(Acte notarié dressé sur 2 feuillets timbrés, soit 8 pages cousues à fil par le milieu, portant timbres de l’époque, surchargés pour les effacer avec dans l’angle supérieur gauche, autres timbres à la Cérès assise offrant couronne de lauriers de l’an 10 frappé à 75 centimes Rep Fra – Dordogne – démontrant ainsi que le document avait été produit à cette dernière époque). (1)
Aujourd’hui 24ème du mois de mai 1784, après midi au village de Blanchardières, paroisse de Quinsac en Périgord et maison dépendante de l’hérédité de feu Jean Durieupeyroux, dit Maurelières, marchand (2) ; par devant le notaire royal soussigné et présents les témoins ci-après nommés, ont été présents en leur personne, Marie Malavergne (3) veuve dudit feu Durieupeyroux, habitante de la présente maison, d’une part ; et Michel Durieupeyroux, (4) agent d’affaires de Madame la Comtesse d’Aydie (5), habitant au château de La Borie-Saulnier, paroisse de Champagnac de Bel Air, agissant en qualité de cohéritier légitime dudit feu Durieupeyroux, son oncle paternel, d’autre part ;
Lesquelles parties ont dit que ledit Durieupeyroux étant décédé en la présente maison depuis peu de jours pour éviter toutes contestations entre les autres héritiers, ils ont à ces fins convenu de faire faire description et inventaire de tous les meubles et effets laissés par ledit feu Jean Durieupeyroux.
A ces fins, étant dans la première chambre (6) dépendante de ladite succession, sur le requis des sus nommés et accompagné de deux témoins, nous avons premièrement trouvé sur la droite en entrant un coffre fait en menuiserie ferré et fermant à clef de bois noyer de la contenance de 4 setiers ou environ, lequel l’ayant ouvert, il s’y est premièrement trouvé 2 draps de lit, un de brin très fin demi usé, l’autre d’un brin commun presque neuf, et, sur autre 2 draps de lit, l’un de boiradis et l’autre d’étoupe demi-usé, plus 8 draps de lit de toile étoupe à demi-usés ; lesquels, ladite Malavergne a dit et déclaré qu’elle les a fait faire pendant sa société conjugale avec ledit feu Durieupeyroux ; plus enfin s’est trouvé dans ledit coffre 2 draps de lit de toile de boiradis presque neufs que ladite Malavergne a dit lui appartenir comme lui ayant été remis par feu Guillaume Lavergne (7), son père ; n’y ayant autre chose dans le coffre, il a été fermé et la clef remise à ladite Malavergne.
Plus s’est trouvé dans ladite chambre, un second coffre en menuiserie de bois noyer, ferré et fermant à clef et lequel ayant fait ouvrir, il s’y est trouvé 20 livres d’étoupes en écheveaux et pelotons blanchis, n’y ayant autre chose dans ledit coffre que le linge et hardes de ladite Malavergne et les habits de feu Durieupeyroux, lesquels habits consistent en 2 habits complets d’étoffe commune, couleur marron, les vestes, culottes avec 3 gilets, deux desquels sont fort usés et l’autre presque neuf et les habits, vestes et culottes assez bons, plus s’y est trouvé 6 chemises de toile brin fort usées appartenant audit feu Durieupeyroux, plus s’y est trouvé 4 paires de bas de laine à demi-usés appartenant audit feu et enfin un chapeau dudit feu Durieupeyroux assez bon et n’y ayant autre chose dans ledit coffre, il a été refermé et sa clef remise à ladite Malavergne.
Plus s’y est trouvé, une table bois de noyer faite en carré, un tiroir au-dessous, lequel ayant été ouvert, il ne s’est rien trouvé, laquelle table est assez bonne.
Plus s’y est trouvé un châlit de bois de noyer, planché seulement par le bas assez bon, garni de rideau et tour de lit d’étoffe, moitié fil et laine, couleur citron, sur lequel châlit s’est trouvé une toile et un traversin de coutil de marchand garni de plumes de pays du poids de 50 livres avec le coutil à demi-usé.
Plus s’est trouvé dans ladite chambre, un autre châlit de bois cerisier planché par le bas et par le haut de draps de lit fort usés, garni de 3 rideaux, un tour de lit d’étoffe moitié fil et laine couleur citron et du côté de la muraille garni d’un rideau de toile d’étoupe fort usé, ainsi que les autres rideaux, sur lequel châlit il s’est trouvé une toile et traversin de coutil commun garni de plumes de pays de poids de 48 livres avec le coutil demi-usé.
Plus s’est trouvé 2 courtepointes faites de deux draps de lit, chacune fourrée de laine à demi-usée. Dans l’évier de ladite chambre qui est dans le mur du Nord, s’est trouvé 2 seaux avec une cassotte à demi-usée.
Plus s’est trouvé dans ladite chambre un cabinet fait en commode de bois de noyer fait à quatre battants et quatre tiroirs, dans le milieu ferré et fermant à clef avec quatre serrures et clefs ; l’un des battants par le haut des deux petits tiroirs au-dessous et le plus grand tiroir sur la gauche n’ayant aucune serrure, et fermant chacun avec bouton de fer. Ayant ouvert les deux armoires au bas du cabinet, il s’est trouvé dans le premier sur la droite, 2 tamis de crin fort usés, plus une petite cruche à huile de la contenance d’une chopine, mesure de Brantôme, une autre cruche à huile de la contenance de 8 pintes, mesure de Brantôme, dans laquelle il s’est trouvé la même quantité ou environ de 8 pintes d’huile de noix de même mesure. Dans le second étage du bas dudit cabinet, s’est seulement trouvé 1 plat de terre commune. Dans un des plus grand tiroir et celui sur la gauche qui n’a pas de serrure, s’est seulement trouvé deux petits morceaux de lard du poids d’environ une livre et demie. N’ayant autre chose dans ledit tiroir, il a été fermé.
En ayant ouvert le second tiroir sur la droite, il s’est trouvé la somme de 48 livres en 8 écus de six livres, n’ayant autre chose dans ledit tiroir, il a été fermé et la clef remise à ladite Malavergne. Ayant ouvert les deux petits tiroirs, il ne s’y est rien trouvé qui nous est paru devoir être inventorié, lesquels tiroirs ont été refermés.
Ayant ouvert une des armoires du haut dudit cabinet et celui dans le bas à gauche, s’y est trouvé 6 serviettes de toile de brin, deux desquelles sont ouvrées, les autres quatre sont unies, plus 7 draps servant pour la pâte ou essuie-mains de toile d’étoupe servant de même de nappes, le tout à demi-usé. N’y ayant autre chose dans ladite armoire, elle a été refermée, sa clef remise à ladite Malavergne.
Plus avons ouvert la seconde armoire haute du cabinet, il s’y est premièrement trouvé 1 petit plat, 4 petites assiettes et 6 cuillers d’étain commun, le tout du poids de 8 livres et trois quart.
Plus s’est trouvé dans le même cabinet, 3 petites assiettes d’étain commun presque neuves de poids de 3 livres et demi que ladite Malavergne a déclaré qu’elles ont été acquises pendant sa société conjugale. Et n’ayant autre chose dans ladite armoire, elle a été refermée.
Plus s’est trouvé dans la même chambre, 3 pots de fonte de fer, l’un de la contenance de deux pintes, faits en façon de marmite avec son couvercle à demi-usé, l’autre contenant un seau, mesure de forge sans couvercle, assez bon et le troisième contenant deux seaux de forge, aussi assez bon. Ce dernier, ladite Malavergne a déclaré qu’il a été acquis pendant sa société conjugale avec ledit feu Durieupeyroux.
Plus s’est trouvé dans la cheminée de ladite chambre, 2 chenets de fer battu, du poids de 16 livres et une petite mauvaise pelle à feu ; plus s’est trouvé une poêle à frire, une cuiller de fer à tremper la soupe, le tout assez bon.
Plus s’est trouvé dans la même chambre, 1 bassin d’airain contenant environ un seau, assez bon ; plus une petite mauvaise table de bois châtaignier avec cadre dessous, 2 chaises à siège de jonc et une autre chaise faite de bois de noyer et enfin un banc pour s’asseoir à côté de la première table.
Etant monté dans le grenier au-dessus de ladite chambre, accompagné desdites parties et témoins, nous avons premièrement trouvé 10 livres de laine en rame plus environ 1 setier de froment et 3 setiers et demi de blé d’Espagne (8), mesure de Brantôme ; et n’y ayant autre chose dans le grenier, sommes descendus. Et a déclaré ladite Malavergne que depuis le décès dudit Durieupeyroux, elle a fait moudre un setier de froment qui était dans le même grenier.
Et n’y ayant autre chose dans ladite chambre, nous en sommes sortis et sommes entrés dans une petite chambre à côté de la présente, dépendante de la même succession, accompagnés des mêmes parties et témoins, où il s’est trouvé premièrement une petite hache, 2 bêches plates, une à deux pointes, 2 petits sarcloirs et 1 petit mauvais poêlon de cuivre, les bêches, les sarcloirs à demi-usés et le poêlon hors d’état de servir ; plus s’y est trouvé 2 pièces remplies de vin rouge et d’une barrique à demi pleine aussi de vin rouge, le vin ayant un goût de cuit (9) et enfin s’est trouvé 5 pièces de fûts défoncés seulement d’un côté, plus 2 paires de fonds de pièces, 1 entonnoir de bois et enfin 1 petit baricaut servant de maie à pétrin, le tout à demi-usé. Ey n’y ayant autre chose dans ladite chambre, nous en sommes sortis et de là , accompagnés des dites parties et témoins, sommes passés dans une partie de grange près de ladite maison, dépendant de la même succession.
Où est une étable à bœufs, où il s’est trouvé une bourrique fort vieille que les parties ont estimé environ à 18 livres et il s’est trouvé dans le même grange et dans l’étable à brebis, 8 brebis, 2 moutons d’un an et 6 petits agneaux ; et sur le grenier à foin de ladite partie de grange, s’y est trouvé environ 30 quintaux de paille et 4 quintaux de foin et finalement s’est trouvé dans ladite partie de grange 3 mauvais fûts de pièces ;
Et n’y ayant autre chose, nous sommes sortis accompagnés desdites parties et témoins et nous nous sommes rendus dans une petite chambre (10) qui est dans ledit village, dépendante de ladite succession ; laquelle l’ayant ouverte, il s’y est premièrement trouvé, une petite cuve à couler environ 3 pièces de vin, à demi-usée, plus 3 pièces de vin rouge de celui de l’année dernière, d’où il y en a une qui a un goût de sur (11) et 3 autres pièces remplies de vin vieux qui a un goût de cuit et 6 fûts de pièces vides foncées seulement d’un côté et 4 paires de fonds. (12)
Et sur le grenier de ladite chambre, il s’y est trouvé 23 planches à ouvrage de bois cerisier de la longueur d’environ 7 pieds chacune (13) et 14 planches de bois de chêne environ de la même longueur. Et n’y ayant autre chose dans ladite chambre qui nous est paru devoir être inventoriée, nous en sommes sortis et ladite Malavergne a fermé la porte et retiré sa clef devers elle.
Et étant revenus, accompagnés comme dessus, dans la première chambre où nous avons commencé ces présentes, ladite Malavergne nous a déclaré qu’il y a de plus une petite lampe à queue de cuivre jaune, un petit soufflet et nous a déclaré qu’il n’y a de papiers dans ladite maison que les quittances des rentes des fonds (14) dépendants de ladite succession et un contrat de vente fait par Jean Chartroulle, Sieur Demoulières, avec feu Durieupeyroux, moyennant 60 livres en date du 28 novembre 1765, reçu par Dubreuil notaire royal et en forme la quittance des lods et ventes, étant au bas signée d’Abzac de St Viance (15) Laquelle copie, nous avons coté au dos par lettres et paraphe et n’y ayant d’autre papier à inventorier, lesdites quittances de rentes et susdite copie ont été remisées à ladite Malavergne.
Et n’ayant autre chose à inventorier dépendant de la même succession, nous avons interpellé ladite Malavergne, de nous déclarer moyennant sous serment d’elle, pris en tel cas requis, si elle sait ou cesse d’avoir et savoir par dol, fraude ou autrement, d’autres meubles et effets dépendants de la même succession, que ceux portés au présent inventaire ; laquelle moyennant son serment, nous a déclaré qu’elle ne sait d’autres meubles et effets que ceux-ci-dessus rapportés. L’ayant de même interpellée de nous déclarer, moyennant son dit serment s’il y est dû à ladite succession ou si la même succession doit et quelles sommes. Laquelle dite Malavergne nous a déclaré qu’il est dû à ladite succession, premièrement par le Sieur Besse de Lavergne la somme de 10 livres, plus par le Sieur Chartroulle Demoulières est dû la somme de 48 livres, sur laquelle ladite Malavergne a déclaré que ledit feu Durieupeyroux avait reçu dudit Sieur Chartroulle, 2 pieds d’arbre, l’un de cerisier, l’autre de noyer mais qu’elle ne sait pour quel prix, qu’il est de même dû au Sieur Chartroulle les impositions royales et seigneuriales pour le montant de l’acquisition ci-dessus rapportée ; et que le nommé Jean Jolivet, dit Jean de Loison, doit à la même succession la somme de 80 livres pour reste de prix de vin à lui vendu et qu’elle ne sait sur s’il y a d’autres sommes dues à ladite succession, ni que la même succession doive.
Et n’ayant autre chose à inventorier, ladite Malavergne et ledit Durieupeyroux ont requis du Sieur Péloré, le présent inventaire à la somme de 240 livres. Dont acte.
Fait, lu et passé sous le Scel royal en présence de Nicolas et Jérôme Besse, Sieurs de Lavergne, bourgeois tous deux habitant du présent village de Blanchardières, même paroisse de Quinsac, témoins connus qui ont signé avec ledit Durieupeyroux et Nous et non ladite Malavergne pour ne savoir de ce par nous interpellée.
Ainsi signé à la minute, Durieupeyroux, Lavergne, Chirat de Lavergne et Delrieu, notaire. Contrôlé à Brantôme et insinué (16) suivant le tarif – reçu 6 livres 15 sols, y compris 10 sols pour livres, le 5 juin 1784, signé Laforest.
Autre mention ajoutée : première expédition collationnée sur son original en due forme, par moi notaire public soussigné, comme par prenant dans la succession de feu Jean Delrieu, mon beau père, (signé) Bourrinet, notaire. Reçu pour tous droits, 25 francs, y compris le droit d’enregistrement. (17)
Transcription août 2011 – Un document bien intéressant montrant ce qu’un artisan menuisier pouvait détenir au jour de son décès dans cette petite localité de Quinsac en Périgord.


tres interessant, et surtout un beau travail de transcription et de commentaires…je voudrais bien savoir comment est Ă©crit l’acte et si on parlait vraiment ce « français de Paris » ? ou seulement le notaire qui rĂ©digeait en « langue officielle » ?
Cet inventaire va loin dans le dĂ©tail jusqu’Ă prĂ©ciser l’Ă©tat des objets : meubles, vĂŞtements, ustensiles et mĂŞme denrĂ©es alimentaires … Il est intĂ©ressant de remarquer l’importance des prĂ©cisions qualifiant l’Ă©tat de chacune de ces choses Ă©numĂ©rĂ©es, ainsi formulĂ© : demi-usĂ©, presque neuf, fort usĂ©, cuit, sur, mauvais, etc.
Une époque où il convenait de conserver le plus longtemps possible les objets du quotidien.
De gaspillage, il ne pouvait ĂŞtre question en ces temps lĂ … on usait jusqu’Ă la trame de fond, ses vĂŞtements et ses draps…
En comparant avec les comportements de grand consommateur de notre temps prĂ©sent, le fossĂ© est immense… un fossĂ© gigantesque pour fouir tout ce que nous jetons qui, le plus souvent est Ă peine usĂ© et a peu Ă©tĂ© utilisĂ©, de mĂŞme que denrĂ©es encore non pĂ©rissables ou qui n’ont jamais Ă©tĂ© consommĂ©es …
Et malgrĂ© cela, les vide-greniers sont toujours Ă la mode …
Merci Ă l’auteur de cet article qui nous a transmis cet inventaire intĂ©ressant Ă plus d’un titre.