S’il est un sujet abondamment traitĂ© dans les veillĂ©es, c’est bien celui des chasses fantĂ´mes. les vieillards ne se lassaient pas de les raconter et les enfants de les entendre. Voici par exemple, comment la Chasse-Briquet se faisait connaĂ®tre Ă Angles, dans la Vienne.
C’Ă©tait le mĂ©tayer, le père Morel, qui habitait tout au bout du bourg avec sa femme Callixtine, une maison isolĂ©e. Maintes fois il entendit passer la Chasse Fantastique, et il lui disait :
- Entends-tu, CallisĂ©tine, dans la taille Ă MĂ©dĂ©quin, les chiens qui font nippe-niappe, nippe-niappe. As-tu ben attachĂ© not’ Mirza ?
- Mais oui, répondait Callixtine, alle est ben attachée. Tu peux dormir tranquille.
Et puis ils redormaient tranquilles. La Chasse-Ă -Briquet avait passĂ©. Si la chienne avait point Ă©tĂ© attachĂ©e, elle aurait suivi le saut’chins. Tout l’temps qu’ça durait, a sentinait, a levait les yeux en l’air ; elle aurait Ă©tĂ© perdue.
S’il n’est pas rare de rencontrer des gens qui ont entendu la Chasse Fantastique, il l’est bien plus d’en connaĂ®tre qui l’ont vue. C’est pourquoi, Ă Angles, Ă©galement, nous irons demander ses impressions Ă Mme Sivault. Ayant eu la fâcheuse idĂ©e de passer avec son père en carriole sous le Grand-Umieau (l’ormeau enchantĂ© d’Angles), vers minuit, elle entendit tout Ă coup : Nippe-niouppe, nippe-niappe, et aperçut distinctement les chiens avec leurs pattes tendues, allongĂ©es. « Cette soirĂ©e-lĂ , le temps Ă©tait bien clair, bien joli… Ah, ça on peut pas dire qu’c'est pas vrai ! Et puis ça s’est dit de tout temps ; ça faisait le bruit au moins de vingt chiens… ça faisait l’apparence d’un beau chien mais, par exemple,, on ne voyait pas la couleur. Et puis ce bruit que ça faisait, il me semble toujours l’entendre. – N’Ă©tait-ce pas des canards sauvages ? – C’Ă©tait pas la mĂŞme affaire. Pensez-vous ! C’Ă©tait l’aboiement des chiens, sĂ»rement ; c’Ă©tait Ă vingt mètres de hauteur. Et ça fait drĂ´le, je vous le promets ! »
Les rĂ©cits des tĂ©moins, comme on peut s’y attendre, diffèrent par une foule de dĂ©tails secondaires. Certains, par exemple, attribuent Ă la chasse un trajet dĂ©fini. A Lussac, un vieillard m’a racontĂ© l’avoir entendue trois fois dans sa vie, chaque fois Ă minuit et au mĂŞme endroit entre Lussac et Persac ; elle suivait la lisière d’un bois. A Verrières, par contre, on nous affirme qu’elle suivait le tracĂ© des cours d’eau. A Millac, la Chasse-Gallery sortait Ă minuit de la grotte de Rochinard « et aussitĂ´t les milliers de rochers qui gĂŞnent le cours de la Vienne se changeaient en autant de dĂ©mons lancĂ©s Ă leur poursuite en une vaine chasse-gallerie ».
« La Chasse-Galopine Ă©tait le rĂ©sultat de quelqu’un qui faisait de la magie noire », nous dit-on Ă La Bussière ; de mĂŞme la Chasse-Gallery Ă©tait liĂ©e aux pratiques du sabbat des sorciers. C’Ă©taient des individus qui, volontairement ou non, se tranformaient et s’Ă©levaient dans les airs, en compagnie des dĂ©mons oĂą des sorciers. C’est pourquoi il Ă©tait criminel de tirer un coup de fusil dans la Chasse-Gallery, il pouvait tomber un bras ou une jambe, et on pouvait le lendemain s’apercevoir qu’il en manquait un Ă une personne du pays.
D’autres prĂ©tendaient que c’Ă©taient les âmes des enfants morts sans baptĂŞme, pourchassĂ©s dans les airs par le Diable et les dĂ©mons.
A DercĂ©, on nous dit aussi que dans la Chasse-Briquet on poursuivait un ange. Aussi, pour lui venir au secours, le premier qui entendait les chiens sortait vivement de sa demeure et mettait en forme de croix ce qui lui tombait sous la main. AussitĂ´t la chasse s’arrĂŞtait, l’ange Ă©tait sauvĂ©. Il Ă©tait rĂ©fugiĂ© sur la croix faite exprès sur lui, il s’envolait au ciel, et les chiens ne pouvaient plus rien contre lui. On disait aussi que des mĂ©chants ayant demandĂ© aux chiens une part de leur chasse il leur Ă©tait tombĂ© un bras ou une jambe, et que c’est depuis ce temps-lĂ qu’on met des bois en croix pour leur venir en aide.
Source : Dr Ellenberger, Contes, récits et légendes des pays de France


Eh bien voilĂ pour faire l’ouverture d’une chasse peu ordinaire !…
Je suppose qu’il s’agit de Angles-sur-l’Anglin, un magnifique village du Nord-Est de la Vienne lequel constitue un bel article avec de jolies photos sur le « Picton » N° 202 paru rĂ©cemment …
Merci pour ce billet qui nous replonge dans ces vieilles superstitions si proches de la lĂ©gende …