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Citations…

"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom"

Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a 100 ans…

- 1er Mars 1914 : Mercedes remporte la coupe Vanderbilt sur l'anneau de vitesse de Santa Monica en Californie en parcourant 473 km à la vitesse moyenne de 123 km/h ...

- 2 Mars 1914 : Ouverture de l'école pratique de police à Paris.

- 4 Mars 1914 : Le Dr Filiâtre sépare deux soeurs siamoises.

- 5 Mars 1914 : Course aux armements -Le budget britannique des armées est augmenté de 625000 livres...

- 6 Mars 1914 : Paris/ installation d'un tribunal pour enfants.

- 6 Mars 1914 : Couronnement de Guillaume de Wied sur le trône d'Albanie.

- 10 Mars 1914 : Rome / la grève générale est décrétée.

- 10 Mars 1914 : Gaston Calmette dans "Le Figaro" accuse Joseph Caillaux.

- 12 Mars 1914 : Décès de Georges Westinghouse industriel et inventeur américain (*6.10.1846).

- 15 Mars 1914 : A Paris, la Seine est en crue.

- 16 Mars 1914 : Madame Caillaux tue Gaston Calmette directeur du "Figaro".

- 17 Mars 1914 : Remaniement ministériel : Renoult remplace Caillaux...

- 17 Mars 1914 : La Russie décide de porter le nombre de ses soldatssous les drapeaux de 460 000 à 1 700 000...

- 19 Mars 1914 : A Paris, démission d'Enest Monis, ministre de la Marine.

- 20 Mars 1914 : Un tremblement de terre à Akita au Japon fait 83 morts.

- 21 Mars 1914 : Boxe / Georges Carpentier est battu par le boxeur américain Joe Jeannette à Luna-Park.

- 24 Mars 1914 : France / parution du premier numéro du "Bonnet rouge", journal dirigé par l'antimilitariste Miguel Almereyda.

- 25 Mars 1914 : Le ministre français de la Guerre Joseph Noulens, exige une rallonge budgétaire de 754 millions de francs.

- 25 Mars 1914 : Décès de Frédéric Mistral, poète français (*8.9.1830).

- 31 Mars 1914 : Décès de Christian Morgenstern, écrivain allemand (*6.5.1871)

- 31 Mars 1914 : Le Comte Ferdinand Zeppelin établit un nouveau record d'altitude avec 3065 mètres.

Source : « Chroniques du XXème siècle – Larousse

Le livret ouvrier de mon ancêtre et son tour de France.

On a dit tant de choses sur le livret ouvrier qu’il peut paraître vain voire prétentieux d’en ajouter. Mon propos ne s’inscrit pas dans la polémique, ni dans l’évocation sociologique de ce document inscrit dans la mémoire de son temps. Je laisse cela à tous ces penseurs éclairés ou non. Simple descendant d’un de ces détenteurs d’un livret ouvrier, je me réfère à la fierté de mon ancêtre d’être ce qu’il était à son époque, celle où l’on ne méprisait pas le travail et d’être devenu compagnon après avoir fait son tour de France et réalisé son chef d’œuvre.

Pierre Vesnier, fils d’une lignée de charpentiers naît en 1830 dans une petite localité à l’orée de la forêt de Blois dans le Loir et Cher. Ce pays d’une partie de mes ancêtres, Chambon tient son nom d’un méandre sur le cours de la Cisse, cette petite rivière qui rejoint la Loire en Touraine. Nombre de mes ancêtres vivaient et travaillaient des métiers de la forêt, fendeurs, menuisiers, charpentiers, fagoteurs, charbonniers, mais tous se disaient en plus vignerons puisque la culture de la vigne dans ce pays avec l’hommage révéré au vin c’est aussi… très important.

Le jeune Pierre n’a pas d’autre avenir que de devenir charpentier. A peine sait-il lire, écrire et compter, qu’il travaille dans l’affaire de la famille, occupé aux menus travaux que l’on confie aux enfants, aux apprentis. Mais le temps passe si vite… Un bon numéro au tirage au sort l’exempte du service, ce qui va faciliter son prochain départ sur le tour de France pour lequel il reçoit son livret ouvrier. Matériellement c’est un petit cahier à la couverture orangée d’un format 12 X 18, qu’il est aisé de porter sur soi ou dans un portefeuille. Imprimé chez Mame à Tours sur le modèle réglementaire, daté de 1853, il comporte 24 pages, les premières portant instructions sur sa tenue sont imprimées, les autres laissées en blanc pour y apporter autant de mentions manuscrites que nécessaires.

Délivré le 4 septembre 1853, par le maire de la Commune de Chambon, à l’intéressé âgé de 21 ans, 1.74 mètre, cheveux noirs, front large, sourcils noirs, yeux noirs, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, barbe noire, visage ovale, teint coloré (sans doute est-il hâlé par la vie au grand air et de plus, c’est l’été).

Pierre Vesnier appose cérémoniellement son prénom suivi de son nom en guise de signature sur son livret. La graphie appliquée, soigneuse, scrupuleuse trahit chez son auteur le respect de l’ordre, des convenances, des contraintes de son état. Le P de Pierre est très correctement formé, lettres liées entre elles. L’initiale de son patronyme se ressent de l’effort qu’il est train d’accomplir. A la différence du cahier d’écolier, il n’y a pas de lignes et l’espace réservé à la signature est si restreint qu’il craint de ne pouvoir tout écrire. Empruntant la plume métallique du secrétaire de mairie dont il n’a pas la maîtrise, la fatigue se devine au point que les lettres suivantes de son patronyme apparaissent stylisées. Ceci traduit une évidence, il n’a pas l’habitude de signer. Et lorsqu’il doit le faire, c’est pour lui un acte solennel… renforcé à la suite par l’empreinte laurée du sceau de la Commune.

Le candidat au Tour de France doit au préalable justifier avoir travaillé chez un patron (le patron au sens premier du mot et non l’employeur comme on le dit aujourd’hui). Ce patron pour lui n’est autre que son père, Joseph Vesnier, charpentier patenté, installé à Chambon depuis son mariage en 1823. Pierre justifie de sa qualité. Est-il chez ce maître…apprenti ou ouvrier ? Est-il libre de tout engagement ? Comment s’est-il comporté au travail chez ce patron ? Est-ce avec correction, attention ou zèle attentionné ?

Tous éléments auxquels le postulant au voyage doit attester exacts ses dires corroborés par l’avis du maître. Le maire de plus doit confirmer avoir recueilli de ce dernier les appréciations portées sur le livret.

Celles concernant ce jeune Pierre sont des plus laudatives. A la colonne « observations du patron », la mention très appuyée souligne sa probité dans l’accomplissement de son travail avec un zèle attentionné. Ceci doit rassurer ses futurs employeurs. En l’absence du maire, c’est l’adjoint qui supplée aux formalités, lequel appose sa large signature… Rimbourg.

Ce nom ne vous dit-il rien ? Tout le monde se connaît à Chambon. Julien Rimbourg n’est autre que le cousin par alliance de Joseph Vesnier, le père de Pierre. Ainsi est-on toujours entre soi. On ne sort pas de la famille…

Pierre, lesté de sa petite malle dans laquelle s’entasse tous ses effets, entame son tour de France. Il se met en route sur le chemin d’Orléans, dont auprès de la mère des compagnons de cette grande ville, il y trouve couvert et refuge, s’employant à des menus ouvrages de la fin de novembre jusqu’à mi décembre 1853. Les feuillets de son livret renseignent sur sa présence de janvier à juillet 1854, à Montereau et à Voulx en Seine et Marne à quelques dix kilomètres de la précédente localité. Ouvrier charpentier perçu un bon et honnête garçon, ponctuel et décidé, son premier patron note sa bonne humeur, opinion que confirme le suivant maître charpentier l’envoyant sur un chantier de réparation dans le clocher d’une église à Fontainebleau. Outre les temps de présence chez ses maîtres, le livret porte les visas du maire des localités traversées et pour l’une d’elles, une annotation de la brigade de gendarmerie de Fontainebleau attestant de sa présence dans cette ville.

Hasard ou recommandation aidant, on ne sait, toujours est-il qu’au vu de son livret, Pierre se trouve dans les premiers jours de juillet 1854 au bourg de Perrache tout près de Lyon, ouvrier charpentier en coffrage pour aider au soutien de voussures de ponts en pierre pour le chemin de fer. Le livret porte trace de sa présence auprès d’une entreprise lyonnaise de construction ainsi que les marques des visas des mairies de St Genis-Laval, Craponne, Tassin et Vaize.

Dans cette dernière localité son livret renseigne de sa présence de décembre 1854 à mars 1855, avec une mention toute spéciale de son affectation au chantier au chemin de fer de Paris à Lyon. En ce temps, on ne chôme pas et l’aspirant au tour de France va de chantiers en chantiers, de ville en ville, de patrons en patrons. Ses déplacements visés régulièrement par les autorités, maires mais aussi brigades de gendarmerie tout au long de sa route. Se déplace-t-il à pied ou emprunte-t-il les chalands de rivières, les voitures des messageries sur les parcours qu’il traverse ou côtoie ? Rien ne permet de l’affirmer, mais on peut le penser. Le jeune Pierre a trop de bon sens pour cela, la modicité de sa bourse ne lui permet guère de fantaisie et comme sa famille compte encore cinq enfants à charge, il ne peut compter que sur lui-même.

Nouveau feuillet, constellation de tampons, ceux de la préfecture du Rhône, de la mairie de Lyon, de la section du quartier de la Croix Rousse, des Hospices Civils, de la Factorerie St Jean… Pierre, d’avril 1855 jusqu’à juillet 1856 est ouvrier-commis en second à l’atelier d’entretien de ces mêmes Hospices. On le note comme un garçon courageux mais fier… peut être en ce que son caractère s’est affirmé au cours de ses premières expériences. Le contre maître responsable de l’équipe s’est peut être heurté avec lui, percevant sa personnalité trop marquée. Ces remarques vindicatives sont très éloignées des constatations toutes patriarcales de ses premiers patrons, ces maîtres charpentiers, ceux qui n’ont d’estime que pour le grand art, le travail bien fait.

Arche du viaduc pont-rail au dessu de la Valserine (01) photo de M. Jacques Mossot .

Arche du Viaduc pont-rail au-dessus de la Valserine (01) photo de M. Jacques Mossot*

N’y tenant plus, le voilà d’août 1856 et ce jusqu’en septembre 1858 travaillant sur un autre et grand chantier, la construction du viaduc de la Valserine pour la future ligne de chemin de fer de Lyon à Genève. L’ouvrage projeté est d’une dimension importante pour l’époque, un viaduc de 14 arches construit tout en pierres. On devine sans peine qu’il faut pour l’édifier réunir d’importants moyens techniques et recruter toute une main d’œuvre. Les charpentiers y sont nécessaires pour les assemblages des étais, des contrefais, des renforts d’arbalétriers pour les supports des formes, des voussures sur lesquelles reposent les entraits du tablier. Lorsque l’ensemble sera assemblé, ces charpentes provisoires seront ôtées, la masse construite pourra défier le temps.

Cette main d’œuvre vit, loge aux abords du chantier dans le hameau de Bellegarde, dépendant de la localité de Musinens, dans l’Ain. Quelques abris hâtifs posés là prêts à loger dans le confort de l’instant tous ces hommes qui travaillent. Ils se retrouvent après la journée à l’estaminet du lieu, parlant de tout et de rien, du pays qu’ils ont quitté, du chantier, du chemin de fer, du progrès. Rien de nouveau, chacun, à toutes les époques, rêve… reconstruit le monde. Le patron de l’endroit tient aussi une bien modeste auberge, c’est un cousin des Conse, lesquels ont eux aussi ouverts semblable commerce pour tirer parti de l’afflux de toute cette main d’œuvre. Leurs deux filles en âge d’être mariées y trouveront sans aucun doute, leur futur… Marie Conse l’aînée, 29 ans déjà est toujours célibataire. Fort occupée, elle tient sa boutique de rouennerie (tissus de travail bon marché) et avec toute cette agitation du chantier vient d’ouvrir dans ce hameau de Bellegarde, une annexe d’épicerie-buvette. Comme sa plus jeune sœur vient de se marier avec un forgeron du chantier originaire de l’Indre, Marie est bientôt fiancée avec un honnête charpentier de ce lointain pays de Loir et Cher… Pierre. Contrat de mariage reçu le 25 mai 1857 devant le notaire de Châtillon en Michaille près de Nantua, mariage le 1er juin 1857 à Musinens et non Bellegarde puisque en ce temps cette Commune n’existe pas encore. Autorisons-nous une légère anticipation, c’est ce chantier, le chemin de fer, la gare édifiée dans ce hameau de Bellegarde qui sont à l’origine de l’apparition de cette nouvelle localité par l’apport d’une nouvelle population conduisant à l’absorption des Communes circonvoisines d’Arlod, Couchy et Musinens. Mais pour l’heure, on n’en est pas encore là. Le jeune ménage s’installe dans la maisonnette de l’épicerie-buvette.

Jour funeste que ce 5 juillet 1858, l’enfant que porte Marie Conse meurt à la naissance, provoquant le décès de sa mère. Veuf, Pierre que plus rien ne retient dans ce pays, reprend sa route en septembre 1858. Son livret ouvrier témoigne de son passage à Auxerre à la fin de novembre 1858 jusqu’au début de janvier 1859 contrôlé par les visas du maire et du commandant de la gendarmerie pour le département de l’Yonne. Il poursuit sa route attiré par un autre chantier avec la construction du chemin de fer des Ardennes où il se trouve à la fin de janvier 1859 résidant à Charleville jusqu’en mai et à Givet sur la frontière avec la Belgique jusqu’au mois de septembre de la même année.

Absent de chez lui durant six années, il ne rentre pas directement dans son pays de Chambon, mais dans une autre localité très proche, Cellettes suivant le tampon du maire de cette petite Commune du Loir et Cher en décembre 1859 où il y travaille auprès d’un maître charpentier jusqu’en 1862. Marié en secondes noces en avril 1860 avec une jeune fille de Cellettes, reçu parmi les Compagnons du Devoir de Soubise, son chef d’œuvre (une réduction de la charpente du clocher de St Nicolas de Blois) se transmet entre les générations. Reprenant l’entreprise familiale au décès de son père en 1868, les siens ont vécu longtemps à Chambon, pays où il repose depuis 1901 s’y étant éteint âgé à 70 ans.

Jean Marie Bouzy (mai 2011)

Photo jointe en provenance du site :  « StructuraE »

3 commentaires sur Le livret ouvrier de mon ancêtre et son tour de France.

  • avatar BLEY

    Bonjour,

    Je suis à la recherche d’un ancêtre qui s’appellait Lucien Vesnier, il aurait habité à Blois, peut-être auriez-vous connu cette personne, où peut-être auriez-vous quelques renseignements.

    Cordialement

    Nicolas BLEY

  • avatar Brèque Francine

    J’ai pris beaucoup de plaisir à visiter plusieurs musées des compagnons du Tour de France, où sont exposées des oeuvres magnifiques, dont celui de Tours, mais j’en ai eu encore davantage à l’évocation du parcours détaillé de l’un d’entre eux. Merci pour ce parcours précis d’un ancêtre familial. Amicalement.

  • avatar Guy Delousme

    Très beau parcours !
    Pour ma part, je n’ai qu’un livret militaire (pas très brillant) & un CV assez consistant !
    Bonne journée !

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