigneurs d’Aizie dans cette révolte et alors le château d’Aizie fut détruit par les troupes royales en même temps que le château de Ruffec, vers 1465.

Ou, ce qui parait plus probable, les gendres d’Aymar de La Rochefoucauld et de Jeanne de Martreuil tinrent pour l’autorité royale et alors le seigneur de Ruffec, Jean de Volvire « homme actif et entreprenant, vieilli dans les intrigues, » entré dans la ligue du duc de Berry, s’empressa de détruire le château d’Ezie tenant pour le Roi, avant que les troupes royales ne fussent rassemblées autour de Ruffec.

Ce qui corrobore cette dernière hypothèse, c’est que nous voyons à cette époque les seigneurs d’Ezie obtenir du roi Louis XI des lettres patentes en 1468, permettant aux habitants de Ruffec de fortifier leur ville sous les remparts même du château de Ruffec récemment saccagé. Ne se vengeaient-ils pas ainsi de la destruction de leur château d’Aizie?

D’ailleurs ces propriétaires d’Aizie durent être des partisans fermes de l’autorité royale, car nous les voyons tous occuper un peu plus tard des charges à la cour de France.

Cette châtellenie sans château, les Rohan la vendirent vers la fin du XVIe siècle, en 1584, à Philippe de Volvire. Pour faire ériger la terre de Ruffec en marquisat, il lui fallait quatre baronnies; Aizie et Ruffec relevant de la mouvance d’Angoulême furent mis en avant, ainsi que Martreuil et Empuré qu’il venait d’acheter. En 1588, des lettres-patentes érigèrent la terre de Ruffec en marquisat pour Anne de Daillon de Ludre, veuve de Philippe de Volvire, assassiné par les protestants à Paris en 1586 et enterré dans la cathédrale d’Angoulême.

De leurs huit enfants, Philippe, l’aîné, fut marquis de Ruffec, seigneur de Boisseguin (qu’il acheta vers 1600), Châteauneuf, la Rochecervière, Charmes, etc.; il mourut le 19 août 1604.

D’Aimerie de Rochechouart, il eut plusieurs enfants morts sans postérité, à l’exception de sa plus jeune fille, Eléonore, marquise de Ruffec, dame d’Aizie, de Boisseguin, Empuré, Verrières, Charmé, Martreuil, qui épousa le 17 novembre 1631, François de Laubespine, marquis de Hauterive, de Châteauneuf-sur-Cher, gouverneur de Bréda, mort le 27 mars 1670.

Ils laissaient deux fils et deux filles: l’aînée, Charlotte, eut en partage Ruffec, Aizie, Empuré, Verrières, Martreuil, Charmé, elle épousa, le 12 octobre 1672, Claude de Rouvroy, duc de Saint-Simon, dont un fils, Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, l’auteur des « Mémoires », qui fut seigneur de Ruffec, Aizie, Empuré, Verrières, Martreuil, Charmé, etc…Il épousa Geneviève-Françoise de Durfort de Lorges, le 8 avril 1695. Il bâtit les forges d’Aizie en 1730.

Leur petite-fille, Marie-Christine, épousa le duc de Valentinois; ils vendirent le marquisat de Ruffec et les forges d’Aizie au duc de Broglie, en 1763.

En achetant Ruffec en 1763, le duc de Broglie (58) prit le titre de marquis de Ruffec et de baron des baronnies d’Aizie, Martreuil et Empuré, c’est du moins les titres qu’on lui donne dans une note baptistaire des registres de Taizé-Aizie à la date du 5 avril 1769.

A la révolution qui détruisit même les titres, il ne restait plus grand chose de l’ancien château d’Aizie, car dans l’Etat des biens nationalisés, à Aizie, il n’est même pas fait mention des ruines de ce château. Il n’en subsiste plus aujourd’hui que quelques vestiges. De l’ancien donjon aux proportions vastes, il ne reste, du côté du levant, que la base de la muraille  et des trois tourelles qui y étaient enchassées; au couchant, un pan de muraille de 5 ou 6 mètres d’élévation; au midi, il subsiste encore une portion de l’ancienne muraille; du côté du nord, il ne reste absolument rien.

Sic transit gloria mundi !!!

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