"Un homme n'est jamais tout à fait mort tant qu'il y a quelqu'un pour prononcer son nom" Antoine de SAINT-EXUPÉRY

Il y a Cent Ans…

NOVEMBRE 1917

– 2 : Le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Balfour. propose la création d’un foyer national Juif en Palestine.

– 2 : Premiers soldats américains faits prisonniers sur le canal de la Marne.

– 6 : Petrograd – les «gardes rouges, sous la direction de Trotski, s’emparent des principaux immeubles officiels et destituent le gouvernement provisoire.

– 7 : Russie – IIe Congres des Soviets, présidé par Lénine.

– 12 : Russie – le général Krasnov échoue, avec ses cosaques, dans sa tentative pour reprendre Petrograd en faveur de Kerenski.

– 13 : France – chute du cabinet Painlevé, renversé par la Chambre.

– 16 : Après 10 jours de combats, les bolcheviks s’emparent du pouvoir à Moscou.

– 16 : Paris – constitution du ministere Clemenceau. Stephen Pichon devient ministre des Affaires étrangères.

– 19 : Russie – création d’une commission diplomatique révolutionnaire par Trotski.

– 28 : Les soviets demandent desnégociations d’armistice aux forces belligérantes.

– 30 : Bataille des Flandres – contre-offensive allemande à Courtrai, qui reconquiert le terrain perdu antérieurement.

NAISSANCES…

– 5 : Jacqueline Auriol, aviatrice française.

– 19 : Shrimata lndira Gandhi, femme politique indienne († 30.10.1984).

– 25 : Francis Lemarque, compositeur et chanteur français.

DÉCÈS…

– 4 : Leon Bloy, écrivain et polémiste français (*11.7.1846).

– 15 : Émile Durkheim, sociologue français (*15.4.1858).

– 17 : Auguste Rodin, sculpteur français (* I2.11.1840).

Chronique du XXe siècle – Édition Larousse

L’église reformée de Villefagnan

L’Eglise protestante de Villefagnan, aujourd’hui petite et ignorée, mais importante autrefois, est restée abandonnée à elle-même, et sans autres pasteurs que ceux du Désert, depuis la révocation de l’Edit de Nantes.
La Réforme fut introduite dans ce pays en 1534, lors du voyage de Calvin en Angoumois. L’Evangile y fut accueilli par les artisans et par la noblesse, et s’y perpétua de siècle en siècle jusqu’à nos jours, en dépit des plus violentes persécutions. Parmi les anciens papiers conservés à la mairie de Villefagnan, et que j’ai actuellement entre les mains, se trouve un registre contenant vingt-quatre actes d’abjuration, pendant les années 1668 à 1676. Ce document, vraiment curieux, nous donne une idée des moyens extérieurs qu’employait l’Eglise romaine pour attirer à elle des populations déjà effrayées par les persécutions et les dragonnades. Nous y voyons deux jeunes filles de dix-huit ans et de vingt-cinq ans, abjurer en présence de onze prêtres. Les abjurations se faisaient généralement en public, pendant la messe ou les vêpres, à la suite d’une mission de capucins ou de révérends pères jésuites.
« Le 18 juillet 1669, Jeanne Bouyer, agée de 23 ans, fille de feu André Bouyer, apothicaire, après avoir été interrogée dans l’église « de Villefagnan, par le révérend père Hyacinthe de Saint-Maixant, prédicateur capucin, a reçu l’absolution de l’hérésie, en présence de dix-sept prêtres qui ont apposé leur signature à son acte d’abjuration ! Qu’on se figure l’éclat de cette cérémonie qui avait rassemblé tout le clergé des communes environnantes : le son des cloches, l’imposante procession parcourant les rues pour effrayer et humilier les « hérétiques, le triomphe des persécuteurs et la tristesse des protestants qui possédaient encore, mais pour fort peu de temps, leur temple et leur pasteur !
Au mois de septembre de la même année, les révérends pères jésuites d’Angoulême, après avoir fait une mission à Villefagnan, comptaient sans doute y avoir remporté de grands succès. Le jour ayant été fixé pour les abjurations, l’acte fut rédigé d’avance, et plusieurs lignes laissées en blanc pour inscrire les noms des nouveaux convertis. On les y voit encore. Une fille, qui ne savait pas même signer son nom, eut seule le triste courage de l’apostasie, les autres s’étant esquivés ou rétractés au dernier moment. Une pauvre femme, Catherine Roussaud, après avoir abjuré, s’en était repentie; elle fut poursuivie par le procureur du roi, et un décret de prise de corps lancé contre elle. La peur la fit abjurer de nouveau.
La tradition a conservé le souvenir des terribles dragonnades. Elles furent telles dans ces contrées, que, dans une seule année (1681), il y eut six cent soixante et une abjurations, dont cent quatorze à Villefagnan, et les autres dans les communes et villages des alentours. Ce pays eut des martyrs, des confesseurs de la foi aux galères et dans les prisons. Entre autres personnes, plusieurs dames et demoiselles nobles de Villefagnan souffrirent pour la vérité avec une constance héroïque. (Extrait des Chroniques protestantes de l’Angoumois.) On arracha les enfants des bras de leurs mères, on les enferma dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les couvents. En 1718, le curé de Villefagnan dénonça comme «protestants opiniâtres trente jeunes tilles de bonnes maisons, âgées de dix à vingt-cinq ans. Cependant on trouve à la même date, dans la correspondance ministérielle, la note suivante : Villefagnan est encore une espèce de Genève sur les confins d’Angoumois et de Poitou. Presque toutes les familles de ce lieu sont des religionnaires, et les nouveaux convertis qui ne l’ont été que par autorité ou considérations humaines, y font très-mal leur devoir. On y a eu une attention particulière à procurer l’instruction des enfants dans la religion catholique ; mais, pour y parvenir, on a été obligé de les tirer souvent d’entre les mains de leurs parents, qui les élevaient dans les préjugés du calvinisme ; on y a mis en dernier lieu deux filles au couvent de l’Union à Angoulême; cela a opéré un bon effet, mais ce n’est pas suffisant pour ces brebis égarées, qui ont besoin d’être ramenées par de nouveaux exemples (Chroniq. protest, de l’Angoumois).
Un temple bâti en 1564 fut démoli par les dragons de Louis XIV, en 1683. L’année précédente, le 8 septembre 1682, le pasteur Jacob Roussier était en chaire lorsqu’on vint lui signifier l’arrêt du Conseil, par lequel l’Eglise de Villefagnan était interdite. Le sergent, voyant qu’il continuait la prière qu’il avait commencée, mit sur le bord de la chaire la copie de l’exploit de signification. Le curé du lieu se tenait à la porte avec des témoins qu’il avait amenés pour dresser acte de la rébellion du ministre ; mais Roussier, aussi prudent que zélé, se rendit aux prières de l’Eglise entière qui le pria d’obéir. (Chron. de l’Angoumois).
On a conservé dans une de nos familles la liste de plusieurs baptêmes et mariages faits par MM. les pasteurs Etienne Fixeuil et Jacob Roussier, avant la révocation, depuis 1618 jusqu’en 1682.
Après la démolition du temple, les protestants se réunirent dans les bois, dans les champs. L’un des manuscrits de cette époque, déposé à la mairie, contient 277 actes de baptêmes et mariages célébrés, ainsi que cela est écrit au bas de chacun de ces actes, au Désert, en présence de témoins, depuis 1759, par MM. les pasteurs Gamain, Pougnard, Tranchée, Métayer, Gibaud, Jarousseau et Gobinaud. C’est avec une religieuse émotion que j’ai lu les pages écrites au milieu de tant de dangers ! J’en ai fait faire une copie exacte pour la garder dans l’Eglise comme mémorial.
De peur d’être trop long, je passe à regret sous silence une foule de détails intéressants sur les principales familles restées fidèles à leur foi pendant ces cruelles persécutions. Plusieurs émigrèrent, soit alors, soit à la Révolution française. La prospérité matérielle du pays déclina rapidement dès lors; l’instruction et la piété répandues naguère jusque dans les villages furent remplacées par l’ignorance et par l’indifférence religieuse; et beaucoup de descendants des anciens protestants ne savent actuellement pas lire les livres que leur ont transmis leurs ancêtres !
Les souvenirs du passé sont encore vivants dans toutes nos campagnes ; on montre les différents endroits où se tenaient les assemblées du Désert. Deux vieillards baptisés dans ces assemblées existent encore. La robe des pasteurs du Désert avait été conservée avec soin. Enfin nous nous servons pour la communion des mêmes coupes dont les martyrs et les confesseurs de la foi ont approché leurs lèvres.
Parmi les papiers que m’ont confié mes paroissiens, se trouvent plusieurs manuscrits intéressants, entre autres une longue lettre pastorale adressée à l’Eglise persécutée de Villefagnan, et dont, malheureusement, la date et la signature n’ont pas été conservées. J’ai lieu de croire qu’elle est du célèbre Jurieu, en date de 1686. Un exilé protestant, dont j’ai la lettre sous les yeux, écrivait à ses parents ce qui suit : « Ainsy faisant, Dieu apaisera sa colère; il nous rendra encore nos pasteurs et nos temples; il nous fera la grasce de nous réunir encore ensemble. J’espère et je ne doute que nous n’ayons bientost celte consolation. Vous trouverez icy des prières pour commancer et pour finir nos assemblées. Faite-moy savoir, je vous prie, ce qui se passe au milieu de vous; ne craignez point le port de lettre. Je ne puis pas recevoir un plus grand plaisir qu’en recevant de vos nouvelles. Je continueray toujours à envoyer des lettres pastoralles de Monsieur Jurieu. Ma femme et ma famille vous font leurs civilités. Nous nous recommandons à vos prières et prions toujours pour vous tous. Suivent plusieurs prières.
Ce manuscrit ayant été conservé avec celui de la lettre pastorale, on peut présumer qu’ils faisaient partie d’un même envoi ; ils sont du même format et plis de la même manière, quoique d’écritures différentes. « Je vous exhorte, dit la lettre pastorale, de rendre grâces à l’Eternel d’avoir éloigné de votre pays ces effroyables dragons qu’on avoit fait dessein de laisser tout l’hiver dans votre province et dans les voisines, pour y continua les rigueurs qu’ils y ont si longtemps et si cruellement pratiquées contre ceux qui ne faisaient pas régulièrement les exercices de la religion qu’on les avait forcés d’embrasser nouvellement. On les retira dans le temps que vous aviez le moins sujet de vous y attendre. » Cela eut lieu en 1686.
Un troisième manuscrit contient l’ordre de service des assemblées secrètes et les prières qu’on y adressait au Seigneur. Puisse l’Eternel Tout-Puissant et miséricordieux les exaucer maintenant !
« O Dieu, disaient-ils, rétablis nos anciens privilèges, redonne-nous nos premières libertés, redresse ton sanctuaire ! Ah ! quand entrerons-nous dans cette nouvelle maison pour nous présenter devant ta face, ô Eternel! Bénis nos enfants! Hélas! si tu ne les préserves des malheurs qui les menacent, qui de nous se pourra consoler ? Prive-les plutôt de la vie que de ton alliance ! Nous nous consolerons plus aisément de les voir dans un tombeau que dans une autre religion que la tienne. Tu nous les as donnés, nous te les rendons ; « sauve-les ! »
A.-E. Picanon, pasteur.

2 commentaires pour L’église reformée de Villefagnan

  • avatar DUBRAUD Patrick

    Bonjour,
    Existait-il un temple ou un lieu de culte sur les communes de La Magdeleine et Theil-Rabier entre 1680 et 1715 ? Dans l’article « L’EGLISE REFORMEE DE VILLEFAGNAN » de Pascal Baudouin, il est question de « plusieurs manuscrits intéressants en date de 1686 ». Où peut-on consulter ces documents ?
    Merci pour de tels articles qui nous donnent une idées de ce qui c’est passé dans la région de Villefagnan pendant cette période trouble de l’édit de Fontainebleau qui révoque l’édit de nantes.

  • avatar BRUAN Jean Paul

    Je vis actuellement à LA ROCHELLE mais j ai été baptisé au temple de VILLEFAGNAN j aimerais savoir si il existe des archives des actes de bapteme de plus mon arriere grand mére avait été bonnne chez le pasteur PICANON.Je trouve cet article trés émouvant.

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