"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a Cent Ans…

MAI 1917

- 1.05.1917 : Le Conseil d’État polonais exige de l'Allemagne et de 1'Autriche leur accord pour la formation d'un gouvernement polonais.
- 4.05.1917 : Belgique : censure de la presse sur le front de l'Yser.
- 4.05.1917 : Premières mutineries dans l’armée française.-
- 6.05.1917 : L'offensive de la Somme se solde pour les Alliés par un gain de 6 km sur une bande de terrain longue de 20 km.
- 11.05.1917 : Paris : ballets russes au théâtre du Châtelet. «les Contes russes» de Massine.
- 12.05.1917 : Budapest : première du ballet «Le Prince de bois» du compositeur Bela Bartok.
- 13.05.1917 : USA : le sous-marin allemand U-36 est capturé dans le port de Newport News en Virginie.
- I4.05.1917 : Italie : début de la 10ème offensive d`Isonzo. les Italiens parviennent à franchir la rivière.
- 18.05.1917 : Russie : remaniement du gouvernement provisoire. le Socialiste Alexandre Kcrenski devient ministre de la Guerre.
- 18.05.1917 : USA : loi sur le service militaire obligatoire. Sur 24 millions d'hommes âgés de 18 à 45 ans. 3 millions vont être enrôles dans l`armée.
- 18.05.1917 : Paris les ballets russes présentent  Parade ». d'Erik Satie, avec des décors de Pablo Picasso.
- I9.05.1917 : Le gouvernement russe propose aux puissances centrales une pacte sans annexion ni sanction.
- 28.05.1917 : Russie : le congres panrusse des paysans se déclare partisan de l'instauration d'une république fédérale démocratique.

NAISSANCES
- I.05.1917 : Danielle Darrieux. comédienne française.
- 29.05.1917 : John F. Kennedy. homme d’État américain († 22.11.1963)
- 31.05.1917 : Jean Rouch. ethnographe et cinéaste français.

Source : « Chroniques du XXème siècle – Larousse..

La bugée, bughée, buée ou lessive à la cendre

Rendez-vous bisannuel, au mieux trisannuel, la bugée était un gros travail pour les femmes. Heureusement, les mains dans l’eau froide, le travail en réunion permettait un peu de détente.

Il y a petite bugée et grande bugée.

Il y a petite bugée et grande bugée.

Le linge de corps, les vêtements de travail, et le linge de couleur était lavé au savon de Marseille chaque semaine.

Le gros linge (draps, torchons, serviettes) était lavé à la cendre deux fois par an, au printemps avant les Rameaux, et à l’automne vers la Toussaint. Avant de tuer et cuisiner le porc, les femmes faisaient la « bugée » ou « buée ». Ailleurs, on disait aussi « bugeaille », vers Saint-Maixent (D&S) ou « bujade » (Corbières).

Les draps étaient changés chaque mois. Après un rapide lavage à l’eau claire puis plus tard au savon de Marseille, suivi d’un rinçage, étaient séchés puis étendus dans les greniers en attendant le jour de la « bugée ». On disait « essanger ». Et parfois 30 à 40 paires de draps attendraient ainsi le jour de la « bugée »  ou lessive d’autrefois.

La bugée avait pour but de faire bouillir le linge afin de lui rendre toute sa blancheur : la cendre (car elle contient des phosphates) remplaçait la lessive.

Diverses opérations devaient être effectuées préalablement. La cendre, bien tamisée, était préparée à l’avance et ensachée exempte de résidus de charbon. La veille de la « bugée », les draps et le linge étaient descendus des greniers et mis à tremper dans des cuves jusqu’à la fin de l’après midi. Là, on le retirait pour le mettre à égoutter sur des tréteaux ; les draps étaient tordus pour s’égoutter vite.

Côte à côte, une ou deux « ponnes » (cuve en terre cuite de 100 à 200 litres) étaient posées sur un socle en maçonnerie ou en bois. A coté et dessous : le chaudron (poêlonne, cuve en fonte chauffée au feu de bois). Au fond des « ponnes » la cannelle, drain en bois de sureau qui recueillait l’eau et le conduisait au-dessus de la « poêlonne ». L’orifice de sortie de l’eau pouvait être obturé par un « tapon » (bouchon) en bois étanché par du tissu enroulé.

Au fond de chaque « ponne », au-dessus de la cannelle, un sac de cendre était posé sur un lit de sarments de vigne ou sur des tuiles. Le linge était disposé soigneusement dans la ou les « ponnes » dont une était réservée aux draps. Ce linge, disposé à plat, devait baigner dans sa totalité. Ensuite, quelques racines d’iris étaient insérées afin de le parfumer. Enfin, les « ponnes » dont les cannelles étaient obturées par les « tapons » et la « poêlonne »étaient remplies d’eau.

Le lendemain matin, le feu était allumé sous la « poêlonne ». L’excédent d’eau bouillante était recueilli à l’aide d’un « potin » en fer blanc (sorte de casserole à manche) pour être déversé sur le linge des ponnes. Les « tapons » de ces dernières étaient tour à tour enlevés (et remis) de façon à laisser s’écouler au fur et à mesure le jus (« lessis ») dans la « poêlonne ». Ces opérations fastidieuses appelées « faire rouler la lessive » se répétaient inlassablement toute la journée. Ce travail très long était très fatiguant.

Le lendemain était consacré à la « laverie ». Le linge sorti des « ponnes », « poêlonnes », cuves ou bassines, était chargé sur des charrettes ou brouettes, puis amené à la mare.

Le lavoir au bord du Lien était le "petit journal" de Ruffec.

Le lavoir au bord du Lien était le "petit journal" de Ruffec.

C’est alors que les femmes lavaient le linge. En le tordant et le battant. Les battoirs marchaient « fort » mais il parait que les langues aussi.

Les laveuses prenaient soin de faire dans la cendre, en fin d’après-midi, des pommes de terre pour régaler les enfants à la sortie de l’école.

Le linge était rincé, tordu, avant d’être étendu au soleil sur l’herbe, parfois sur des haies taillées. On pouvait aussi le suspendre sur un fil tendu entre deux arbres ou deux piquets.

Le soir venu, dès que ce linge était sec, il était chargé sur des brouettes, rapporté à la maison et plié sur des chaises. Deux jours plus tard, les chemises des hommes, les serviettes et mouchoirs étaient repassés. Tout était rangé dans les armoires d’où émanaient ensuite des odeurs d’iris.

La « bugée » était alors terminée et on se donnait rendez-vous : « à dans six mois ! »

Source : Andréa Baudouin (1918-2009)

3 commentaires pour La bugée, bughée, buée ou lessive à la cendre

  • avatar Herpin

    J’écris un livre sur L »histoires du pain, des fours et des moulins » et j’y parle bien sûr de la bujée car la lessive se faisait souvent aussi dans la même pièce que le fournil.
    pour en savoir plus contacter moi. Merci. Jean Luc Mignaloux Beauvoir 86550

  • avatar Raffoux

    L’ancienne buanderie

    ancienne buanderie Cette buanderie, restée intacte, servait autrefois au blanchissage du linge de maison. Deux fois par an, au printemps, on faisait la « bujée », c’est-à-dire le lessivage du linge.

    Le fond des « bujours » était garni de sacs remplis de cendre de bois et de tuiles. On y mettait ensuite les draps, les nappes et les chemises pour y être blanchis.

    La chaudière chauffait l’eau et la solution que l’on obtenait avec la cendre était versée sur le linge à l’aide d’un pot muni d’un manche.

    Cette eau bouillante appelée « lessi » sortait des « bujours » par un orifice et retournait par une pente très douce dans le bac de la chaudière pour y être réchauffée à nouveau et sans arrêt. Il fallait arroser ce linge toute la journée.

    Le lendemain, il y avait le rinçage, soit au lavoir municipal, soit dans une fontaine ou dans une rivière. Il fallait une au propre et courante. Cette quantité impressionnante de linge était transportée à l’aide d’une charrette à bras ou d’un véhicule à cheval. Le linge était ensuite séché sur un buisson appelé « palisse » ou sur une prairie fraîchement coupée.

    La bugée

  • avatar Sabourin alain

    A la lecture de cet article, j’ai pris un grand coup de vieux! J’avais dix ou onze ans et ma grand-mère faisait encore la bugeaille dans sa cour à Melle . Tout se passait à quelques rares détails près comme Pascal nous le décrit, à ce détail près que par chance, le lavoir était à trois cent metres, tout au fond du jardin. Dans mon souvenir, il n’y avait effectivement que deux bugeailles par an, ma mère, mes tantes et toutes les femmes proches étaient réquisitionnées pour ce faire! La « cérémonie » avait lieu dans un appenti en prolongement de la maison, à l’abri donc (7 à 8 m sous le toit) mais en plein air
    Je m’en souviens encore, non sans une certaine nostalgie.

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